AHWK – Les amis du Hartmannswillerkopf

Soldat ACHARD Jean-Marie, 55ème territorial, 6ème compagnie.

Introduction

Lorsque j’ai reçu des mains de ma mère, Jeanne Garnier, un petit paquet de lettres ficelées avec écrit «lettres du grand-père Achard, guerre de 1914 à conserver précieusement», je ne pensais pas me plonger dans un travail captivant de transcription, pendant de nombreuses années.

La grande et belle écriture du grand-père n’était pas toujours très lisible, mais de lettre en lettre, j’ai appris à déchiffrer les mots et les tournures de phrases.

C’est avec émotion, que j’ai retrouvé des grands-parents jeunes en ce temps là, j’ai aimé partager leur dure vie durant cette période de guerre, et rassembler comme un puzzle, les moments de leur vie.

Après les premières transcriptions, j’ai classé  les lettres et les cartes  par ordre chronologique. L’écriture des chiffres est particulière et je suis tombée dans le piège des 5 qui ressemblaient étrangement aux 9!

Puis en regardant les lettres avec ma famille, j’ai appris que les trois enfants des grands-parents Achard (Claudia l’aînée, Jeanne ma mère et André né après la guerre) avaient chacun reçu une partie de la correspondance.

Gilbert Verrier, le fils de Claudia m’a confié la correspondance qu’il avait reçu de sa mère.

Surprise, avec  les lettres et les cartes il y avait  deux petits carnets remplis de l’écriture bien serrée du grand-père, contenant son journal, ses adresses, ses chansons !

Gilbert  a relu toutes les transcriptions, et m’a beaucoup aidée à déchiffrer les termes militaires, les tournures, les mots de l’époque. Il a recherché la frontière franco-allemande et tracé avec une extrême précision le trajet du grand-père tout au long de la guerre.

Luc Achard, le fils d’André a méthodiquement  et patiemment scanné et gravé, lettres et cartes en sa possession.

Nous avons pu alors,  rassembler une grande partie de la correspondance de nos grands-parents.

Je tiens à remercier mes proches et mes amis pour leur aide à la réalisation de ce document.

Le 19 février  2012, Aline Schaubel, petite fille de Jean-Marie Achard.

La famille Achard

Notre famille Achard est une très ancienne famille de Civrieux.

Notre arrière grand-père André Achard épouse Françoise Borix en 1874 à Civrieux. Ils eurent  trois enfants, Marie décédée à l’âge de 20 ans, Catherine qui se maria avec Jean Janin coiffeur à la Valbonne, et Jean cultivateur, notre grand-père, qui est né le 20 décembre 1879, à Civrieux au lieudit Bernoud.

Il est probable que Jean en souvenir de sa sœur Marie qu ‘il aimait beaucoup et dont il m’avait parlé avec tristesse, s’est fait appeler Jean-Marie tout au long de sa vie.

Jean-Marie a fait son service militaire dans le 23ème  Régiment d’infanterie en 1900.

Le 4 décembre 1906, il épouse Louise Antoinette Joséphine Drevet à Mionnay, où ils habitent quelques années chez Claudine Drevet veuve de Benoit Drevet, mère de Louise et d’Alphonse.

En 1908, il accomplit une période d’exercices du 17 août au 2 septembre 1908 à Belfort.

En 1909, JM est cultivateur à Cailloux sur Fontaines, puis il apprend le métier de jardinier et travaille dans des maisons bourgeoises à Lyon.

En 1914, avec sa femme et ses deux filles Claudia (1908) et Jeanne (1911), il est employé  à la Mulatière chez Mr Pupa, et mobilisé à 35 ans dans la  55ème    Territoriale 6ème  Compagnie.

Plusieurs parents écrivent au couple durant la guerre de  1914 :

Dans la famille Janin, Catherine, sœur de Jean Marie, lui envoie souvent des colis et quelques pièces pour améliorer l’ordinaire.

Dans la famille Drevet, Maria Drevet, sœur de Benoît Drevet vit à Lyon, où elle est dame de compagnie dans une famille bourgeoise, elle écrit souvent pour envoyer ses vœux de bonne année à sa belle-sœur et à ses neveux.

Dans la famille Borix, Antoine appelé Tony, fils de Marie Borix, est le plus proche du couple, il travaillait aussi à Lyon.

Marie Borix est la  sœur de Françoise Borix, elle envoie parfois des nouvelles de ses trois fils tous partis à la guerre.

Après cette longue guerre, Louise et Jean-marie ont un fils André, ils vivront toute leur vie à Cailloux sur Fontaines.

Durant plusieurs années, ils travaillèrent à la ferme du comte de Peyronnet,

Ils finirent leurs longues vies tout en haut du village, dans la maison où vivait la grand mère Claudine Drevet, dans le hameau de Noailleux.

 

Parcours  août à Décembre 1914

 

Territoriale, réserve et active :

La « territoriale » est  constituée des hommes de plus de trente-cinq ans à la mobilisation.

La « réserve » est constituée des hommes ayant déjà effectué leur service.

L’armée d’active comprend avant la mobilisation, les militaires professionnels et les conscrits effectuant leur service militaire.

Jean Marie  est le plus jeune territorial de sa compagnie.

Mobilisation et attente côté front :

Le 2 août, Jean Marie Achard est mobilisé dans le 55ème régiment territorial,  6ème compagnie avec à ses côtés, Pierre Moiroux,  Jean-Claude Guillot et Jean-Claude Lafond tous natifs de Civrieux, ou des villages voisins.

Le 4, ils arrivent à Belfort, puis à Brevilliers petite commune située à 9 km de Belfort. J M a bon espoir de revenir bien vite, Belfort a la réputation d’être « imprenable ».

Ils sont occupés à couper du bois, construire des tranchées apprendre «la théorie», monter la garde et passent leur temps libre à jouer aux cartes.

Situation précaire pour Louise :

Louise, sa femme et leurs deux filles Claudia et Jeanne, vivent à la Mulatière chez Mr Pupa, où Jean Marie travaillait à la ferme avant son départ.

Les premiers temps, Louise ne reçoit pas les nombreuses lettres de son mari, puis le courrier arrive des deux côtés, mettant 2 ou 3 jours.

Il est interdit pour  Jean Marie, de donner les noms des lieux traversés ou des cantonnements.

Travaux de position :

Dès le 20 août, les constructions des tranchées commencent, avec le génie, puis avec le 9ème d’artillerie à Urcerey.

En septembre, JM décrit son installation avec ses amis Pierre Moiroux et Jean Claude Guillot, leur ménage à trois, ils  couchent sur des  paillasses.

Ils améliorent leur ordinaire en cueillant des champignons, et font toujours des  gardes et des services de campagne alternés avec des repos.

Après sa vaccination, JM est malade pendant plusieurs jours.

Sa sœur Catherine, lui envoie une pièce de 10 francs, et avec son ami Pierre,  ils font un bon petit repas.

Inquiétude au sujet de Mr Pupa

Mr Pupa se montre grossier et méprisant envers Louise, Jean Marie est très mécontent de l’attitude de Mr Pupa.

En octobre, Louise est souffrante et prépare son retour près de sa mère à Cailloux.

 Départ de Mandrevillars et baptême du feu à Seppois :

Le 12 octobre, Jean Marie part de Mandrevillars, et arrive  après plusieurs jours de marche harassante à Seppois.

Le 23, durant l’attaque du village de Seppois, c’est le baptême du feu, les tranchées sont à 500 mètres les unes des autres, il passe sa première nuit dans les tranchées, plus de cent obus arrivent dans sa direction.

Bombardements et accrochages  à Seppois :

Le 21 novembre, Seppois le haut est bombardé, un obus tombe à 20 mètres de lui et fait des blessés.

Les bombardements  sont intenables à Seppois, de nombreux tués, blessés et prisonniers.

Le 25, alerte et le 29 ce sont bombardements et  fusillades.

Le froid arrive, JM attend le colis avec des chaussettes  et écrit sur son carnet : «indigestion de tranchées».

Il est désigné comme éclaireur et l’annonce à Louise qui est maintenant à Cailloux.

En décembre, les accrochages continuent, les tranchées sont consolidées (travail de bois, de piquet),  Pfetterhouse est bombardé, le 31 à minuit, fusillades de part et d’autre.

L’argent manque :

Début décembre, Louise part à Birieux, chez sa tante Claudine Drevet pour travailler à la ferme, et gagner un peu d’argent. Elle raconte les veillées.

 

 (2 ou 3 août 1914)       

 

Bien chère femme et chères petites

 

           Nous sommes à Bourg tous bien décidés, il faut voir l’entrain des soldats Français que des cris : « A Berlin !», on pense mais rien de décidé, aller à Belfort mercredi.

J’ai comme frères d’arme Pierre Moiroux mon ami à Civrieux, Tony Achard de Mionnay qui est brancardier.

Nous sommes à peu près tous voisins de Civrieux, de Mionnay, Saint André, Chapolard Louis, Joseph Degout, J. Marie Gagneur.

A demain de nouvelles, j’ai mangé avec Forest.

Je t’aime, et t’embrasse à demain, on parle que le 158 est d_ _à la frontière.

J’ai aussi Guillot, de St André, qui est avec moi.

 

 

Bourg 4 Août

 

Ma chère petite femme

et mes deux pauvres petites mimis

      

    Nous partons tous bien décidé cette nuit  mercredi  pour Belfort occuper des tranchées dans —-

 De  la guerre nous ne savons rien, mais nous  avons tous bon espoir de les déménager ces traites de prussiens; vous pouvez dormir en paix mes chers petits êtres car il y a de formidables troupes bien armées et que si le prussien veut passer ils doivent tomber tous les uns après les autres.

      Je lutterai côte à côte avec Pierre Moiroux, Guillot  beau frère de Gauthier, et Lafond de Genay le pâtre.

L’officier nous assure que nous nous battrons peut-être  pas car les   prussiens redoutent Belfort;  Belfort l’imprenable.

Mon adresse 55ème Territorial 6èmeCompagnie.

Tes lettres arriveront très bien. Nous logeons en ce moment à Bourg au Casino.

Prends du courage ma bonne Louise, ne te chagrine pas, je retournerai va, remonte tout ton courage pour ne pas trop peiner nos deux petits êtres.

    Ton J. Marie oh qui t’aime, au revoir, au revoir, à un autre jour de nouveaux détails.

Mes effets sont dans la valise à Pierre Moiroux

 

 

Quincieux 5 – août 1914

 

Chères Nièces

 

Je vous écris ces deux mots pour vous dire que nous avons reçu la feuille hier, à 2 heures, et on a envoyé la dépêche tout de suite, alors ça nous étonnait, Tony est arrivé cette nuit à 2 heures, il va au 133émeRégiment d’Infanterie à Belley, et je vais vous dire de nous écrire de temps en temps, pour savoir où Jean Marie est, pas de nouveau à vous dire, qu’on est tous en bonne santé et je désire que vous soyez de même.

Je vous embrasse tous bien fort, Tony est parti ce matin à 8 heures.

 

Votre tante      M Borix

 

La Valbonne 9 Août 1914

         

Chère belle sœur

        

           Chaque jour je pense à vous, seriez vous assez aimable de me donner de vos nouvelles.

Dites moi que faites vous, quand J. Marie est-il parti, il me semblait toujours le voir passer, quelle direction a-t-il prise, dites moi où il se trouve vous me ferez plaisir.

  Quels tristes moments à passer, quel malheur la guerre, on entend que cela on ne voit que des femmes qui pleurent, à la Valbonne, il ne reste que quelques hommes, malgré cela il ne faut pas se décourager, au contraire il faut espérer que bientôt tous reviendront dans leur foyer, avec la joie d’avoir défendu la Patrie et emporté la Victoire.

 Depuis huit jours que les trains sont mobilisés, c’est un spectacle bien triste qui se déroule chaque jour devant nos yeux, nuit et jour, on ne voit passer que des trains remplis de soldats, de chevaux et transportant les pièces de canons, les voitures automobiles, les ambulances etc., ce qui réconforte c’est l’enthousiasme qui règne parmi tous ces militaires, tous sont joyeux et chantent la Marseillaise en nous disant au revoir et à bientôt à leur passage.          

Louis est bien passé un matin, mais nous ne l’avons pas vu, nous nous sommes juste trouvés à la gare au passage de Pierre, nous avons eu le plaisir de l’embrasser, il se dirigeait sur Belley.

       Je pense que Tony est toujours chez vous, ses deux frères doivent bien être partis aussi.

Nous qui étions si contents à présent, notre petit commerce marchait bien, nous avions de belles espérances et voilà que tout est détruit, il ne reste plus rien et ce sera fini pour longtemps maintenant, notre clientèle n’étant que militaire on se demande ce qu’il faudra faire pour vivre maintenant. 

 Chez vous cela ne se connaîtra pas beaucoup, vos occupations marcheront toujours de même après le retour du chef de famille.

Je pense que vous êtes en bonne santé ainsi que vos enfants et toute votre famille.

    Je termine chère belle sœur en vous envoyant l’expression de mes sentiments affectueux, Jean et Nénette s’unissent à moi pour vous embrasser bien tendrement ainsi que vos petites filles et Tony.

Votre belle sœur     C. Janin

 

– – –  le 26 Août 1914

                Hier, j’ai reçu ta carte, je t’assure chère femme qu’il est bien pénible pour moi de voir que tu ne reçois pas de mes nouvelles.

Voici pour le moins une douzaine de lettres que je t’envoie; toutes tes lettres je les reçois bien, et avec joie, oh écris moi  bien longuement !

Ton mari qui t’aime J. Marie.

Des gros mimis aux petites, au Front rien de bien bon, des batailles, nous attendons toujours et avec résignation.

 

 Des pensées chez vous et des mimis

 

le 27 Août 1914

 

Bien chère Louise

 

 Ne néglige pas de m’écrire et bien longuement; toutes tes lettres m’arrivent; hier 26  j’ai reçu ta lettre; aujourd’hui 27 celle de Mr Pupa.

Vous devez sans doute recevoir des nouvelles de la guerre, il y a de bien grandes batailles et beaucoup de morts de part et d’autre.

Je ne puis pas te donner de grands détails sur ce carnage, il nous est absolument défendu même lorsque tu m’écriras, il faut toujours adresser tes lettres 55ime Territorial 6ème Compagnie à Bourg afin que l’ennemi ne sache où nous sommes.

De gros mimis et aux petites

Ton J. Marie

Nous ne craignons absolument rien pour le moment mais nous nous attendons toujours à les voir ces sales prussiens.

 

– – – – – – le  4 Août 1914 (septembre vu le cachet de la Poste)

 

Ma chère Louise

 

Hier  le 3, j’ai reçu avec plaisir le petit colis et la lettre, à présent je ne suis pas mal monté, un décrassoir, 3 mouchoirs de poche, mes quatre paires de chaussettes qui ne sont encore rien déchirées; je te dirai que je prends de bonnes précautions pour mon linge je me lave souvent. A l’heure où je trace ces quelques lignes nous ne sommes pas trop mal. Pierre Moiroux est à mes côtés aussi en train d’écrire à sa femme; il me reproche avec Guillot que lorsque tu écris tu ne mets jamais un bonjour pour eux. La femme de Guillot le met quelquefois car tous les trois nous formons un petit ménage; aujourd’hui nous sommes vrais dégoûtés de cette tambouille; alors tous les trois nous avons acheté un lapin pour nous rechanger; la bonne femme de la maison nous l’a fait cuire. C’est moi qui l’ai dépecé, j’ai conseillé de rôtir les cuisses et le reste en civet, alors tu vois si nous allons aujourd’hui bien nous soigner … nous le mangerons aujourd’hui, le 4 à 10 h et demi, il fait un temps splendide; que fais-tu pauvre Louise à cette heure?

C’est dimanche prochain 6 que nous quittons notre petit village de B—–  pour aller un pays en avant à ——- petit village à quelques 14 kilomètres de celui où nous sommes; le vin est très cher dans ce patelin, et toujours pas facile à en avoir; bien souvent à ce qu’il parait il n’y en a pas. Je t’assure ma chère Louise que nous nous trouvons encore bien heureux d’être de la territorial autrement si nous étions de la réserve il y aurait bien des chances que nous aurions déjà eu le Baptême du feu. Il y en a chez nous qui ont fait des demandes pour aller en premières lignes, les demandes ont été refusées. Comme bien disent, tous nous avons une femme et des enfants; des peut être patriotes  on ne reculera pas lorsqu’il faudra avancer mais il faut cependant songer que nous avons des êtres chers et qui comptent sur notre retour; comme mon petit coco de Jeannette, Claudia et toi ma chérie.

 

Hier, Moiroux J. Marie de Civrieux a été chercher un bandage car il a une hernie, il cherche à se faire réformer. Ce bandage il est allé le chercher à B. grande ville où j’ai fait une période  de 28 jours; il a vu beaucoup de Blessés Français c’était déchirant de l’entendre raconter cela, nous avons tous pleuré je ne connais pas les soldats mais le régiment, c’était des soldats de certains régiments que nous connaissons très bien; un c’était un bras emporté; l’autre le menton arraché; malgré la gravité de leurs blessures leurs seuls désirs c’était de vite guérir pour retourner venger les camarades morts; un jeune sous officier d’artillerie un éclat d’obus lui avait fendu tout le long son pantalon en effleurant aussi un peu la viande, et bien son seul désir il le disait c’était de vite guérir pour retourner au combat. «Voici le vrai sang Français» tout le monde marche avec énergie et confiance.

Il faut aussi voir autour de tous ces blessés, ces jeunes filles de la Croix rouge soigner nos pauvres pioupious avec un dévouement sans borne; elles sont infatigables en dévouement; tout le temps à demander ce qu’il leur faut; un demande à être sorti au soleil de suite il est sorti un autre, autre chose et à leur parler très gentillement. Un officier aviateur au dessus des troupes allemandes nous a rapporté avoir senti une odeur de cadavre à une grande hauteur, ils ne peuvent plus arriver à enterrer leurs morts, à certains endroits c’était que des cadavres les uns sur les autres. Enfin chère Louise pour le moment nous ne craignons pas grand chose; aucun Allemand n’a encore été signalé dans nos parages; nous sommes cependant bien outillés pour les recevoir.

Allons, chère Louise du courage! Il y aura bien une fin à cela; lorsque nous serons réunis ce sera pour vivre en sécurité et toujours continuer à s’aimer. Bien des mimis à tous, le bonjour et bien des choses. Un bien gros mimi oui à mon petit coco et à ma Claudia à toi ma chérie un million.  Le bonjour aussi à Mme Lardet, je vais écrire à Françoise, dit à Perraud qu’il vienne me trouver. Et Guillot a t-il été bien lo— a Mr Pupa; je n’ai pas pu trouver la vache que vous avez changée, je  vois  que la Flamande.

Pour l’argent ne te prive pas j’ai encore.

 

le  7 Août 1914 ( septembre cachet du 15-9-14)

 

Ma chère Louise

 

J’ai quitté comme je te l’avais annoncé dans ma dernière lettre la commune de Brév. . .(Brévilliers) pour nous avancer de quelques km de la frontière je ne puis pas te dire au juste à combien nous en  sommes, mais nous en sommes je crois encore un peu loin, nous n’entendons plus le bruit du canon, nous savons quelques  petits faits sur les côtés de la Lorraine.

Une bien grande bataille, on le suppose aura lieu ces jours, ce sera un choc formidable, sans doute il y aura à déplorer des pertes.

C’est un bien grand malheur car beaucoup sans aucun doute combien de ces jeunes gens se verront tomber.

Nous avons tous espoir que nous ne prendrons peut être pas encore part à ce combat.

Je ne te causerai pas longuement aujourd’hui le temps me manque.

Le petit village que nous occupons ne vaut pas grand chose tout est cher et puis ils nous prennent pour des prussiens.

Il est défendu de boire l’eau elle est impotable et le vin 16 sous les 3 quarts de litre.

Je t’embrasse bien fort à demain.

Ton J. Marie qui t’aime bien et pense à toi toujours et à ses petites, mimi à tous

J. Marie

La Mulatière 13 sept.

Mon cher J. Marie

Tu m’excuseras beaucoup auprès de tes amis de ne jamais t’avoir chargé d’un bonjour pour eux, vois tu c’est bien un oubli impardonnable de ma part,  car j’aurais du penser que pour eux comme pour toi cela aurait été un grand plaisir, alors je te demande bien pardon et à eux aussi et je te charge donc de leur dire beaucoup de bonnes choses de ma part, et je voudrais être près de leurs femmes pour pouvoir causer infiniment de vous, toutes ensembles, mon cher ami je suis encore bien heureuse de te savoir en compagnie des amis de ton pays, et je fais des vœux bien chers pour que rien de fâcheux ne vous arrive que vous puissiez revenir tous les trois, ce sera un souvenir éternel entre vous tous que cette maudite guerre qui fait verser bien des larmes.

Bien cher ami tu trouveras ma carte courte, mais il faut que j’achète du papier alors à une autre fois une longue lettre.

Nous nous portons toutes bien. Aujourd’hui les nouvelles sont bonnes pourvu que ça dure.

Au revoir bien cher mari ménage toi bien, et écris souvent c’est mon seul plaisir.

 

Ta femme qui t’aime L. Achard

(recto) La vue te plaira.

le  – – –  15 septembre 1914

Bien chère mère

 

Excusez moi  si je ne vous ai pas donné de mes nouvelles, Louise sans doute a du vous écrire souvent.

Comme vous devez le savoir la situation devient bien meilleure, chaque jour les Allemands reculent, reculent toujours.

Mais que devez vous pensez de cette guerre, c’est épouvantable; et quand arrivera la fin de ce carnage; vous qui êtes loin du théâtre en ce jour cette tragédie qui sera sans doute unique dans l’histoire, vous devez tous vivre dans de terribles angoisses, en nous sachant tous à la frontière.

Hélas, chez nous il est aussi bien pénible lorsque chaque jour nous apprenons que bien de nobles cœurs viennent de tomber et souvent des connaissances. A Civrieux, pour le moment nous avons deux fous Dubost le riche, Perrier Marin, tous deux sont devenus fous, suite des troubles de cette guerre. Toujours à Civrieux Julien mort de maladie, Labatie tué à l’ennemi et mes deux cousins blessés Rey le menuisier et Gagneur J.Marie, et dans beaucoup de communes que je connais c’est à peu près la même chose.

Nous devons dans quelques jours partir en avant occuper les pays conquis en Prusse, si vous écrivez à Louise dites lui; je viens de recevoir aujourd’hui une lettre d’elle, de Louise elle me raconte que Mr (Pupa) la méprise un peu; cela ne me fait pas plaisir je vous l’assure, si nous n’avions pas d’enfants, je vous assure que je la sortirai de suite.

Mais dites lui bien qu’elle se laisse dire, qu’elle lui fasse bonne grâce, s’il lui commande même que ce ne soit pas à son profit elle n’a qu’à le faire, car nous sommes dans un moment critique et elle n’est pas à la misère et les petites aussi; il aurait bien un peu besoin que les prussiens lui fassent une visite, il se radoucirait certainement.

Quand nous voyons ces pauvres pays ravagés par l’ennemi autant de braves à la misère, et puis en me sachant à la Frontière, nous qui sommes pour défendre leurs propriétés, il devrait bien se montrer un peu plus doux à son égard.

De suite que je serai rentré, si tout va pour le mieux, je saurai bien me trouver une place stable et je l’enverrai promener avec ses vaches et son fumier, c’est pour cela, qu’elle tienne patience si elle peut jusque la guerre soit terminée, car ce serait trop des frais de déménager plusieurs fois.

Pouvez vous me lire je suis bien pressé.

Croyez à mes sincères amitiés ainsi qu’à Alphonse, je vous embrasse bien fort.   J Marie

 

La Mulatière le 15 sept 1914

Chère mère

Nous nous portons toujours bien.

J Marie écrit toujours des environs de Belfort, et vous envoie tous ses bonjours.

Ta fille Louise

 

Carte écrite entre le 17 et le 24 septembre

Bien chère Louise

 

J’ai reçu avec plaisir le 17 une carte du 13 et la lettre du 14. Je me demande à chaque instant si Mr Pupa se montre toujours grossier envers toi, cependant il devrait bien comprendre que tu as déjà assez de l’ennui en me sachant si près de l’ennemi.

Je te dirai ma chère petite, que je ne crois pas que nous resterons peut-être pas bien longtemps dans ce petit village.

On nous a dit ces jours que peut-être dans une quinzaine de jours nous irons occuper les pays conquis.

 

On nous dresse à faire des kilomètres en rampant, et beaucoup d’exercices sur le tir, tu me diras dans ta prochaine lettre où vous avez trouvé ce jeune commis et quels sont les journaliers que vous avez. Comment faites vous pour tirer les vaches et si Ray a labouré la vieille luzerne à coté du jardin et s’ils ont mis tous les abricotiers en prés.

Demain je suis de garde comme on se remplace, et j’aurai un peu de temps je te tracerai une grande lettre.

Reçois mes amitiés,  ton petit mari qui t’aime

J. Marie

(recto)

J’ai reçu une lettre de ma sœur, elle m’a envoyé une petite somme en me disant que certainement cela me ferait plaisir qu’il fallait aussi en faire profiter mon ami Pierre Moiroux, cela nous a bien fait plaisir, Pierre Moiroux se trouvait avec presque plus d’argent car il en avait guère apporté, il a bien écrit plusieurs fois à sa femme et il ne reçoit rien je lui en ai un peu prêté.

Avec Guillot et mon petit Pierre nous sommes toujours bien amis, nous faisons toujours tout par moitié.

 

 

Belley le 24 septembre 14

 

Chères cousines

 

Je vais vous dire que j’ai reçu votre lettre qui m’a fait bien plaisir; surtout que vous me dites que Jean-Marie est toujours à peu près au même endroit et je lui ai écrit aussitôt; vous me dites que vous avez eu un petit embarras avec le vieux mais ça ce n’est rien je pense bien aller vous voir quand on reviendra de voir les  boches  et que j’aurai une perm et que vous y serez encore; avec trois commis vous devez arrivez à vous en tirer.

Jean, il peut profiter de s’amuser pendant qu’il est libre car il ne veut pas tarder de rentrer à la caserne quand même qu’on n’est pas mal ça ne vaut pas le métier de laitier on a plus de temps de causer avec les petites; il faut penser qu’on est militaire; ils nous font barder autant droit : à genoux, coucher, se traîner  en tirailleur dans la rosée; et ce n’est rien! ça me soulage que François est toujours à Lyon et qu’il peut encore aller vous voir, tant qu’à moi lundi le 28 on part tous pour le camp du Valdahon 90 km plus loin que Besançon et on ne revient pas avant d’avoir vu les Prussiens: ça ne fait rien tous ensemble on ne s’en aperçoit pas, je vous enverrai des nouvelles de là-bas.

Votre cousin qui pense à vous

Antoine Borix 30ème Compagnie 133ème régiment

Belley Ain (le petit point que vous voyez c’est là où je couche mais pas longtemps)

 

25 – – –    septembre 1914

 

Bien chère femme

 

J’ai hier soir reçu de tes nouvelles, cela me paraît bien étonnant que tu ne reçoives pas mes lettres; cependant je t’écris bien souvent.

Je me porte assez bien ma chère Louise, pour vrai dire je serais légèrement fatigué ces jours, j’ai été vacciné,  je ne sais pas si j‘aurais pris un léger froid car j’ai un peu mal à la tête, enfin ce n’est rien.

Continue à m’écrire bien souvent raconte moi beaucoup de choses si le travail marche normalement, car tes lettres ne mettent guère plus de 2 à 3 jours pour arriver.

J’ai reçu hier une lettre du cousin Schénier, il me dit que tu as si grossi alors ça m’étonne beaucoup; je — pense bien des choses … ou rien; enfin passons à autre chose comme il  nous est interdit de beaucoup raconter donc je m’abstiens de te raconter quelques nouvelles.

Je te dirais que nous commençons à avoir guère chaud la nuit alors avec mon ami Pierre Moiroux voici comment nous nous  rangeons, nous avons  je te dirai, touché une paillasse et une couverture avec nos deux paillasses réunies nous ne formons plus qu’un lit, alors comme l’homme et la femme, alors au lieu d’une couverture cela en fait deux, et nous avons bien plus chaud malgré cela le matin on ne transpire pas.

Pierre Moiroux vient de recevoir une lettre de Civrieux, il nous apprend que beaucoup versent  dans l’auxiliaire portée; on recommence à réquisitionner  les chevaux.

Enfin chère femme, j’aime à croire que tu te portes assez bien ainsi que les petites, et que tu peux bien te débrouiller avec tout ce travail.

Ton mari qui t’aime ainsi que ses filles  J. Marie

 

Le canon a beaucoup grondé hier à une petite distance mais un des nôtres.

 

– – – le 26­ ­­- – ­- septembre 1914

Bien chère Louise

 

Comme tu me le demandes, je réponds à ton désir de t’envoyer une carte peut-être elle parviendra mieux, rien de changer ma bonne femme; nous ne sommes toujours pas trop mal dans ce petit pays. Bien sûr il y a à supporter quelques moments pénibles mais que veux-tu nous sommes en guerre. Reçois ma chère femme mes  bien douces amitiés.

Demain c’est dimanche en compagnie de Guillot et Pierre Moiroux, nous allons aller trouver dans un autre village quelques connaissances telles que Belin Nicolas Thomas Tony Achard; j’ai hier écrit à Tony cela lui fera certainement plaisir. Embrasse bien mon petit coco et ma grande et gentille Claudia.

 

Ton mari qui t’aime J Marie.

 

Si toutefois tu trouvais que c’est trop cher pour envoyer ces  petits paquets et bien envoie que les chaussettes et les chaussons.

 

La Valbonne 28 septembre 1914

Chère belle-sœur

 

Excusez moi du retard que j’ai mis à vous répondre, nous sommes tellement bousculés par le travail que nous n’avons pas une seconde de repos. Je crois que nous avons déjà vu passer au moins cinquante mille hommes.

Depuis la mobilisation, jamais nous n’avons tant travaillé, le camp  est constamment occupé par plusieurs milliers d’hommes.

Jean Marie nous a écrit une fois, il y a quelques temps, je lui ai envoyé une pièce de 10 francs ainsi qu’à Pierre.

Je ne sais s’ils ont reçu. Je n’ai eu aucune réponse ni de l’un ni de l’autre, je pense que les nouvelles que vous recevez sont toujours bonnes et que vous êtes tous en bonne santé.

Nous attendons d’avoir un petit intervalle de troupes pour aller vous voir et nous reposer un peu car cela devient fatiguant.

En attendant, recevez nos meilleurs baisers. Si vous avez des nouvelles faites les nous parvenir Louis a eu 25 jours de convalescence il a repris ses douleurs il va bien mieux, mais bientôt il faudra repartir.

De grosses caresses à vos petites filles à vous nos meilleurs baisers et bon courage, espérons que bientôt cette guerre se terminera.

 

Votre belle sœur.         C Janin

 

B – – –  le 4 – 8 – 1914 (enveloppe 6 10 14)

Ma chère femme

A l’heure où je trace ces quelques lignes tu dois reposer d’un profond sommeil ainsi que les petites et bien en paix je le désire; la petite montre que nous avons ici marque exactement trois heures du matin, j’ai pensé ma chère Louise bien des fois cette nuit à toi et aux petites. Car je suis de garde cette nuit en pleine forêt, on loge dans un abri caverne bien humide, je rentre à l’instant du dehors, il fait un temps froid accompagné d’une pluie fine mais glaciale, nuit du 2 au3 vendredi à samedi.

Dimanche dernier, nous sommes allés voir quelques camarades, malgré qu’il est très difficile nous avons pu obtenir une petite permission, cela nous a bien fait plaisir de se retrouver, j’étais en compagnie de mon petit Pierre et Guillot nous avons pu voir plusieurs de Civrieux dont je te citerai quelques noms Thomas Pierre il se plaint qu’il y a bientôt un mois n’avoir pas reçu des nouvelles de sa femme, j’ai vu également Clément Moiroux, Charles Bernichon, Forest, Mande, Vernay, Georges Duvermis, Charles Dutang toujours le même, il amuse un peu les autres, mais ils espèrent bien que ses petites manières lui passeront bien ici; ce jour nous nous sommes presque vus dans l’obligation de nous rentourner sans manger, et le parcours que nous avions à franchir nous faisait prendre un air bien morne, on n’a trouvé rien, si bien que tout de même nous nous sommes contentés de bien peu de choses.

J’ai pu apprendre quelques nouveaux, Héraud de Tramoyes a  fait saisir quatre fermiers : Dutang des Echerolles, Duvernis, Houllion et Chat ffringeon, il paraît qu’ils ont bien joué du côté chez Dutang des Echerolles il ne restait presque rien et chez Duvernis il n’y avait plus que la femme, un chien et une bicyclette.

Je veux aussi te raconter quelques petites choses qu’il ne faudrait pas imiter malgré que cela me ferait très plaisir de te revoir, le bruit a couru dans l’Ain à Bourg, à Châtillon et ailleurs que notre régiment était désigné pour aller au feu.

 

Puisque je te dirais qu’il y avait des femmes, des femmes au marché à Châtillon, elles ont toutes plié leurs paniers immédiatement, elles ont pris le train et sont venues trouver leurs maris en tenue de marché et après mille péripéties tout de même sont arrivées à nos lignes, il y aurait bien pu en faire que si nous avions été légèrement en avant elles auraient eu de la peine pour arriver jusqu’à nous, car pour traverser la ligne c’est sévère, et il faut être muni de bien bon papier signé du général du secteur.

A Civrieux, le blessé Gagneur a vite été remis et il est reparti seulement il y en a d’autres, la Benoite Nallet a un fils tué et l’autre blessé, Villon de Bussige et bien d’autres à Mionnay, je ne me souviens pas, le fils de Philibert Vinia a une oreille vrai emportée, le fils de Chaudi Marc disparu, et puis à Reyrieux tout plein.

Enfin ma chère femme il faut vivre en philosophe et avoir bon espoir en l’avenir, nous autres bien souvent on est triste mais la gaieté revient toujours, et avec mes amis nous nous encourageons les uns les autres.

Aujourd’hui la femme de Guillot écrit ce qui suit : si tu pouvais seulement revenir bientôt, mais ce bientôt quand, ainsi que tes camarades, ce jour quelle joie, quel dîner je veux t’offrir ainsi qu’à tes amis.

La femme de Moiroux ne m’oblige pas ainsi que celle de Pierre Thomas.

La petite de Pierre Moiroux a réussi à faire une lettre à son papa elle a 7 ans, elle lui dit qu’elle est bien gentille et qu’elle ne fera plus de rats.

Tous nous pensons à nos chers petits, cela nous donne de la satisfaction, car depuis les plus petits jusqu’aux plus grands, tous prennent part à nos chagrins nous ne sommes pas oubliés.

Au revoir ma bonne femme, je t’embrasse bien fort ainsi que Claudia et le petit trognon, bien le bonjour à tous et à Alphonse et ta mère.

Ton mari qui t’aime

Ps  Ecris souvent c’est mon seul plaisir, je vais essayer on me dit qu’il y a des femmes qui sont venues voir leurs maris. Tes lettres mettent trois jours. Les nouvelles sont bonnes, les prussiens reculent, vous pouvez le croire.

 

Quincieux 5 10 1914

Cher Neveu

Je fais réponse à ta lettre qui nous a bien fait plaisir de savoir de tes nouvelles, je vais te dire que François est venu nous voir samedi, qu’il s’attend bien de partir, pour Jean on ne sait pas où il va aller, il passe le conseil le 20 octobre, et puis Tony est au camp du Valdahon alors juge si cela nous fait plaisir de les voir tous partir.

Je vais te dire qu’on est entrain de semer mais c’est sec, on ne peut pas, puis on voit tous ces trains qui montent des soldats et descendent les blessés,  je vais te dire qu’il fait pas chaud par là ça gèle un peu les nuits alors les pauvres soldats ne doivent pas avoir chaud, il fait une bise acharnée chez nous.

Je ne vois pas autre chose, qu’on est tous en bonne santé et qu’on souhaite que notre carte te trouve de même, au plaisir que l’on aura de se revoir, reçoit les meilleures amitiés de ton oncle, tante et cousin.

M Borix

On a reçu ta lettre le 4 octobre.

 

Valdahon, le 7 oct 14 (cachet 13-10-14)

 

Chères cousines

 

Je vous écris ces quelques mots pour vous envoyer de mes nouvelles qui sont toujours très bonnes, je suis installé au Valdahon il y a 8 jours, j’ai fait bon voyage on a mis un jour pour y aller, on a passé Ambérieu, là les femmes de la Croix Rouge nous ont donné à manger en passant, on a été bien reçu en route, et des «socedailles» tant qu’on en voulait, on a passé à Bourg, Dôle, Besançon et le Valdahon.

Il n’y fait pas bien chaud, mais il nous y empêche bien d’avoir froid, enfin on commence à s’y faire, on ne tardera pas d’y aller vers ses cochons de boches, on fait du tir et je ne suis pas dernier à y aller, je croyais pas que j’étais si adroit enfin tant mieux je me débrouillerai tant que je pourrai; il y en a bien qui ont manqué la cible, ceux-là ils vont venir quelques jours après enfin vivement qu’on se sauve du Valdahon pour aller plus loin.

J’ai écrit 2 lettres à Jean Marie. Je n’ai point reçu de ses nouvelles si vous pouvez m’en envoyer je serai bien content; mes parents m’ont écrit ils vont tous bien  il n’y a que mon frère Jean qui va bientôt venir me rejoindre, mais je ne le verrai pas certainement encore, car je serai loin quand il viendra.

Enfin, moi toujours content, le temps ne me dure toujours pas, au moment que je vous écris je me prépare pour aller en marche de nuit, un joli boulot.

Le bonjour là bas, à Mme Lardet et vous me donnerez des nouvelles de son mari et de son beau frère Antoine il est comme les autres il n’est pas encore libérable mais ça viendra, quand __ le bonjour à la maison Peyraud et à tous.

En attendant le plaisir de se revoir, votre cousin qui pense à vous et qui vous envoie bien le bonjour.

Antoine Borix 133ème d’Infanterie 4ème Compagnie

Valdahon Doubs

Je vous envoie la vue du camp, là on est 5 régiments : le 23, le 44, le 35, le 42 et le 133, on est pour le moins 8 mille.

Le petit point que j’ai fait à la fenêtre, c’est là où je couche sur une paillasse et dans un sac à viande et une couverture, c’est pas si bien qu’à Belley il commence à nous habituer dans quelques jours ce sera encore pire.

 

La Valbonne  8 octobre 1914 

Chère belle-sœur,

Je crois vous avoir dit dernièrement que je n’avais pas reçu de réponse de mon frère, le lendemain je reçus une carte me disant qu’il s’était payé un bon petit dîner avec son ami Pierre Moiroux et Guillot avec ce que je lui avait envoyé cela m’a bien fait plaisir, cette semaine il nous a renvoyé une carte je vois qu’ils ne sont pas trop mal pour le moment espérons que bientôt cela se terminera bien.

Nous avons toujours beaucoup de travail nous ne pouvons guère nous absenter nous allons juste à Lyon faire nos emplettes entre deux trains et nous nous empressons de rentrer à nos occupations, ce qui ne nous permet pas  d’aller vous voir.

 

Je pense que vous êtes toujours en bonne santé,  je n’ai pu contenter Nénette qui voulait bien aller voir ses cousines.

Recevez nos amitiés  C. Janin.

 

(Carte postée le 14-10-1914)

Cher Monsieur

Merci de votre petite carte, nous sommes bien content de vous savoir en bonne santé, Lyon est calme.

Je pense aller vous trouver à la fin du mois.

Peyraud

 

Valdahon le 18 oct 14 

 

Chères cousines

 

Je vous envoie ces deux mots c’est avec plaisir voici deux lettres que je reçois de Jean Marie et il me dit qu’il est toujours au même endroit, et ce qui me soulage, c’est que je ne suis pas loin de lui j’en suis à 80 km et vivement que j’aille le rejoindre et les autres, aussi il faut espérer qu’on en finira bientôt mais je voudrais bien pouvoir leur tirer dessus aussi.

Enfin moi, je ne me fais pas de bile, on fait des manœuvres tous les jours, on tire à blanc, on se promène dans les campagnes et on n’y voit que des femmes qui sont après serrer le blé.

Nos effets de guerre sont bien arrivés, mais on ne sait pas quand on va les prendre, en tous les cas c’est tout  neuf.

François m’a écrit, et il m’a dit que vous allez rentrer chez votre mère, mais je pense que vous n’y resterez pas longtemps, Jean Marie rentrera bientôt et ils se fatigueront bien ses vaches d’Allemands, et au plaisir de tous se revoir.

Votre cousin,  qui vous embrasse toutes les trois bien fort; bien le bonjour à Jean et les autres aussi.

 

Le 2 novembre  1914  

 

Ma chère petite femme,

 

Je reçois presque tous les jours de tes nouvelles; cartes ou lettres ne mettent que trois jours pour venir me trouver cela me fait bien plaisir de te lire si souvent.

Tu as touché comme tu me le dis l’allocation pour les familles nécessiteuses pour l’entretien de tes petites, cela te fera plaisir.

La pluie ici continue tous ces jours, c’est bien ce qu’il y a de plus désagréable à supporter, et je n’ai pas encore reçu le paquet, j’attends ces chaussettes tous les jours, car je commence à avoir un peu bien froid.

 

Enfin ne te désole pas trop ma chérie, et reçois de ton petit mari qui t’aime, toutes ses amitiés ainsi que les petites.

J Marie

(Carte reçue à La Mulatière, le 2 novembre 1914)

Ma chère Louise,

Je viens de recevoir aujourd’hui 29, ta carte du 20, je n’ai pas encore reçu ton paquet, est- ce que tu l’as envoyé en colis postal ?

J’ai reçu le mandat.

 

Reçois ainsi que les petites, mes meilleurs baisers.

 

J. Marie

 

 

(Cachet du 6 novembre La mulatière, du 5 novembre Bourg en Bresse)

 

3 novembre 1914

 

Bien chère Louise

 

J’ai hier 2, reçu ta carte du 29, cela m’a fait plaisir d’avoir de tes nouvelles.

Je crois que si je reçois le paquet le tout me servira bien car les nuits sont bien fraîches. Si au moins, je le recevais bientôt par la poste, il faudrait tout de même m’envoyer ce maillot, une paire de chaussettes et les chaussons, si je savais que le paquet arrive, je te dirais d’attendre encore pour ce dernier paquet. Mais je me désespère du premier, enfin le tout me servira bien car je vois qu’on a moins de linge qu’au début.

Madame Ray m’écrit que Louis a reçu une balle dans le ventre, ils croient qu’il est mort, ils écrivent partout mais ils ne reçoivent rien.

Ma sœur m’écrit si j’ai besoin de quelque chose, on lui dit avec Pierre Moiroux de nous envoyer un ___

 

Ton mari qui t’aime

J Marie

(5 novembre 1914)

Chère Louise,

J’ai reçu hier le 4, ce paquet que j’attendais avec impatience, tout le contenu était bien dans le paquet, le saucisson était très bon avec Guillot et Pierre c’était un petit régal pour nous.

Mais ma chère Louise, vous avez bien grande erreur au point de vue de ma taille. Les tricots sont bien trop longs et trop larges enfin comme on ne touche pas si régulièrement du linge qu’au début ils me feront plaisir et je tâcherai bien de les utiliser mais les chaussettes, comme elles sont grandes, mes pauvres pieds iraient jusque tous les deux dans la même, elles sont trop grandes et trop larges celles que tu as achetées sont de même, tu sais bien que je n’ai guère des plus grands pieds que toi, ils seront un peu plus grands mais il faudrait te baser dessus, si tu m’envoies des chaussons aussi grands, ils me seraient inutilisables.

Pour le maillot et bien j’ai à peu près la taille de Peyraud, car il ne faut pas que ce soit trop grand, tes chaussettes me piquent toujours les pieds, il semble qu’il y a quelque chose dans la laine.

Enfin tu dois être désolée de mes compliments.

Tu dois être à Fontaines, j’ai espoir que tout c’est bien passé, le caleçon va bien il me tient bien chaud.

Recevez tous mes amitiés Achard

Pierre Moiroux a reçu aussi des flanelles aussi bien grandes

Ne plus les acheter les chaussettes

 

Alsace le 7 novembre 1914 (cachet du 14-11-14, Bourg en Bresse)

Bien chère femme et mes chères petites

J’ai reçu avec plaisir, cette gentille petite carte tracée par ma gentille petite Claudia. Je vois qu’elle doit bien faire plaisir à la maman car comme elle me cause déjà en grande fille, je ne pouvais croire qu’elle avait une si belle écriture et puis c’est ——de ceinture de flanelle, si au moins le papa avait le bonheur de tomber sur une ceinture oubliée par sa fille, car ici on commence à distribuer le petit paquet du soldat, c’est des dons  je le crois de quelques mains généreuses, mais on laisse à ceux qui en ont le plus besoin, et puis il n’y a que quelques paquets, moi j’ai touché une chemise, il y avait deux médailles solidement cousues, et dans ma poche trois croquettes de chocolat; les médailles nous porteront peut-être bonheur.

J’aime à croire que tu as reçu toutes mes lettres et cartes, je m’attends bien à recevoir de toi un petit paquet; c’est surtout les chaussons et le chandail, en même temps je te dirais que vous avez des pièces fausses tu pourrais les mettre dans le paquet; je suis très content des chaussettes et des tricots je ne m’aperçois plus que c’est un peu grand cela me tient bien chaud.

La neige a commencé à se montrer sur la Suisse, mais ici il tombe de l’eau mélange en neige, il fait bien froid, on commence à taper un peu des pieds, c’est l’hiver qui approche si au moins cette maudite guerre prenait vite une fin, mais je crois qu’il y en a bien encore pour un moment.

Au revoir ma chérie, je vous embrasse bien fort tu m’enverras quelque peu d’argent

Ton J. Marie qui t’aime

La femme de Moiroux Clément est venue, la Julie la femme de Thomas aussi sont venues voir leurs maris, nous sommes toujours à Seppois, il ne faut plus compter d’y aller à Bourg ça a malheureusement resté en farine et surtout n’oublie pas le saucisson mes alliés insistent pour cela.

(Le 8 novembre 1914)

J’ai hier soir le 7, reçu de tes nouvelles, enfin ma chère Louise je m’aperçois que tu te vois assez dans l’embarras pour arriver à te déménager; enfin que veux-tu c’est une crise en général, de partout tout le monde se plaint; les femmes des cultivateurs; car dans notre régiment c’est à peu près tous des cultivateurs et bien elles se voient beaucoup aussi dans l’embarras comme elles se sont vues de l’embarras pour arriver à semer, et aussi comme elles le disent pour charrier pommes de terre et betteraves; c’est des bien gros travaux pour des femmes  enfin il y en a beaucoup qui se trouvent dans des grosses fermes, je lis tous les jours de leurs lettres, et bien elles se disent tout heureuses d’avoir pu arriver tant bien que mal à faire les semailles, toutes comme toi leur seul désir c’est que l’on puisse se rentourner en bonne santé; tous n’est pas le mot; je ne devrais peut être pas te le dire c’était très pénible pour nous; mais nous avons entendu un camarade il y a quelques jours; un homme qui paraissait bien gentil, une balle l’a traversé le front, la mort a été instantanée; il laisse sa pauvre veuve avec six petits enfants, et le plus jeune bien petit, tout le régiment, comme c’était un des premiers et pour venir en aide nous avons donné, je crois que le total doit dépasser quinze cent francs; dis moi si c’est une bonne action  que nous avons fait.

Toujours ma chère femme nous passons de bonnes nuits dehors, le jour nous travaillons beaucoup afin de faire des ouvrages pour être en sûreté, tirés en sûreté si un jour nous sommes forcé de répondre à ces Alboches.

La semaine dernière, nous en avons pris un avec tout son équipement, il paraissait bien ennuyé au premier abord; il nous a dit qu’il y en avait beaucoup qui voudraient se rendre mais dans leurs langages ils disent que les Français ceux qu’ils prennent, ils leurs coupent les oreilles; il tremblait à cause de cela; mais on a pensé qu’il cherchait à nous endormir.

Lorsque nous avons le bonheur de coucher sous une remise, et bien je te dirais que comme les enfants on oublie tous ces moments, nous nous amusons à lutter; il y en a des grands, des gros je les culbute tous; les autres disent que je suis bien costaud car ils y passent tous; on rit encore bien; je ne suis pas avec l’escouade des moments ils me réclament vite, tous me disent que quand je les aurais autant fait pleurer que je les fais rire. Pierre Moiroux me dit qu’il veut écrire à sa femme comme je les fais tous rire, hier soir encore on s’amusait encore bien, que veux-tu pauvre femme, des petits moments de distraction à côté de toutes ces nuits; ces heures silencieuses à écouter et devant soi rien, rien que l’ennemi; c’est la guerre que l’on pense à tous va; toujours toujours on a devant ses yeux ceux que l’on aime; bien souvent on est émotionné car lorsqu’il fait noir on ne voit à guère de distance devant soi; souvent une branche morte que le moindre orage fait tomber ou bien dans ces forêts de sapins le bruit d’un écureuil; toujours il semble que l’on va voir apparaître un casque à pointe ou bien le béret plat du bavarois.

Nous avons trouvé un casque dans un bois il était très beau, mais sa beauté on la dédaigne un sabre.

Nous faisons toujours bon ménage avec Guillot et Pierre, nous nous quittons jamais  on couche ensemble et on se partage toujours tout.

Je gribouille je ne vois plus rien toujours des installations sur un mauvais pied d’arbre.

Au revoir, embrasse bien ta mère; c’est ma grosse Jeanne elle ne veut bien plus me reconnaître si j’ai la chance de ne pas me faire tuer et Claudia cette pauvre petite  enfin je vous aime bien.

Ton petit mari qui vous aime bien. J. Marie

le 9 nbre 1914 (Cachet du 13-11-14, Fontaines Saint Martin)

Ma chère Louise

J’ai hier soir reçu de tes nouvelles, une grande lettre cela m’a beaucoup fait plaisir; mais ce n’est pas encore cette lettre que je pensais recevoir; celle que j’attends et bien c’est l’arrivée à Fontaines et je voudrais que le tour ce soir passe à ton avantage.

Tu te vois beaucoup d’embarras pour arriver à te déménager; si du moins vous aviez été directement chez un grand déménageur; ils sont bien mieux au courant et tout le mobilier bien mieux en sûreté.

Dis moi si tu as gardé Jeanne  jusqu’au dernier jour.

Dans l’attente de te lire, et bien reçois mes bien douces amitiés ainsi que les petites.

Ton mari qui t’aime

J. Marie

 

1915

Le 2 janvier 1915 (pas d’indication de lieu)

Bien chère Louise

 

Lorsque tu me renverras des lettres comme celle-ci, garde toi bien de m’écrire, car si je ne suis pas démoli par les balles ou les canons, tu me ferais bien mourir à petit feu.

Vraiment je te fais honte ! Pourtant ce n’était pas une faute, ni un vol, en demandant mon propre argent, j’admets très bien que ça regarde autant à toi qu’à moi puisque tu es ma femme; mais la question de Ray ça c’est pas leur affaire; tu n’avais pas besoin de ses condoléances, et puis le père Radisson avait un reçu  que je lui avais  envoyé, et puis j’aurais bien pu te le dire et que la lettre se soit égarée enfin vous me prenez pour rien du tout en attaquant mon propre argent, et aussi comme tu me causes, je vois très bien que tu te figures que l’on fait la noce; voici six mois que nous couchons à toutes les intempéries à la merci de tout, et tout habillé; si l’on veut augmenter un peu l’ordinaire lorsqu’il n’y a pas de vin à la compagnie on le payait 14 à 18 sous, les sardines autant, car on ne trouve rien, si j’ai demandé à Radisson c’est que je sais qu’il paye tard et j’aimais mieux lui demander que d’attaquer ta bourse, tu me dis bien soigne toi bien, mais il ne faut rien dépenser.

Ne m’envoie pas de linge ça fera bien l’année je vois que ça pourra faire.

Reçois quand même un gros mimi.

J Marie

Radisson t’a tout donné, car il payait 155 francs alors 190 – 35 cela fait 155 francs

Ps méchante de me dire  des sottises pareilles

 

Le 10 soir dimanche (10-01-1915, sans indication de lieu)

 

Je comptais bien recevoir quelques lignes ce soir, mais certainement que tu n’as eu guère le temps si tu as été à Lyon, comme tu me le disais hier, dans ta lettre. Il semble vraiment que ce n’est pas dimanche et combien de pareils dimanches se passent ainsi sans que l’on sache quel jour nous sommes, enfin aujourd’hui, j’ai bien fait ma toilette, et je me suis tout changé, rasé, il me semble que je ne suis plus en guerre après un nettoyage pareil.

Aujourd’hui ça cogne pas mal, je ne sais pas s’il n’y aurait pas quelque chose; tu m’enverras bien du fil, des aiguilles, si tu as un vieux ciseau et mes fromages, ne m’envoie pas d’argent j’aime mieux un petit paquet de temps à autre pour bouffer, j’en donne guère à mes camarades, je garde un peu pour moi.

Adieu il fait beau temps je te serre la louche, la patte.

 

Alsace le 14-01-1915

Ma chère femme

De tes nouvelles je viens de recevoir ainsi que la consulte, je veux essayer mais je pense bien arriver à aucun résultat, enfin je verrai bien cela ne coûte rien d’essayer, aujourd’hui on prend les noms de tous ceux qui ont six enfants pour les envoyer dans des dépôts, alors tu vois que nous avons été trop doucement et si nous avions six enfants j’aurais donc la vie assurée, mais quand même je ne me plains pas, car avec deux petites tu ne te trouves pas trop dans la misère, tandis qu’avec six, tu aurais sans doute un  autre travail.

Je viens avec Guillot de manger un œuf, et une salade que nous avons ramassée tous les deux, car ici il y a repos pendant plusieurs jours, une seconde fois on nous a piqué au sérum, cela fait bien souffrir.

Au revoir demain je t’écrirai bien plus longuement.

Ton petit J. Marie qui t’aime.

Cette carte représente un peu la position dans les tranchées.

 

Besançon le 21 janvier 1915

Cher cousin

Je t’écris pour te donner de mes nouvelles, qui sont toujours très bonnes et son __ presque tous de régiment du 133 vingt ont été au 26ème d’Infanterie au 32 au tirailleur algérien; et on est venu 80 au 5éme chasseur mais c’est bien partout la même chose enfin je comptais pas rester si longtemps à Belley et on ne sait pas quand on va partir maintenant de Besançon.

On fait des tranchées et du service en campagne beaucoup, mais c’est ce qu’il nous faut; enfin je ne suis plus biffin je suis chasseur, ça va un peu plus vite que le 133, on s’y fait vite; j’ai reçu des nouvelles de ta femme, c’est elle qui m’a dit que tu lui demandais de mes nouvelles, et c’est pour cela que je m’empresse de t’écrire.

Chez mes parents ils vont tous bien, et moi aussi je pense que tu es toujours de même, et si je pars bientôt et qu’on se trouve là haut, on causera un instant.

Ton cousin qui pense à toi souvent et qui te serre fortement la main.

Antoine Borix au 5ème chasseur à pieds 14ème Besançon Doubs

Seppois 23 -1- 1915

Ma chère petite amie

Ce matin, j’ajoute que le paquet est arrivé dans de bien bonnes conditions; mais hier je n’avais pas tout vu,  j’ai été heureux de trouver mes petits ciseaux enfin il y avait bien tout; tu es bien gentille et je t’en remercie le saucisson était bien bon, mais les parts ont été fines avec celui de Guillot, car on en a eu quand même pour tous, car quand il y en a un qui reçoit un colis, tous en profitent, ils sont tous bien gentils dans notre escouade, c’est tous des cultivateurs ou propriétaires; alors souvent ils reçoivent, et tous en profitent car comme toi toutes les femmes vous ne nous oubliez pas; nous voyons donc que vous faites bien ce que vous pouvez pour vos chers époux.

Mais cette Jeanne, qui est déjà si grande, elle se suce toujours les doigts.

Il gèle ici encore assez mais le temps s’est un peu radouci; il va neiger je crois. Mes gants vont tout bien ils me tiennent bien chaud.

Des gros mimis et aux petites

J Marie

 

Sainte Foy Janvier 25  1915

Chère Madame Achard

Je vous remercie de votre bonne carte qui m’a bien fait plaisir.

Je suis très heureuse aussi de savoir votre mari en bonne santé, et je souhaite bien sincèrement que bientôt il revienne auprès de vous.

Mr Pierre est toujours à Sathonay, il compte aller battre les boches dans la première quinzaine de Février, je crois que le régime de la caserne n’est pas tout à fait aussi bon, que celui d’ici car il a beaucoup maigri.

Nous avons un maître valet depuis le commencement janvier, tous ont l’air content, je ne sais pas ce que sera la suite.

Mme Guillard a eu son fils de blessé, mais pas gravement, à Saint Foy nous avons appris la mort de Mr Jambon le marchand de légumes; j’ai toujours mes neveux en bonne santé.

Un bonjour à Mme votre mère, et vous embrasserez bien vos petites filles pour moi, Marie vous envoie un affectueux bonjour.

Je vous embrasse de tout cœur.

Françoise

Avez-vous des nouvelles de Tony?

 

Lundi le 25 janvier 1915

Ma chère petite Louise

Ce soir à 5 heures je reçois de tes nouvelles, cela me fait toujours plaisir de lire tes lettres, je vois donc ma chère petite  que tu commences à trouver le temps long; oui six mois d’absence ça devient long, et encore combien cela va-t-il durer!

On dit toujours que les plus grosses, comme en toutes choses, seront derrière ce que nous réserve encore l’avenir. Mon Dieu il ne faudrait pas, car tous nous serions heureux de revoir nos chères épouses et nos petits êtres adorés, il ne faut donc plus penser à toutes ces choses qui s’offrent à chaque instant à nos yeux et avoir bon espoir à l’avenir, je ne sais pas si nous n’aurons pas une attaque à soutenir ces jours, mais les Boches doublent d’ardeur, ce doit être assurément des jeunes car ils viennent jusqu’à nous en rampant, ce matin même, ils nous ont fait un feu de mitrailleuse, tous les jours cela tire, c’est de vraies fusillades ainsi ce soir quelques travailleurs achevaient une tranchée ils ont réussi à nous approcher, la baïonnette au canon, en tirant, et en hurlant. Mais dans une tranchée à côté un bon tireur heureusement se place vite, nous tirons rapidement certainement il y a du avoir des tués ou blessés. Leur attaque a donc été rompue et nous avons continué à tirer dans la direction, après le calme est revenu, mais dans le pays voisin  le canon gronde sans cesse.

Demain mardi, comment la journée va-t-elle se passer, car pas un jour ne passe sans qu’il y eu quelque chose, l’animation semble vouloir prendre de grandes proportions. Enfin j’aime à te raconter à te lire il me semble aussi que je suis auprès de toi et je te cause comme s’il était à la fin de la journée.

Je sais bien ma chère Louise que tu diriges bien au sujet de l’argent, je n’ai aucune crainte de gaspillage avec toi, malheureusement tu n’en a pas assez.

Ce matin j’ai vu Tony Achard, il est bien plus heureux que moi dans la musique, il ne vient jamais aux tranchées ni en patrouille.

Bien sûr que s’il y a un bombardement, il n’est pas plus en sécurité que moi, il avait une lettre de la tante de Birieux, elle avait fait le tour du 55, inconnue partout elle était datée du 24 décembre.

Aujourd’hui il fait un temps affreux, il tombe beaucoup de neige, il y en a déjà épais, si tu savais comme je me tiens propre car j’ai trop peur de prendre des poux, ainsi lorsque nous descendons aux tranchées je me rase, quand je ne suis pas au bois régulièrement tous les matins je me débarbouille bien et tous les 1 ou 2 jours je me fais laver complètement tout mon linge de corps; mes camarades me disent que je ne dois pas avoir de crasse, et que je suis fier car je me peigne souvent je me fais même une raie, on est en guerre, mais lorsque l’on aime à être propre on peut toujours lorsque l’on n’est pas de service se trouver un instant à faire sa toilette, il y en a qui sont malpropres.

Bien sûr que les quatre jours de bois, je n’ai pas le temps de faire toilette, les Boches nous trouvent bien une autre distraction.

Il ne faut pas se baser sur le Progrès du 19 janvier, si tu l’as lu, qu’il y a ici une grande bataille et que Seppois est en flamme, c’est faux, Seppois n’est pas en flamme les canons de temps en temps tirent ; mais il n’y a pas de dégât.

Au revoir encore une fois, et ayons toujours bon espoir pour demain, donc à demain et dans l’attente reçois de ton petit mari de bien gros mimis.

Ton mari qui t’aime

J. Marie

Bien des mimis aux petites

Allons au revoir et bon courage et à bientôt de nous revoir encore un mimi.

Bien des choses à Alphonse et à la grand-maman.

 

 

Aujourd’hui 27 -1- 1915

Ma chère petite amie

et mes chères petites mignonnes

 

J’arrive ce matin des tranchées ou du moins sous bois, l’agitation a été un peu rigoureuse; les Boches doublent d’ardeur et essayent par tous les moyens de nous approcher, mais à chaque fois ils sont repoussés, les canons, la mitrailleuse a grondé, enfin nous avons pu nous en tirer sain et sauf, la nuit était très claire et avec la couche de neige qu’il y a au moins 30 centimètres on pouvait apercevoir de loin.

J’ai touché une paire de souliers neufs, et je t’assure chère mignonne, que j’ai eu froid aux pieds l’eau pénètre dedans, je t’assure que l’on s’habitue à tout malgré que l’on est mouillé, ce n’est pas toutes les fois que l’on s’enrhume.

Au revoir et reçois de gros baisers

Ton petit mari qui t’aime

J. Marie

Ecris moi toujours au même endroit, dans quelques jours je te dirai la nouvelle adresse, rien de bien bon, le repos je crois, il ne faut pas y penser

 

Saint Foy le 28 janvier

 

Monsieur Achard

 

Mon mari a changé d’endroit il est au Parc D’artillerie à Lyon, quand à Jussaud il est consigné militaire à la gare de Perrache; notre santé va bien je désire que ma lettre vous trouve de même.

Madame Brunet  rue Parmantac

 

 

Le 31 janvier 1915 

Ma chère petite femme

 

Encore hier soir je reçois de tes nouvelles datées du 27; toujours ma chérie c’est avec grand plaisir que je les reçois, car j’aime trop à recevoir tes lettres, continue à m’écrire tous les jours; aujourd’hui dimanche je me suis fais porter malade pour aller entendre la messe qui était dite en Allemand; je ne peux pas arriver à en déchiffrer un mot de cette langue Boche!

En Alsace, tu ne peux  croire comme ils sont religieux, les hommes de partout où on loge ce n’est pas rare de les voir égrener un chapelet; les hommes surtout avant de manger, et après tu peux croire s’ils en disent des orémus.

Ce matin à la messe, toutes les femmes et jeunes filles étaient en grand deuil. J’aime à croire ma chère petite que tu continues ainsi que mes chères filles à prier pour que je vous retourne et qu’il ne m’arrive pas malheur car ma chère amie tu verras comme nous serons nous comprendre; nous étions bien trop heureux avant mais le bien être souvent, on ne le comprend pas! Oh oui à côté d’aujourd’hui ma seule pensée est donc que cette terrible guerre se termine vite, que je puisse te rendre un peu heureuse, bien élever mes deux petites mignonnes qui sont sans cesse dans mes pensées; de tous les biens de la terre je me fiche pourvu que nous eussions la santé et nous aimer c’est l’essentiel car je vois que la vie n’est rien.

Il fait toujours froid et il y a beaucoup de neige; on couche tout habillé et on se sert bien pour ne pas grelotter, on a bien deux couvertures mais il les faut bien car il gèle très fort.

Au revoir ma chérie et reçois de ton mari qui t’aime de bien doux baisers ainsi que les petites

J. Marie Achard

Toujours la même adresse par Belfort groupement sud

Cette carte il y a longtemps que je la possède, à présent je crois que les cartes c’est fini car ici on ne trouve pas tout ce que l’on veut.

A Civrieux, Pillon qui n’avait qu’un fils est aussi disparu.

La femme de Pierre Moiroux lui dit que la vacheresse qui est mariée au grand nez, va avoir un gosse qu’elle a mouché depuis qu’il est parti, et qu’elle ne fait que pleurer; moi aussi j’ai confiance et je sais bien que tu attends avec impatience mon retour.

Celle de Pierre dit que c’est bien des vaches, et paraît qu’il y en a aussi d’autres qui s’amusent à ce jeu. Cela fait frémir les honnêtes gens.

Celle de Guillot ne dit rien, elle ne fait que pleurer son absence, Guillot dit qu’il a une si bonne femme.

Il est bien le général Pau.

 

Ce aujourd’hui 1- 2-1915

Ma  chère  petite  femme

Ce matin 1-2 je t’adresse quelques lignes; je me prends un peu de bonne heure car je veux en faire plusieurs; je trouve que je suis un peu en retard dans mes correspondances; il est donc l’heure exacte 7h et demi, le temps ce matin ici n’a rien de bien agréable, il continue à neiger et avec cela, il souffle un peu, ce qui fait que à chaque moment, cela envoie des flocons de neige devant la figure. Depuis que nous sommes ici, il n’y a rien de très agréable; de temps en temps les bruits d’obus passent en sifflant; quelques coups de feu, mais quand ce n’est pas dans notre direction, on se soucie guère.

J’ai hier soir, reçu une carte de ma cousine Varenne, où elle me dit qu’elle est très heureuse d’avoir fait ta connaissance, et que vous vous êtes vues à la foire de Neuville, qu’elle y avait été pour te voir afin de savoir mon adresse; qu’elle voulait bien m’écrire mais qu’elle avait égaré mon adresse, aussi elle me dit qu’après la guerre nous nous retrouverons tous, et que nous nous visiterons un peu plus qu’auparavant.

Que fais tu toi, ma chère Louise avec tes petites filles ? Je vous vois sans cesse sous mes yeux Claudia je me souviens bien; mais la petite Jeanne par moment j’oublie sa petite physionomie, et puis elle doit bien avoir changé lorsque tu me dis qu’elle a bien grandi; dis moi aussi s’il tombe de la neige et s’il y en a bien et aussi si ta mère va toujours soigner ses vaches. Tu dois te trouver un grand changement; il ne te manque que la galette sans cela ce serait un peu la vie d’une petite rentière; enfin je  suis tout de même heureux de savoir  que vous n’êtes pas à la misère  et en lieu sûr, et puis aussi que tu dépasses le poids de 60 kilos, cela me fait très plaisir que tu te soignes bien au moins lorsque je rentrerai tu seras forte et nous pourrons de suite prendre une situation quelque plus favorable que chez Pupa, je ne vis pas sous le rapport de l’argent mais question du travail, car pour reprendre un fourbi pareil non.

On gagnera toujours assez pour vivre; car je vois que la vie ici bas n’est rien, et de bien courte durée, le seul moyen est donc de passer le plus doux possible.

Moi je ne me porte pas trop mal, et je vois que je n’ai guère changé; je ne dois même pas seulement avoir maigri alors et ça continue tu vois que tu pourras me reconnaître.

Vois tu ma chère petite je crois, et nous avons tous la certitude,  que cette guerre durera encore bien longtemps, car pour les déloger il y a trop de travail, ils ont fait des tranchées avec même de petites voûtes pour se garantir des obus; enfin d’ici quelques temps, que toutes les troupes seront bien concentrées, il sera probable que l’on tentera un suprême effort.

Tu as dû voir que pour la fête à Guillaume,  ils devaient attaquer sur tout le front et nous chasser de l’Alsace mais leur effort a été vain et ils se sont retirés avec de bien grosses pertes à certains endroits.

Nous avons bien une heureuse chance d’avoir notre 75 que les allemands appellent des bouts de cigare mais ils en ont une frayeur car à chaque fois il leur cause des pertes; il éclate avec un bruit avant de toucher le sol enfin comme les artilleurs le veulent; l’autre jour ceux qui avaient éclaté lors de l’engagement dans le bois à chaque coup ça fauche une grande distance, tandis que ceux des Boches ne le vaut pas; le leur de campagne ne cause guère de ravage; c’est bien dans un calibre qu’ils sont en retard autrement, sous tous les jours, ils sont bien plus calés que nous, et puis d’ailleurs il y a bien longtemps qu’ils travaillaient pour la guerre.

Dans quelques jours je te dirai mais fais moi réponse avant; car je trouve que cela va faire  trop de frais; enfin s’il ne fait pas plus froid et bien je peux encore attendre.

Voici ce serait un passe montagne un peu plus fin, car celui que j’ai est trop à grands trous, et puis un cache nez, je le voudrais vert, car c’est moins voyant que le gris, et puis il ne faut pas le faire, mieux l’acheter en tissu, car avec des trous tricotés ça accroche trop dans le bois; j’ai bien encore le tour mais ça vaut plus rien.

Voici l’hiver passe, lorsque je te commanderai un cache nez je le voudrais large, quand  même  il aurait une ou deux raies de blanc ça ne fait rien, et aussi un portefeuille plus grand que le petit que tu m’as envoyé; car il ne me sert à rien il est trop petit, je ne peux  mettre ni carte  ni lettre, il le faudrait un peu plus large qu’une grande lettre et qui referme bien afin que je puisse mettre mes cartes ou mes lettres; mais de tout ceci n’envoie rien avant que je te le dise.

Allons au revoir ma chère petite  et reçois de bien doux baisers de ton petit mari qui t’aime bien Achard J. Marie

Tu m’enverras un petit mandat, car comme il fait froid on se soigne un peu par du vin

Lorsque je te commande un colis c’est des cartons ——–

 

   Cailloux le 2 février 1915

 Mon cher Jean Marie

         

                Ce matin j’ai reçu ta lettre datée du 27, dessus l’enveloppe  il y avait le tampon du 99ème au lieu du 55, je pense que l’on te change de régiment, et à la fin tu me dis que tu me diras ta nouvelle adresse, peut-être  te placera  t’ on mieux; mais j’en doute ce sera peut-être le contraire; enfin cher J Marie seras – tu aussi de ceux là qui auront droit à quinze jours de permission agricole, hier sur le journal on en parlait, mais je crois que ce sera encore les mêmes, ceux qui en ont déjà eu à l’automne pour les semailles et ce doit être pour ceux qui sont encore dans les dépôts; cela n’est pas rien juste, l’on devrait bien changer quelquefois.

Enfin si cela t’est possible d’en avoir une, je ne doute pas que tu n’essaies pas d’en profiter. Cher J Marie je ne vois pas grand chose de neuf à t’apprendre, les nouvelles sont toujours les mêmes l’on tient bon mais l’on n’avance pas; si cela dure, il y en aura bien pour dix ans, peut-être plus; et nous serons bien dans le cas d’avoir les cheveux tout blancs et de ne pas nous reconnaître, je suis sûre que quand tu reverras la Jeanne, tu la trouveras bien changée, Claudia grandit bien aussi; mais moins vite; soigne toi toujours  bien, et espérons toujours nous revoir le plus tôt possible.

         Ta Louise qui t’embrasse bien fort. 

 

                                    Cailloux le 4 février

  Mon cher J Marie

                  Je suis vraiment désolée de voir plus ça va, plus cela devient terrible, pour vous; et depuis que la lettre est datée, cela fait une semaine, alors te sachant si bien placé, tu dois voir dans quelle anxiété je suis, je finissais presque à croire que vous resteriez toujours à Seppois, et je voyais bien que malgré que vous étiez déjà bien mal placé, vous n’étiez pas encore si mal que tous ceux qui sont tout à fait au front, et je craignais toujours ce que tu m’écris aujourd’hui c’est à dire que l’on vous fasse avancer car je comprends très bien les choses, quoique n’étant pas sur les lieux, et je crains qu’à présent pour vous le plus terrible ne fasse que commencer, enfin cher Jean Marie je te souhaite bien du courage à toi et aussi à tes chers amis, car vous serez peut être encore bien heureux parfois de vous trouvez tous trois ensemble, et pour moi c’est tout de même une petite consolation de vous savoir toujours ensemble.

Au revoir mon cher Jean Marie, j’espère que ma lettre te trouvera peut être plus content et mieux placé et t’arrivera-t-elle aussi vite que d’habitude; mais en tous cas je te recommande de bien m’écrire souvent ne serait-ce que deux mots, je serai bien contente. Au revoir cher JM et reçois mes meilleures caresses et sois sûr que je ne t’oublie pas. Ta femme qui t’aime et t’embrasse bien fort Louise

(La courte réponse si dessous a été rajoutées à la suite de la lettre de Louise du 4 février 2014)

Ma chère femme

Je te renvoie ta lettre car je n’ai rien pour les ranger et je suis bien ennuyé de les mal placer dans mes poches.

A l’heure où je te traçais cette petite lettre, il arrive un soldat pour écrire et soudain il se met à pleurer, alors je lui demande la cause, il me montre une photographie où il y a quatre petits, rangés en échelon deux garçons  et deux filles, mes enfants me dit il et les larmes abondent et il ne pouvait me parler, et ensuite il me dit vous êtes ici et dire qu’hier soir j’aurai pu mourir, et mes pauvres petits oh non c’est trop terrible cette guerre. Il y en a deux qui sont devenus fous hier d’entendre trop de coups de feu.

 

le 8-2-1915

Bien chère mère et Claudia

J’aime à croire que cette petite carte vous trouvera en bien bonne santé, ainsi que ma petite Claudia, nous sommes revenus sur le front, comme j’ai dû vous le dire dans ma dernière lettre, mais en général rien de bien changé, situation un peu calme ici chez nous, il y a une forte couche de neige et il en tombe beaucoup, Alphonse doit se disposer à partir.

Recevez ainsi que Claudia mille baisers.

Votre gendre Achard

le 9-2-1915

Ma chère petite Louise et mes gentilles petites rattes

Aujourd’hui neuf, je t’adresse quelques mots ma bonne femme car comme tu me le dis, ne serait-ce que deux mots, pour t’éviter de l’inquiétude, je n’ai pas reçu de tes nouvelles hier soir, lorsque je n’ai pas quelques lignes les jours me paraissent bien plus longs.

Ma sœur m’a envoyé quelques mots, où elle me dit de lui donner de mes nouvelles, et que je ne lui ai jamais dit si j’étais content du petit gilet imperméable qu’elle m’avait envoyé, je vois donc que les lettres n’arrivent pas bien; aussi elle me dit que tu ne lui as pas donné de

nouvelles jusque depuis que tu avais été passée quelques jours, moi je lui avais bien répondu en la remerciant mais elle n’a pas dû recevoir mes lettres. Je m’attends ce soir à recevoir de tes nouvelles, où déjà tu as du voir notre changement de Seppois.

Il ne faudrait pas te décourager ma chère petite, mais je commence à comprendre que nous sommes vrais en guerre, car cette nuit nous avons eu une vraie surprise, j’étais de garde dans le village au poste de police avec mon ami Guillot, il était minuit demi juste, qui venait de sonner au village, moi je dormais sur une chaise dans le poste, mon ami Guillot dormait également, lorsque la sentinelle du dehors rentre soudain « Vite, vite, les amis aux armes ! Les Boches nous attaquent ! » Tous rapidement nous prenons notre équipement, nous sortons dehors le plus vite possible afin de nous rendre compte de quel endroit venait l’engagement, mais hélas impossible de comprendre c’était des rafales,  et les balles arrivaient de toutes parts, dans le village on aurait dit que la grêle tombait sur les toitures, et puis le canon se mit à gronder, les obus éclatent dans le village avec un bruit effroyable.

Comme notre mission en cas d’attaque est de prévenir officiers et soldats afin qu’ils sortent le plus vite possible à l’endroit  engagé, nous nous sommes donc empressés de tous vite  les réveiller car la poignée d’hommes que nous avions aux tranchées ne voulait pas pouvoir résister longtemps, tous sont donc partis aux tranchées mais à quatre pattes car debout il était impossible, le feu de l’ennemi était trop nourri, nous autres, l’officier nous dit de rester à notre poste, nous étions bien en guerre car l’on dit que le 55 était au prise, moi j’étais en peine de Pierre Moiroux, qui était au renfort; enfin nous n’étions qu’à demi rassurés car il me semblait que le feu se rapprochait, enfin petit à petit le calme revient, nous étions bien en peine de notre 55, lorsqu’un planton arrive et nous dit qu’il n’y avait pas de vraies attaques que les Boches tiraient dedans un bois et les nôtres des tranchées, mais qu’ils n’avaient pas avancé, enfin Pierre Moiroux me revient et me dit que jamais il n’aurait cru échapper à la mort car pour se rendre au renfort il était difficile, plus de cent balles et des obus sifflaient à côté de lui, il était avec Lafond, il me dit « Ah mon cher ami !J’ai bien cru ne plus te voir ! » et bien nos pertes ont été à rien quelques blessés et un autre le crâne emporté par un obus.

Allons je te quitte  ma chérie, et ne te fais pas de l’ennui car si je savais te causer trop de peine et bien une autre fois je me serai obligé de me modérer dans les quelques nouveaux que je te raconte.

Allons au revoir, et reçois mes meilleurs baisers ainsi que nos deux petites

Ton J. Marie qui t’aime, embrasse ta mère et Alphonse pour moi, Robert Adrien a été tué en ayant voulu faire le hardi, il a voulu se montrer sur une tranchée, une balle lui a traversé les poumons.

 

Aujourd’hui  jeudi 11-2-1915    

Ma bien chère Louise

Voici déjà plusieurs jours que je n’ai pas de tes nouvelles, aussi depuis que nous sommes ici, dans ce pays, je n’ai reçu aucune lettre qui me prouve que tu sais l’endroit et le nom du village: c’est Largitzen.

Enfin il n’y a pas eu grand chose depuis la pétarade de l’autre jour, quelques coups de feu et de canon, mais c’est tous les jours la même chose; ils passent bien prêts de nous mais lorsque l’on n’est pas touché ça va assez bien; enfin c’est la guerre il faut bien que ça tire autrement on se croirait pas en guerre. J’arrive ce matin des tranchées cela n’a pas trop mal été, les Boches ne nous ont pas embêté, ici nous non plus, on les a donc laissés tranquille; mais du côté vers Seppois ça a tiré toute la nuit.

Je t’assure que le dégel est fait; il ne fait pas trop bon pour aller dans ces tranchées; aussi avant hier soir avec Guillot, nous avions été porté une caisse de cartouches du poids au moins de 70 k, nous ne savions pas que le dégel avait écroulé le boyau de communication  nous nous engagions donc là dedans, à peine avions nous fait cent mètres que nous nous  enfoncions dedans l’eau et la boue,  impossible de se retourner alors tu peux croire dans l’état que nous étions à la sortie, sans te mentir jusqu’aux genoux; ah il y a des jours que ce n’est pas agréable; autrement la grande tranchée où nous prenons le service n’est pas trop mauvaise, elles  sont bien mieux  qu’à Seppois, elles ont été bien  faites.

Comme je te le dis ci-dessus, j’arrive donc des tranchées où je pense trouver une lettre d’hier soir mais non encore rien; je continue donc pour la nuit que nous avons passée; chacun à notre tour, nous prenons les heures de faction, moi je prenais mes heures avec Guillot, ensuite nous venions nous reposer dans un petit gourbi bien garni avec des branchages  et de la terre dans les à côtés qui sont en terre, un grand trou est creusé  ce qui forme le foyer nous avons fait un

bon feu alors voici comment tant de nuits  se passent, on parle de chose et d’autre mais toujours c’est de la guerre, que la conversation est la plus grande, on fume beaucoup, comme nous avons aussi des journaux, les uns lisent à haute voix les nouvelles; enfin on se couche par instant les uns contre les autres, mais on ne peut dormir, il n’y a pas moyen,  car les bancs sont faits  la plupart avec trois grandes branches et on prend vite mal aux reins, et tout de suite que l’on se met à reposer de suite les cauchemars les plus affreux se montrent dans notre sommeil; quelquefois c’est le bruit d’un obus qui passe en sifflant; c’est pourquoi on aime autant causer, fumer, lire  que de dormir, mais je te dirai que malgré que nous avons tous le corps fatigué par tant de nuits blanches, et bien on s’habitue, car le sommeil ne nous domine pas seulement; voici donc la vraie vie de tranchées; on nous apporte le repas à 10 h et demi, et le soir à quatre jamais la faim ne nous tourmente bien, car je crois que ce métier nourrit un peu; je me hâte à terminer car voici la canonnade qui commence les boches tirent dans notre direction, et les nôtres redoublent à leur répondre; tous les jours que le temps est clair, il y a à redouter, ainsi ce matin se montre beau.

Allons au revoir, et écris moi bon sang, c’est que lorsque je ne reçois rien le temps me dure trop; je te quitte en t’embrassant bien ainsi que les petites et reçois toujours ainsi que les petites mes plus douces caresses

Ton petit J. Marie

 

 le 16-2-1915

Bien chère mère

 

Rien de nouveau dans ce triste sort, quel changement mon Dieu aux jours passés auprès de ma petite famille, enfin de vous tous; comme je le disais hier à Louise, nous avons beaucoup de neige, le service ne fonctionne qu’avec des traîneaux, il y a 9 chiens à un convoi, et je vous assure que ça file, ces chiens d’ailleurs, ils sont bien dressés, et les conducteurs ne parlent pas le Français, nous autres nous faisons des passages pour les hommes, et le ravitaillement, car il y a de la neige, nous sommes à plusieurs km des lignes sur une montagne de 1260 mètres de hauteur.

Dans l’espoir que ma carte vous trouve en bonne santé, recevez chère mère mes meilleures amitiés.

Votre J Marie qui vous aime Achard J Marie

Nous continuons à ne pas avoir chaud je vous l’assure.

 

 

le   17-2-1915

Ma bien  chère Louise

Ce matin je te traçais quelques lignes, et ce soir encore je prends encore un instant, car sans doute demain, je n’aurai guère le temps.

Oui demain, je reprendrai comme avant le service de la tranchée; ah vraiment ma chère petite il y a bien de quoi se désoler de voir que c’est toujours du même; si au moins on nous disait que l’on va nous rentourner en arrière, mais il ne faut plus espérer, je crois donc que nous continuerons à faire ce travail de tranchées jusqu’à la fin; il y a bien de l’injustice quand même de nous laisser ici surtout encore que presque tous sont pères de famille; jusqu’à présent certainement nous n’avons pas encore eu bien de perte, mais lorsque l’on s’en voit si près, presque tous on se pose cette question, car comme l’on voit qu’il n’y a pas mal de fusillades et il suffit que nous eussions un engagement sérieux ce sera bien nous autres qui supporterons le choc, mais comme tous nous disent ils ne veulent pas nous rentourner avant que nous ayons subi des plus grosses pertes.

Allons ma chère femme ne perdons pas courage, et espérons que l’avenir nous réserve que de bonnes choses et que le jour de délivrance sonnera où nous aurons la joie de nous revoir de nous embrasser bien fort.

Oui ma chère Louise, je ne veux pas te décourager mais si je venais à manquer, apprends toujours tes chères petites qui sont ainsi que toi mon unique pensée a bien aimer leur papa. Tu leur diras combien je les aimais, et aussi la joie et l’impatience du retour de cette guerre afin de retourner les chéries, de cette petite Claudia la chère petite mignonne adorée qui occupait tant ma pensée avec ce pauvre petit pied. Jeanne aussi tient sa place dans mes pensées car la pauvre petite j’aurai tant de joie de la revoir si grande comme tu me l’annonces dans tes lettres; je serais aussi si heureux de l’entendre causer avec ce petit gentil  babil de perroquet oui ma chère amie je sais bien que tu es une mère capable oui de bien les élever.

 

Allons je te quitte, et reçois de ton J. Marie qui t’aime de bien gros baisers, ainsi que les petites,  je n’ai pas reçu de lettres aujourd’hui mais ce soir je pense avoir la joie de te lire.

Comme je ne pense pas avoir du temps pour te tracer quelques mots demain donc si tu ne recevrais rien, attends avec confiance le lendemain

Au revoir et encore mille baisers

Ton mari qui t’aime Achard J Marie

Pierre Moiroux  est à coté de moi qui lit, Guillot est toujours mon intime ami.

On m’a proposé comme caporal, n’en dis rien je te dirai dans quelques jours; le sergent l’adjudant me sont venus après; seulement il n’y a rien de sûr on regarde que je n’ai fait qu’un an, enfin ça ira comme ça voudra,  je n’y tiens pas bien.

 

le 24-2-1915

Bien chère petite femme

Pas de tes nouvelles aujourd’hui, je ne t’en fais pas le reproche je sais bien que tu ne peux pas avoir toujours la main à la plume.

Nous sommes toujours logés dans cette usine c’est vaste, il y a de quoi se perdre dans l’intérieur, on dirait qu’on est à l’exposition et il n’y a pas trop de dégât quelques obus sont bien tombés autour, mais il y a déjà quelque temps. Aujourd’hui nous devions aller à l’extérieur, mais comme ce matin la neige tombait à gros flocons, nous avons donc resté à l’intérieur, les officiers nous ont parlé sur les mesures à prendre contre les gaz car sous peu nous allons retourner en ligne remplacer le  … car c’est tellement sévère avec ces lettres, cet après midi je suis de jour avec Lafond, en remplacement d’un camarade qui  a dû se faire photographier, comme le colonel vient dans un instant, faut que je laisse un instant à écrire car je suis chargé de faire nettoyer l’intérieur, c’est où nous couchons plus des escaliers. Je reprends ma lettre 4 h de l’après midi; le nettoyage  a été vite fait d’ailleurs les hommes ne manquent, souvent cela ne leur fait pas plaisir mais ils sont forcés de marcher, je viens aussi de faire partir une corvée de 10 hommes pour la soupe aux hommes de garde; je vois que ma lettre ne pourra pas partir aujourd’hui, alors je continue vous avez dû voir par le journal que ces jours les Zepellins et les aéros Boches en prennent pour leur compte pour la seconde fois, nous avons tous vu aussi descendre un aéro le jour que nous venions ici, c’était bien un de ceux qui nous survolaient en route mais il ne s’est pas écrasé, comme celui que Gilbert avait descendu mis en chasse par deux de nos avions, certainement blessé il a descendu tout doucement ensuite il s’est dirigé vers les lignes et à juste pu atterrir  en dehors de nos lignes, d’ailleurs le journal le disait tel que nous l’avons vu. J’ai appris aujourd’hui par un de mon escouade une lettre reçue de sa femme, que Antin marié à la plus jeune Beroud qui était  en ferme à Romanèche a eu une jambe coupée il est à l’hôpital à Nancy nous l’apprenons de St Triviers sur Moignans c’est des parents à lui, ils étaient plusieurs dans un abri, un adjudant à St Triviers tué, ils disent qu’il y a eu que Antin de pas tué; c’est par un obus tombé  en plein dessus. Le bruit l’année dernière avait couru qu’il y avait été tué mais cette fois ce doit être certain, car je vois qu’ils sont bien renseignés car par cette même lettre sa femme il y avait 8 jours, qu’elle avait eu un bébé n’a pu aller le voir, c’était son cinquième  enfant  il allait être retiré de son régiment qui est le 223; j’ai fait quelques petits achats hier soir car le menu n’a rien de bien bon, hier nous avons eu soupe et singe tout le jour, alors comme moi je croûte assez bien je voulais acheter un fromage il y en avait plus; c’est de ces camemberts que je prends je les aime beaucoup ils sont épatants ces fromages, alors j’ai pris un quart de livre de beurre 1f25 saucisson de chien car j’ai encore un mauvais goût dans la bouche 0,49 et encore elle m’a trompé cette Boche en me disant que je pouvais le manger tel qu’il était cuit je ne t’en parle plus autrement je prendrai mal au cœur hier soir nous avons bu du vin à couper avec un couteau, le chocolat n’est pas bon. Mais malgré cela ne m’envoie rien, car d’un jour à l’autre l’ordinaire peut changer. Tu dois bien penser que je n’ai plus d’argent, j’avais un peu dépenser tous ces jours ça va vite le vin nous le payons 20 sous le litre il n’y a pas moyen de rien acheter enfin il me reste 34 f 50 j’ai aujourd’hui joué au centre j’ai un peu gagné, tant bien qu’aujourd’hui 4 francs cela m’a remonté un peu. Pierre Moiroux ne tardera pas à partir car à présent les permissions ça marche, mais je ne crois pas qu’il parte avant que nous retournions aux tranchées.

Pour les bagues, il n’est pas bien facile pour fondre car nous faisons la cuisine pour la Compagnie, je t’en avais commencé une, un peu plus grande que la dernière, mais je vais la continuer pour moi, car comme tu me dis que tu ne la veux pas plus grande que la dernière.

Je te quitte mais ne t’en fais pas pour mon compte, sois calme.

Dans l’attente de te voir, je t’embrasse encore bien fort ma chère Louise et mes plus doux baisers aux petites filles

Reçu la carte des petites

 

le 28-02-1914

Ma bien chère  petite  femme

Je  viens à l’instant de recevoir de tes nouvelles, et je m’empresse de suite pour te faire une petite réponse. Aujourd’hui,  je devais bien monter aux tranchées, mais comme je me trouvais un peu fatigué je n’ai donc trouvé rien de mieux que d’aller à la visite; je n’ai pas eu de chance et cependant je sentais bien que je n’étais pas à mon aise pour aller passer encore une nuit dehors voici donc mon cas : depuis hier, j’avais des maux de ventre qui me torturaient et puis hier je n’étais pas du tout aller faire le moindre besoin; alors ce matin je dis au major que j’avais des maux de ventre et que j’étais constipé; alors il ne m’a même pas regardé, les infirmiers me donnent une purge; et sur le cahier de visite, il marque consultation; ce qui veut dire que l’on peut très bien faire son service; de suite le sergent de jour vient me trouver et me dit de monter immédiatement aux tranchées; alors moi je lui fais comprendre qu’après qu’il m’avait fait prendre une purge, je ne voulais pas aller aux tranchées pour prendre froid; seulement c’était un ordre du Capitaine, tous ceux qu’il y a consultation du major il leur fait prendre le service comme les autres.

Dans notre Compagnie nous avons depuis hier un nouveau Capitaine, il était lieutenant à la cinquième et passe Capitaine à la nôtre, ça se dit même qu’il est bien bon hégire, alors pour terminer cette petite affaire, comme je causais avec le sergent, je l’aperçois qui venait, je lui dis donc que comme le major m’avait purgé je tenais à rester au cantonnement et j’ai donc resté aujourd’hui.

Pierre Moiroux est toujours un peu fatigué et tous les deux nous venons de voir Clément Moiroux, nous avons bien causé mais lui il est mieux que nous, il est ordonnance d’un lieutenant qui est de Neuville sur Saône il nous a dit qu’il couchait même avec lui  ce lieutenant c’est un droguiste qui se trouve à coté de la poste à Neuville; il ne va Moiroux presque jamais aux tranchées; et comme il fait  barbier il gagne encore et son lieutenant lui donne encore de petits mois; il nous a dit qu’il envoyait d’argent à sa femme; il y en a qui ont bien trop de la chance tout de même; paraît qu’ils se connaissaient déjà avant la guerre avec ce lieutenant.

Guillot a donc monté seul au tranchées; ce matin ça n’avait pas l’air de trop lui sourire; hier soir j’étais déjà couché avec Pierre Moiroux car nous faisons toujours le lit à trois, car il ne fait encore guère chaud, Pierre Moiroux étant plus petit on le colle au milieu; on commençait déjà à dormir, lorsque voilà mon Guillot qui rapplique, il nous dit si vous saviez ce que je vous apporte de bon, moi je dis à Pierre éclaire la bougie pour voir ce qui est si bon; en vérité c’était bien vrai, il nous montre un beau poulet rôti; alors je t’assure que nous ne sommes pas été longs à en prendre chacun une bonne part; moi j’ai mangé mon morceau favori la tête oh comme c’était bon. C’était un de ces voisins un nommé Clerc du Quajoux sa femme lui avait envoyé deux poulets rôtis, un pour lui et l’autre pour Guillot alors tu vois qu’il y a des moments que nous nous soignons encore pas mal.

Allons ma chère Louise je te quitte, et reçois toujours dans l’attente de nous revoir de gros baisers ainsi que les petites.

Ton mari qui t’aime J. Marie

Ma purge a fait de l’effet.

 

le 21-3-1915

Bien chère mère

Depuis bien longtemps déjà je ne vous ai pas donné de mes nouvelles, aujourd’hui j’ai donc la joie de vous tracer ces quelques mots pour vous dire combien je suis été heureux de recevoir ma chère Louise cette semaine, et je vous assure que je ne m’attendais pas à cette visite inattendue; ah c’était une bien grande joie de se revoir et d’avoir pu vivre pendant 3 jours côte à côte.

C’est madame Tremblay qui lui a dit que nous étions au petit repos, et qui ont été prévenir la femme de Guillot, elles sont donc venues nous trouver.

Bien sûr, elles ont eu quelques petites difficultés mais sont très bien arrivées; elles ont eu un temps splendide et ont à peine entendu quelque peu le canon car il y avait du calme les jours que nous les avons eues.

Vous garderez ce secret car nous ne tenons pas que personne le sache.

Au revoir et recevez un million de gros mimis ainsi que ma petite Claudia Louise vous écrira sans doute.

Alphonse doit être parti mais ne vous tourmentez pas car je ne pense pas que ces jeunes classes aillent sur le front.

Votre gendre qui vous aime  J. Marie Achard

Dites à Alphonse qu’il suive s’il le peut le peloton, il sera bien plus heureux que simple soldat vous pouvez m’en croire, recommandez lui cela.

 

le 21-3-1915

Ma bien chère petite chérie femme

J’attends toujours avec une bien grande impatience cette chère lettre qui m’annoncera que tu as fait bien bon voyage, c’est la seule chose qui m’inquiète en ce moment.

Combien sommes nous heureux ma bien chère petite, que tout a été pour le mieux pendant ce trop court séjour; ah! combien je trouve à présent la vie terrible de vivre isolé de ma chère petite Louise que j’aime tant, enfin quand donc reviendra t-il ce jour où nous aurons la joie de vivre côte à côte et de pouvoir partager toutes nos joies et nos peines. Longtemps j’aurais devant mes yeux ce jour mémorable de ta chère arrivée ici dans ces endroits privés et aussi dangereux; je te vois encore à ma première aperçu sur la route venant dans notre direction, moi de suite pour te montrer que c’était bien ton petit mari j’agite mon képi en haut d’un bâton afin de vite te rassurer, alors que tu croyais que c’était des sentinelles!

Ah! Non ! C’est trop pénible de vivre ainsi séparés, j’aime à me rappeler la joie que nous avons eu de vivre ainsi côte à côte pendant ce bien  trop court séjour. Aujourd’hui dimanche nous avons été à la messe avec Guillot car il était bien triste d’être aussi éloigné de ses chers enfants qui faisaient ce jour leur première communion; et sieste  après-midi je t’écris de Suarce, nous avons été faire une petite promenade pour chasser nos idées.

Dans l’espoir que ma lettre te trouvera toujours en bien aussi bonne santé que lorsque tu étais auprès de moi, c’est la seule chose que je désire, reçois de ton petit J. Marie qui t’aime des milliers de bien gros mimis sur tes jolies petites joues fraîches.

Jeanne a du être contente de te revoir.

Reconnaîtras-tu le sergent Revel et l’adjudant, conserve bien ces cartes.

Pour la petite Jeanne un million de baisers et autant à la tante Claudine.

 

le 29-3-1915

 

Il est 8 heures, je me dispose à aller me reposer, la journée aujourd’hui a été bonne nous ne sommes pas sortis vu le mauvais temps comme je te le disais; ce soir c’était un vrai duel de boules de neige nous avons bien rigolé, demain il n’en sera pas de même nous allons faire un petit travail délicat à une petite distance des Boches, boyau de communication en travers des tranchées bien sûr qu’il faudra prendre des précautions, moi vois-tu ma chérie je suis prudent car je pense trop à ma petite Louise et à mes petites, vois-tu je te raconte trop mais ne te chagrine pas et ayons confiance.

J’ai vu par ta lettre de ce soir, que tu as du être très ennuyée à Delle, le cocher vous a trompé, car il y a des femmes qui ont pris le train où on le disait et personne ne leur a rien demandé, ni en cours de route, avec Guillot nous sommes un peu froids car il voudrait que je sois tout le temps avec lui, mais je ne peux pas faire de si grosses dépenses et je le laisse aller seul faire sa partie le soir, il va avec Lièvre, Benoît il ne regarde pas bien les dépenses lui, comme je lui ai dit moi je n’ai pas cinq francs à manger par jour, je ne tiens pas à manger dehors, l’ordinaire de la compagnie est assez bon.

Je te quitte ma chérie et reçois de bien gros mimis ainsi que les petites et la tante.

Ton petit J Marie

La Guillot et la Lièvre  ce qu’à Delle on leur a demandé leurs papiers

 

le 6 avril 1915   

Bien chère mère et petite Claudia

Je vous adresse cette petite carte afin de vous donner quelque peu de mes nouvelles; nous sommes toujours en repos, mais ce n’est pas un repos vous dirais-je, car nous partons le matin de bien bonne heure faire des travaux; au bois même on nous apporte le dîner et on rentre le soir  à 5 h; ici il n’y a rien à craindre des balles et des obus mais nous n’avons pas un moment.

De Louise, je reçois assez régulièrement de vos nouvelles; aujourd’hui encore d’elle je reçois une lettre me disant que madame Tremblay revient voir son mari; j’irai la trouver, alors elle pourra emporter de mes nouvelles toutes fraîches; Alphonse, voici deux fois que j’ai de ses nouvelle, dans sa dernière lettre il m’envoie sa photo.

Dans l’espoir que cette petite carte vous trouvera en bonne santé, recevez chère mère, ainsi que la petite mes amitiés.

Je vous embrasse

J. Marie

 

Belley 11 avril 1915  

Cher cousin,

Je viens de recevoir une lettre de la tante Maria, elle me dit que tu as eu le bonheur de voir ta chère petite femme, ça a dû bien te faire plaisir, être si longtemps séparés, c’est dur tout de même, enfin il faut souhaiter qu’on se retrouvera tous bientôt réunis pour de bon.

Voilà un mois et demi que je suis ici, ça a passé encore vite jusqu’à présent, je me porte bien et je souhaite que la présente te trouve de même.

Je termine en te serrant la main et en te souhaitant bonne chance.

Ton cousin pour la vie

Francisque Soulier

 

le 11-4-1915 

Bien chère mère

 

Par cette carte je vous dirais qu’il ne faut être sans inquiétude sur ma situation. Depuis quelques jours nous sommes au repos. Je vous assure que l’on dort bien tranquille et à l’abri des balles et des obus. C’est à peu près le même  service qu’avant que nous allions en première  c’est principalement des corvées en bois pour les cuisines; il y a tout de même une petite différence à côté de cette vie de tranchées.

Alphonse doit être parti, vous lui direz de bien me faire savoir de temps à autre   de ses nouvelles et ce qu’il doit penser de ce nouveau métier.

De Claudia j’ai reçu une carte de son séjour à Vancia, elle était alors en vacance de Pâques.

Louise se plaint que les lettres mettent longtemps pour aller, c’est général tout le monde se plaint, les siennes mettent aussi longtemps pour arriver ainsi que Claudia.

Recevez mes meilleurs baisers votre gendre qui vous aime

 

Achard J. Marie

 

le 23 avril 1915
Ma chère petite

Comme je ne vois pas grand chose à te dire simplement deux mots pour te dire qu’aujourd’hui je fais le rentier, j’ai une petite grippe ce matin je suis été à la visite et le major m’a dit montrez votre langue aussi votre bras pour voir si j’avais de la fièvre; alors il me dit: « bah bah bah bah bah bah bah bah vous n’êtes pas bien malade ! », cependant j’ai la tête lourde cette nuit un peu de fièvre et le nez me coule, les camarades ronchonnent car depuis ce matin il pleut et il a fallu qu’ils aillent tout de même au travail.
Que fais tu ma chère Louise ? Faîtes – vous bien bon ménage avec la tante ? Ici on commence à désespérer de voir que ça semble toujours être du même, et beaucoup de mes camarades qui reçoivent des lettres de leurs femmes disent que si on ne les envoie pas pour les lourds travaux, elles ne savent si elles continueront.
Enfin on attend tous avec confiance la fin de cette terrible guerre.
Guillot me demande combien il y a d’hectares chez la tante moi je lui dis 50 je ne sais pas, et combien ils ont de bétails, s’ils en mettent bien à l’embouche.
On parle ici que l’on a déjà envoyé des auxiliaires renforcés; et ça se dit encore une fois que l’on va lever les plus jeunes classes de territoriaux; mais c’est des bruits, enfin je ne le crois pas car nous qui venons du front ça serait injuste.
Allons au revoir et mille baisers de ton petit mari qui ne pense qu’à vite retourner auprès de sa Louise

Birieux le 25 avril 1915

Mon cher J. Marie

Depuis ta lettre du 20 je n’ai rien reçu, mais demain je pense bien recevoir; comme je te le disais hier je suis de garde toute seule; tu peux croire que le temps m’a duré; j’ai trait 11 vaches seules et mené le lait, à présent je vais faire tout le reste, dis moi par une carte si tu as reçu tout ton pognon et si tu es toujours au repos.
Samedi, je vais à Neuville, je verrai ma mère et Claudia, au revoir mille caresses ainsi que de gros baisers ta Louise.

 

Birieux 4 mai

Cher Jean Marie

Ce matin j’ai reçu une de tes lettres datée du 25, elle avait eu du retard, je pense que tu auras reçu mes dernières lettres vu que je te dis que Mme Tremblay va voir son mari dimanche, si tu peux y aller, elle te portera des chaussettes.
Nous allons toutes très bien, ta femme qui t’embrasse

Louise

Le 7-5-1915

Mon cher Jean Marie

J’ai reçu ta lettre du premier après celle du deux, tu me dis ne pas savoir si tu auras une photo, mais je l’avais déjà reçue la veille, et je t’ai bien trouvé à mon goût et tu peux croire que je la regarderai souvent, mais avec la tante nous avons ri et dit qu’on allait te chiner car tu t’es bien mis à côté de trois jolies blondes, et tu sais par les temps qui courent on peut être jalouse, enfin cela ne fait rien, j’ai encore confiance.
Au revoir mon cher ami, à bientôt encore de tes grandes et chères lettres.
Ta femme qui t’aime et t’embrasse.

Louise

 

Birieux le 11 mai 1915

Mon cher Jean Marie

Aujourd’hui je n’ai rien reçu, mais hier j’avais celle du 5, je crois t’avoir dit qu’on allait jeudi chez la mère Guillot, et Vendredi nous allons à la foire à Châtillon vendre des oies, tu vois si je me promène et encore le temps me dure toujours, la seule promenade que j’aimerai faire c’est d’aller te voir, tu peux croire que j’en ai envie, enfin nous verrons plus tard.
Au revoir cher ami, reçois de ta chère femme toutes ses meilleures caresses Louise
Mercredi 12 mai 1915

Ma bien chère petite femme
Encore aujourd’hui de mon bois de l’amour que je te trace cette petite carte, je profite que la soupe n’est pas encore arrivée pour écrire. Assis sur un arbre je te trace ces quelques lignes, je préfèrerais retourner ce petit pli à un homme de soupe; je fais toujours le même travail ce matin, j’ai encore pas mal fait du travail de charpente car c’est vrai un petit local que je construis.
Lorsque je serai rentré je ne serai pas en peine pour si toutefois plus tard je fais construire une maison pour faire la charpente; dans mon escouade, il y a deux malades c’est la grippe, Guillot aussi a été bien malade, mais demain il reprend son service.
J’ai bien reçu hier soir ta gentille petite lettre par laquelle je vois que tu serais bien heureuse de venir encore une fois passer ensemble quelques jours heureux, tu me demandes mon avis, et tu me dis que pour le sûr je serais content de te voir; assurément que je serais content car je voudrais toujours s’il était possible t’avoir au près de moi; toutes celles qui sont venues quand toi sont presque toutes revenues, la femme à Lombard est ici en ce moment, celle de Revel je ne l’ai pas encore aperçue, mais il ne faut pas se hâter la dessus, comme je te le disais cela fait assez plaisir de se revoir mais c’est bien loin et malgré que je ne voudrais pas que l’on fasse des dépenses comme la dernière fois.
Enfin comme tu voudras, fais moi j’ai encore bien d’argent, je me retiens.
Au revoir ma bonne Louise, et reçois toujours de ton petit J. M. qui t’aime ainsi que ta Jeanne de bien gros baisers.
Embrasse pour moi la tante Claudine.

le 13 mai 1915

Bien chère mère et Claudia

Par cette petite carte je viens vous donner de mes petites nouvelles qui ne sont pas trop mauvaises, nous sommes toujours au repos et ma santé toujours assez bonne, et mon désir est que cette carte vous trouve en bien bonne santé ainsi que la petite Claudia.
Dans l’attente du grand jour de vous revoir, recevez ainsi que la petite Claudia des gros mimis.
Votre gendre qui vous aime Achard
le 13 Mai 1915

Bien chère petite femme

Je t’envoie la vue d’une petite chapelle qui se trouve sur une hauteur de ce petit village, je suis été plusieurs fois à contourner autour.
Aujourd’hui jour de l’Ascension, que fais-tu ma bonne Louise ?
Ici il fait un temps splendide, il y a beaucoup de soleil et il fait très chaud.
As-tu été voir madame Guillot comme tu me le disais dans ta dernière lettre ? Et la bécane commences-tu à bien marcher sans prendre de bûches ?
Reçois mes plus doux baisers, ton petit qui t’aime.
J. Marie. Des gros mimis à la petite Jeannette.
le 17 mai 1915

Ma chère Louise

C’est en réponse à ta petite carte que je reçois hier, que je m’empresse ce matin, de mon bois de l’amour, à te faire une petite réponse; hier c’était dimanche, la journée n’a pas été trop désagréable pour moi; comme en général le dimanche matin nous avons repos, et l’après midi travail, j’ai donc le matin profité de faire un peu de lavage de tout le linge que je trouvais pas en état assez de propreté.
J’ai aussi fait un lavage à l’eau tiède pour moi, car je trouvais aussi que je n’étais de reste propre par le corps ; je t’assure que je me trouvais bien après un bain — la matinée la femme à Guillot étant dans notre village même, avec Pierre Moiroux pour lui offrir nos salutations; comme ils tenaient beaucoup que je fasse mon possible pour aller l’après midi passer avec eux; j’ai donc que pu avoir cette autorisation et je t’assure ma chère petite qu’il ne manquait que toi pour que mon bonheur fut au comble; car ils avaient invité le sergent Revel qui a dîné avec eux; alors nous avons passé une gentille après midi Revel nous a beaucoup fait rire avec ses chansons comiques, et moi ils ne m’ont pas ménagé à peine j’avais dit une chanson qu’il fallait que je recommence; le soir j’ai resté pour souper et il a fallu que je chante encore, je crois que j’ai dit toutes mes chansons; alors juge comme on se fait du mauvais sang; mais malgré cela je trouvais que ce n’était pas mon jour pour chanter; je me trouvais un peu mal à la tête et le cœur serré il me manquait ce que j’ai de plus cher (toi ma chère petite).
Par ta lettre, je vois que tu te promènes beaucoup à la foire à Châtillon vendre les oies; enfin aussi je vois que tu ne m’oublies pas car madame Guillot m’a remis les 20 francs ; je n’étais pas sans argent car j’avais encore 20 francs; hier avec les Guillots j’ai mangé 2 francs.
Enfin tout compris ceux que j’ai, avec les 20 francs que tu m’envoies, j’ai 39 francs j’en ai bien pour longtemps.
Reçois mille caresses de ton petit qui voudrait pouvoir te couvrir de gros bisous J Marie
A Guillot, il y a un mois, je lui ai prêté 3 francs il ne m’en parle jamais il est négligeant.
Pierre Moiroux hier n’avait plus le rond, je lui ai prêté 5 francs.
J’ajoute que je te ferais venir comme je vois que tu as l’intention de venir, mais je te récrirais car je dois quitter quinze jours la compagnie pour aller au peloton spécial pour monter en grade; ce serait ennuyeux si tu venais et que je ne sois pas ici, dans trois jours je te dirai le oui ou le non si je pars.

 

Birieux 27 mai (1915)

Cher neveu

Vous devez penser que je suis bien négligente car je n’ai répondu à aucune de vos cartes, je me contente de vous donner un bonjour par Louise, mais malgré tout mes tracas et tout mon travail, ma santé est assez bonne ainsi que pour l’oncle Drevet, je reçois toujours de bonnes nouvelles, j’espère que pour vous il en est de même, et vous avez eu l’heureuse visite de Louise, sans doute à l’arrivée de ma carte elle ne sera plus auprès de vous, j’espère qu’elle aura fait bon voyage et que tout se sera bien passé pendant son séjour parmi vous.
J’ai reçu une carte photo de votre beau frère Alphonse de ces jours.
Recevez de votre tante, qui pense bien à vous ses meilleures amitiés.
Claudine Drevet

le 6 mai 1915 (06 06 1915)

Il écrivait « mai », alors que les cachets sur les enveloppes sont du mois de juin.
Ma bien chère Louise

Nous avons encore changé d’endroit, à présent il te serait bien difficile de me trouver, c’est bien une vraie réussite d’être ainsi venue, et je t’assure que je suis content d’avoir eu ta visite, ce matin pendant le trajet pour venir enfin où nous sommes, j’ai vu combien du même régiment que Tony sa compagnie, ils m’ont bien dit où elle était en avant poste, c’est bien rare si je ne le vois pas si on reste quelque temps ici.
Tu ne voudrais pas croire ma chère Louise que si Alphonse avait été mobilisable, que nous aurions pu être ensemble car en arrivant de l’endroit où nous sommes, j’ai trouvé le régiment d’Alphonse, le même numéro alors j’ai demandé si les jeunes de la classe 16 étaient aussi avec eux, alors ils m’ont dit qu’ils en avaient quelques uns, mais que c’était les engagés de la classe 16 et que les jeunes comme Alphonse étaient toujours au dépôt, qu’ils ne sont pas encore mobilisables.
Si tu as toujours ta carte regarde notre trajet depuis Thann, Bitelwiller, Willer, Mosch à présent je me réserve le reste toujours que nous avons fait des Km à travers des montagnes de chaque côté, le sac était lourd et je t’assure que nous en avons versé de la sueur, et à présent nous voilà bientôt en haut de cette terrible montagne, pourvu que l’on puisse bien être ravitaillé là haut, à présent c’est fait pour faire venir les femmes ici c’est impossible, Revel qui voulait faire venir la sienne avant de partir.
Comme à Seppois, nous prendrons les avant postes mais c’est pas des plus mauvais, ce coin si nous avions été au vieil Ar…, cela aurait moins valu.
Du point où nous sommes on le voit ainsi que Mulhouse Colmar.
Aujourd’hui il fait bien chaud et en traversant un petit village dans ces montagnes, j’ai appris que c’était la Fête Dieu, car les chemins étaient remplis de fleurs, les jeunes filles en blanc, il y avait de beaux reposoirs, on n’aurait pas dit que nous étions en guerre si on avait entendu la haut le bruit du fusil et du canon, mais en sommes pour bien dire c’est pas des fusillades quelques coups alors c’est encore calme. Je te dirais ainsi que dans ces montagnes il y a beaucoup de chèvres, j’en ai vu un gros troupeau.
Je te quitte et dis moi si tu as reçu mes lettres, moi je suis encore sans nouvelles de ton retour, je ne reçois rien.
Au revoir et donne de mes nouvelles à Alphonse et à ta mère, car j’ai perdu le numéro de batterie d’Alphonse.
Au revoir et dans l’attente du grand jour d’être ensemble, et de nous revoir, je t’envoie mes plus doux baisers ainsi qu’aux petites.
Ton petit mari qui pense à toi et qui t’aime
Achard J Marie secteur 141

le 3 juin 1915
Ma pauvre chérie

Hier je t’adressais deux mots, que nous partions pour une destination inconnue, oui nous étions comme de coutume à notre bois de l’amour qu’un ordre nous arrive de —– rendre immédiatement les outils; il était 10 h 30 et rentrer de suite, manger et rassemblement après; enfin à 1 h 30 départ et nous traversons combien de villages, il faisait chaud, beaucoup sont tombés en route enfin à 9 h nous arrivons dans ce village d’Alsace dont je t’envoie la vue; c’est le pays où nous avons couché, nous étions vannés avec mon ami Guillot nous avons dormi côte à côte dans un vaste local dans de la mauvaise paille; ici on commence à entendre tirer, je crois que je ne passerai guère loin de Tony, car nous ne resterons pas ici, nous ne savons pas encore où nous allons, mais ce ne sera guère loin du Vieil A où je te montrais les montagnes.
Enfin ne te chagrine pas, ma chère amie, petite femme bien aimée, car si tu savais combien je suis heureux que tu es venue car à présent il ne faudrait plus y penser; la femme à Lafond doit être partie un peu triste, et celle de Lombard aussi, car ils n’ont guère eu à réfléchir.
Tu m’enverras les photos des petites et de toi.
A demain mille gros baisers de ton cher J. Marie qui t’aime; hier j’ai vu Marius Dutière.
Achard J.M.
le 3 mai 1915 (03-06-1915)

Bien chère mère

Je vous envoie une vue du village où j’ai couché cette nuit; nous retournons prendre je crois les avants postes dans la direction de Thann, enfin je ne puis pas encore vous assurer.
Au revoir et recevez ainsi que les petites de bien gros baisers.
Votre J. Marie qui vous aime Achard
Louise doit être à Birieux, le bataillon à Tremblay n’est pas venu.

le 5 1915 (05-06-1915)
Chère Louise
Je t’envoie une vue d’un petit pays, qui est éloigné de moi de peu de distance, il y a eu de fortes batailles, occupé par les Français plusieurs fois, au dernier coup les paysans tiraient sur nos braves soldats par les fenêtres; alors de suite notre artillerie a bombardé; il ne reste plus rien du village que maisons éventrées, mais nous le tenons quand même; c’est donc là à la prise de Steinback que Chambon l’épicier de Saint Foy a trouvé la mort. Cet après midi il fait bien beau temps, il y a du soleil, et il fait bien chaud. Je ne suis pas bien à plaindre, et peut-être bien mieux que toi, qui doit faner tandis que moi, je te trace cette carte à l’ombre d’un arbre au bord de la rivière. Tu vois bien que je ne suis rien à plaindre, de suite quand j’aurais fini cette carte, je vais m’allonger sur ma capote et je resterais si rien me dérange jusqu’à 4 h, à présent il est 2h moins 10. J’ai toujours ton heure je ne laisse pas arrêter ma montre.
Allons au revoir et reçois toujours mes plus doux baisers.
Ton petit J. Marie, des bien gros mimis à Jeannette et aussi à la tante.

le 6 juin 1915

Ma bien chère mère

Quelques mots pour vous donner des nouvelles de ma situation.
Je suis toujours au même endroit, chaque jour ça craque et sérieusement, enfin pour le moment notre compagnie n’a pas encore trop souffert, mais toutes ne sont pas au même degré, il y a déjà quelques pertes dans notre régiment, hier j’ai trouvé Marius Duvière qui demeurait avec son frère à côté de Louis Métras.
Au revoir et mille bons baisers, et embrassez bien fort pour moi la petite Claudia.
Quand Louise était venue me voir, nous avions été dans ce pays, la vue que je vous envoie.

 

le 8 mai 1915 (08-06-1915)

Ma bien chère Louise

Du haut du ballon de Guebwiller, je te trace cette petite carte, nous avons beaucoup fatigué pour arriver au sommet qui est à 1426 mètres, sortis après-midi de Geishousen à 8h30 soir arrivés au ballon 2 h du matin à travers rochers et petits sentiers taillés dans des rochers, traversé forêts de sapins.
Je t’assure que c’était pénible avec un chargement pareil, à présent, nous sommes arrivés en ce lieu; deux jours les vivres allaient mal mais à présent ça commence à marcher nous dominons 100 villages Boches; ça craque tout le temps, seule notre position est un peu calme.
Nous avons bien causé avec Tony, et nous nous verrons tous les jours.
Si tu ne m’a pas envoyé ce petit paquet, tu ajouteras un calepin un peu plus gros, pas trop, car je marque chaque jour, et je te recommande de ne point te faire de l’ennui.
Nous ne sommes pas enfin trop mal, que veux-tu c’est la guerre; nous logeons dans de petits terriers.
Allons encore une fois, reçois des gros mimis.
Mes cheveux sur le devant continuent à tomber mais ça fait rien pourvu que je rentourne ma tête, c’est ce qu’il faut.

le 8 mai 1915 (08 06 1915)

Bien chère mère

Depuis que Louise est partie, je n’ai point de nouvelles et je ne sais si les lettres arrivent bien, c’est à dire celles que je vous envoie, mes camarades sont comme moi, personne ne reçoit rien.
Je vous trace cette petite lettre du ballon de Gebwiller, à côté le grand Armand Harthman, nous sommes à 1426 de hauteur nous dominons au moins cent villages Boches qui sont sous nous et toute la plaine.
Pour arriver sur la cime de cette montagne, nous avons mis 7 heures à travers rochers et petits sentiers dans les bois.
Par des mulets nous sommes ravitaillés, dans de vrais terriers nous logeons, voici deux jours que le ravitaillement se fait mal nous ne buvons voici deux jours que de l’eau et la nourriture arrive mal.
Enfin une fois que ce sera organisé, ça ira peut-être mieux, nous sommes reliés avec le régiment de Tony Borix mon cousin je n’ai pas encore pu le voir mais je le sais en compagnie, à côté de moi, il ne sait pas que je suis ici et il sera heureux de me voir, hier soir ils ont eu une prise à 200 mètres de moi, le ciel en était tout éclairé par la fusillade.
Voici quelque temps que légèrement calme, à ce que nous disent ceux que nous avons remplacés, le vieux Armand fait frissonner de voir qu’il ne reste plus rien, la terre est toute retournée et les arbres coupés.
Je vous quitte en vous embrassant bien fort.
Votre J. Marie des mimis à cette petite Claudia

Birieux 11 juin

Chère mère

Je suis bien arrivée à bon port, hier, j’ai pris mes photographies à Sathonay, et je t’en envoie une.
Nous pensions bien liés du blé aujourd’hui, mais avec ce temps affreux il n’y a pas moyen.
J’espère que Claudia son malaise n’a rien été, tu m’écriras.
Au revoir, à bientôt.
Ta fille qui vous embrasse toutes deux bien fort.
Louise Achard
le 11 mai 1915 (11-06-1915)

Ma bien chère Louise

Si tu as reçu ma lettre d’hier, sans doute tu as dû te trouver heureuse que j’ai tout de même reçu tes chères lettres; il faut donc espérer que le service postal marchera à présent un peu plus régulièrement.
Je suis hier soir retournée voir Tony, et je t’assure qu’il a l’air heureux de me sentir auprès de lui; il ne peut plus en revenir que le hasard a voulu que nous nous trouvions en ces lieux; j’avais mené Pierre Moiroux et nous avons beaucoup causé; nous n’avions tous les deux plus de tabac; lui ne fume guère, il nous en a remis; en plus de cela, il avait reçu des fromages de chèvres, il a voulu m’en donner un; alors vois ma chère petite, il ne faut pas te faire de l’ennui; ici nous sommes en famille; et nous ferons bien attention de ne pas nous faire amocher par les balles Boches.
Si je te causais un peu de mon logement, c’est vrai un petit sérail nous logeons presque tous ensemble; les officiers tout comme nous, logeons dans des petits terriers comme des petits lapins de garenne; enfin si cela continue, il n’y aurait encore pas beaucoup à se plaindre; seulement ici, il faut se contenter de ce que l’on nous donne; car nous ne sortons pas de nos terriers; du terrier à la tranchée; et de la tranchée au terrier, pas moyen d’aller à aucun village; c’est trop loin; il y a bien plus près des villages Boches, mais pour y aller pas bon Chabert; les Boches nous auraient vite fait faire capout. C’est donc nos braves petits mulets qui nous montent à dos par de petits sentiers tortueux nos vivres. Je suis aujourd’hui de garde de faction à la tranchée avec Pierre et Guillot et le Sergent Revel; je prends mes heures avec Pierre, car nous sommes toujours bien intimes, nous couchons tous les deux, car il n’y a qu’un peu de paille qui est toute coupée d’avoir été piétinée, et il y en a tout de suite cinq centimètres; alors on met une couverture dessous et une dessus et les capotes, et on roupille comme cela.
Le matin on est bien un peu fatigué, meurtri par la dure, mais que veux-tu nous sommes en guerre, et c’est pas le moment de coucher dans un bon lit.
La journée d’hier a été calme, et aujourd’hui encore aucun bruit pourvu que ça continue chaque jour.
Pour ce que je te disais hier, envoie moi seulement un petit paquet deux fois par mois seulement, tous les 19 jours et tu me mettras chaque fois, si tu peux un demi litre de rhum il faudrait bien le ranger en conséquence; tu me mettras deux paquets tabac fin, un paquet de cigarettes, et une douzaine de cigares, une paire de chaussettes; pour l’argent, il ne faut pas en envoyer, je n’en veux pas, on ne dépense pas un sou.
Au revoir et ne sois trop en peine et sans trop d’inquiétude, car je prends de bien grandes précautions et j’agis avec prudence afin que les Boches ne me fassent pas faire capout.
Allons je te quitte, et bon courage et demain je te donnerai de nouveaux détails; n’oublie pas aussi mes câlins un gros et un autre aux deux petites; et aussi 6 œufs durs bien durs; pourvu qu’ils ne soient pas durs à être violets c’est l’essentiel; pour le tabac seulement cette fois.
Au revoir et reçois ainsi que la Jeannette mes plus doux baisers.
Du 14 au 15, je dois monter en grade si je veux en croire le sergent Lombard ma nomination serait pas trop éloignée, il me l’a certifié ce matin, que les pièces étaient chez le colonel, je te tiendrai au courant.
Le fourrier et Revel viennent aussi me dire que dans deux ou trois jours je serai gradé, enfin comme ils voudront, je te dirai cela de suite que je serais nommé.
Ce soir les officiers sont venus me demander mon rasoir, je n’ai pas pu leur refuser.
le 14 mai 1915 (14-06-1915)

Ma bien chère femme

Je te trace ces quelques lignes un peu matin, 4 heures, je viens de me réveiller, et je t’assure que je suis tout raide au matin, tellement c’est dur sur ces planches Pierre Moiroux en est de même, car nous couchons tous les deux. Puis nous allons tous les deux aux cuisines chercher le jus, c’est de cet endroit que je te trace ces quelques lignes, assis sur un tronc d’arbre et en plein bois; hier c’était dimanche, et je t’assure qu’il ne faisait pas beau temps l’après midi il a tombé beaucoup de l’eau, et aujourd’hui, il ne fait pas chaud, il fait vrai froid un temps bourru.
Pour ce que je t’avais parlé, c’est bien une vraie fatalité, je vais donc t’expliquer la chose; au rapport, on avait demandé deux caporaux pour Bourg ils étaient désignés c’était un nommé Lavielle et Hardit, hier matin on leur avait donné des paquets; des lettres ils attendaient l’ordre de partir avant midi pour Bourg, et nous étions donc deux désignés pour les remplacer, lorsque l’ordre de chez le colonel arrive qu’il fallait les garder, qu’on en avait pris dans un autre corps; ils en pleuraient, car ils avaient déjà prévenu leurs femmes il n’y a pas moyen.
Guillot et Pierre me passent encore quelque chose, car Revel l’avait dit à découvert que je serai nommé.
Je te quitte, faut porter mon jus, ce soir je te tracerai une plus grande,
Ton petit qui t’aime J M de gros mimis à Jeanne

 

le 10 juillet 1915

Ma bien chère Louise

Je reçois aujourd’hui ta lettre du 4 juillet, elles mettent 6 jours pour arriver, en même temps aussi une de ta mère, où elle m’apprend la triste nouvelle que Tony a été blessé bien gravement, qu’elle l’a appris vendredi à Neuville par sa mère et qu’il a été évacué de suite.
D’ici je n’étais cependant pas loin de lui, mais comme on ne peut guère bouger, je n’ai pu me déplacer pour avoir de ses nouvelles, il était venu me dire adieu le pauvre enfant, et il a du être touché au petit ballon, Metzeral, car il y avait pas mal eu de blessés, je lui avais envoyé plusieurs cartes sans réponse, c’était des cartes militaires et je lui demandais de me donner de suite de ses nouvelles, hier encore je lui en adressais encore une petite, j’avais bien en moi le pressentiment qu’il était tué ou blessé car il m’avait promis de m’écrire de suite après l’engagement.
Cette bataille, ce bombardement avait duré deux jours je me souviens, on entendait nous autres très bien, mais il fallait garder notre position, ah je t’assure que ça craquait enfin, petit à petit, tout le monde disparaît, aujourd’hui encore nous apprenons que Picard le géomètre de Genay vient d’être tué il était dans un régiment de Territorial.
Avant hier soir, notre 7ième corps d’armée a fait 200 prisonniers Boches, dont 22 officiers et 2 officiers supérieurs, enfin il y a des moments ma foi ainsi, ce matin, pas d’hommes touchés mais des sacs béton, s’ils nous laissent longtemps par ici, il y a pas de bon espoir de n’être pas touché, sur le Harteman jour et nuit ça n’arrête pas, la nuit c’est tout éclairé par des fusées.
Enfin malgré que nous avançons un peu chaque jour, ce n’est rien ce terrain à comparer de tant de chagrin pour ces pauvres familles, oui je crois que si la guerre dure encore quelque temps, il n’y aura plus que des pauvres malheureuses veuves.

Cette nuit, j’ai passé une nuit un peu avancé dans un petit poste d’écoute avec quatre hommes, toute la nuit, nous avons été éclairé par des fusées éclairantes et de part et d’autre les fusils craquaient.
Aujourd’hui, Guillot me dit qu’il a vu sur le rapport qu’il y aura des permissions, 20 hommes par compagnie, 4 caporaux et deux sous officiers, il y aura bien contre ordre, enfin je ne crois pas certainement s’il en est vrai que pour revenir on n’y trouvera certainement dur, je ne crois pas bien à cela. Guillot, son pied est juste guéri, il va reprendre son service, Pierre Moiroux ne me quitte pas.
Enfin, nous voyons bien un peu que nous sommes en danger, mais comme il n’y a rien à faire on se résigne à tout, je t’avais parlé que nous avons de sales mouches il y en a un qui a été piqué à la verge, je t’assure qu’il souffre, et que c’est enflé.
Toujours le même métier, toujours dans nos terriers, enfin je ne me porte pas trop mal, et depuis que je ne prends plus la sentinelle comme avant je suis bien mieux, mais ça fait rien, ça devient trop long, si au moins ça finissait, notre régiment n’aurait pas encore trop de mal.
Si tu m’envoies un petit paquet, quelques cigare, rhum, saucisson car je ne sais pas ce que je t’avais demandé.
Si tu savais comme le temps me dure ! Oui, si je retourne en arrière, tu feras ce dernier sacrifice de venir avec une petite.
Adieux mille baisers de ton petit J. M. des mimis aux petites
Besançon le 11 juillet 15
Cher cousin

Je t’écris pour te dire que depuis que je t’ai eu quitté, ça c’est mis à chauffer dur et ferme pour nous, tous les jours il n’y faisait pas bon je te l’assure, enfin le 21 juin, en attaquant toujours, et je ne comprends pas comment je n’ai pas été tué plutôt ce jour là, on se battait comme des lions, on se tirait à bout portant, le 20 je suis certain d’en avoir démoli un boche, mais le lendemain il y en avait encore, nous partions en avant j’étais à peu près à 33 m d’eux, il y en a un qui ne m’ a pas loupé; je ne sais pas si sa balle était retournée, mais toujours qu’il m’ a attrapé entre le mollet et le coup de pied, sa balle m’ a presque coupé le pied net, en me repliant à la tranchée tel que je te le dis, je restais accroché au fil de fer avec mon pied, je voulais finir de le couper mais mes camarades n’ont pas voulu, ils craignaient une hémorragie.
Enfin blessé le 21; le 24 on m’a coupé la jambe au mollet, et je t’assure que j’en ai perdu du sang. Enfin on m’a coupé le pied, à Buissasec et depuis ça toujours été de mieux en mieux; le 7 juillet on nous évacuait plus loin je comptais bien aller sur Lyon, et puis ils nous ont arrêté à Besançon et je suis tout près de notre dépôt, alors j’ai demandé si je n’avais pas de lettre du front et j’en avais quelques unes parmi lesquelles il y avait la tienne, qui était du 19 tu me demandais de mes nouvelles, mais en ce moment que tu m’en demanderais je t’assure qu’on avait pas beaucoup de temps pour écrire, et puis j’ai resté quelques temps que j’étais faible, mais maintenant je mange bien et je n’ai plus de fièvre alors j’ai un peu plus de force, je me dépêche de t écrire je te dirai que j’ai été blessé autour de Metzeral, toujours pour ce petit Ballon.
Cher cousin, je ne t’en dis pas davantage, je pense que le jour viendra bientôt où on pourra se revoir, alors on pourra causer, ton cousin qui pense à toi et qui te serre cordialement la main.
Antoine Borix
Dimanche 11 Juillet
Cher Mr Achard

Je profite d’un moment de liberté pour venir m’entretenir un peu avec vous, et vous remercier de votre si bonne lettre que j’ai reçue avec plaisir, je suis très heureuse de vous savoir toujours en bonne santé.
Vous étiez inquiet au sujet de Tony, j’espère que vous avez reçu des bonnes nouvelles de lui, et que rien de grave ne lui est arrivé; j’espère que nous aurons le bonheur de vous revoir tous en bonne santé.
Mr Pierre est ici, depuis hier soir, il est heureux de se retrouver au milieu des siens, sa maman se trouve aussi justement à Lyon, en ce moment; il a été blessé au bras ou plutôt au coude il ne peut ni fermer ni allonger son bras; on espère bien le ramener à son état normal. Ce sera un peu long; son bras est la moitié moins gros que l’autre, pendant ce temps il est en sécurité, et à l’abri des boches.
Le fermier est toujours seul avec sa femme, c’est si difficile de trouver des domestiques, aussi on a réduit de moitié le nombre de vaches, et supprimé la tournée de Lyon, Mr Husson vient toujours travailler à la maison ainsi que le père Coquau, et quelques embauches de soldats.
Marie est avec moi; en attendant le retour de son époux, les jours lui paraissent longs, surtout quand elle reste deux ou trois jours sans nouvelle, elle est très courageuse, et puis si gentille elle me charge de vous offrir son meilleur souvenir.
Ce matin, j’ai reçu une carte de Mme Roche, elle est chez les beau-parents, où pour le moment elle travaille à la campagne, elle a toujours de bonnes nouvelles de son mari.
Pour moi, j’en ai toujours de bonnes de tous les miens.
Permettez moi de vous féliciter pour vos galons de Caporal je souhaite que bientôt nous puissions les arroser, et nous retrouver tous en bonne santé.
Un bonjour à Tony pour Marie et pour moi et à vous notre meilleur souvenir
Françoise

Je vous remercie infiniment de votre petite fleur d’Alsace, elle vient de loin, je la garderai comme souvenir.
Bon courage, et surtout bonne chance

Genay 15-7-15
Cher Cousin

Nous avons reçu votre carte qui nous a bien fait plaisir, et nous a trouvé tous en bonne santé. J’ai toujours de bonnes nouvelles de Pierre, et pense qu’il viendra aussi en permission comme tous, si tu viens, nous aurons sans doute le plaisir de te voir.
Tu me parles du cousin de Quincieux, il a été blessé le 19 juin, et le 24 amputé de la jambe, il est à l’hôpital à Besançon, sa mère doit partir demain le voir; je viens de recevoir une lettre de Catherine, où elle me dit qu’il y a un cousin de Saint Jean blessé à la joue et soigné à Salins; espérons cher cousin que tu reviendras sain et sauf de cette terrible guerre.
Toute la famille se joint à moi pour t’embrasser.

Ta cousine A. Varenne

Bonjour à Monsieur Lafond
le 15-1915 Bien chère Louise (15-07-1915)

Quelques mots encore aujourd’hui; hier je n’ai pas eu de tes nouvelles seulement une lettre de Tony il va mieux et pense aller faire une visite chez le père Pupa. Pas grand nouveau à t’apprendre toujours du même; Pierre Moiroux a de Civrieux appris que le fils de la grande Nallet, Michel qui était venu nous voir avec sa sœur chez Pupa vient d’être tué; depuis hier nous sommes bombardés, et ce matin bien placés fort mais dans ma compagnie personne n’a été touché, les mitrailleuses les fusils ronflaient au compagnie à côté de nous, mais les Boches ne sont pas arrivés à ce qu’ils croyaient, à présent, 10 h du matin, ça ce calme un peu.
Adieu ma chère Louise, et reçois mes plus doux baisers.
Ton J. Marie qui t’aime des mimis aux petites
16 juillet 1915

Cher ami

Un gros bonjour pour toute l’escouade Lafond et Revel, on se sent revivre ici il fait beau temps mais j’ai une jambe qui ne va pas des mieux.
Si vous avez besoin de quelque chose, faites moi passer un mot par les muletiers au ravitaillement, tous bien le bonjour Moiroux et toute l’escouade.

Ton ami Guillot JC
Mr Achard caporal 9ième escouade
le 22 juillet 1915
Bien chère Louise

Ce matin je reçois une de tes lettres, où j’apprends la suite de l’affaire de la Dutang, c’est bien pénible tout de même pour le mari, et bien triste pour les enfants, d’avoir une mère pareille (quelle honte).
Aujourd’hui, je ne suis pas trop mal, car je suis été hier soir relevé de garde et aujourd’hui pour moi c’est le repos.
Mes hommes sont sous la direction du Caporal de jour et n’ont pas un moment, à corvée tout le jour; tu peux croire que je ne regrette pas d’être caporal au moins j’ai des bons moments à moi, en temps de guerre cela vaut la peine.
Il fait bien beau, et je te trace cette petite carte à l’ombre de grands fayards dans une—- Pierre Moiroux a voulu me mener avec lui au milieu de cette —- il y a une source, et on a fait un lavoir creusé dans un tronc d’arbre.
Pierre Moiroux s’est fait porté malade pour pouvoir laver, ainsi tu vois qu’il est bien moins libre que moi, je continue, Pierre lave, et moi je le domine assis sur de grosses pierres à roches, c’est donc là que j’écris.
Nous avons bien des permissionnaires, mais seulement 8 et de préférence ceux que leurs femmes ne sont pas venues les voir; déjà ce sera ceux qui sont chargés en enfants; je ne suis pas près de m’en aller.
Guillot est à l’hôpital, paraît que c’était temps car c’est une phlébite, mais il lui faut du repos je lui écris chaque jour, hier j’ai joué aux cartes gagné 7 francs, mille baisers et aussi à Jeannette
Ne m’envoie plus de papier, que quelques enveloppes !

Dimanche 25 juillet 1915

Cher Monsieur Achard

Je vous remercie de la carte que vous avez eu la gentillesse de m’envoyer, je suis très heureuse de vous savoir toujours en bonne santé, et j’espère que celle-ci vous trouvera de même.
J’ai eu beaucoup de peine en apprenant la blessure de ce pauvre petit Tony, et les souffrances qu’il a du endurées, je regrette qu’il n’est pas été évacué sur Lyon, j’aurais été heureuse d’aller le voir, et d’avoir pu lui offrir quelques douceurs, ayez la bonté de lui transmettre mon meilleur souvenir avec l’espoir que Dieu vous gardera à l’affection de tous les vôtres.
Recevez cher Mr Achard une cordiale poignée de main

Françoise
Mr Pierre est toujours ici, il espère avoir deux mois de convalescence sa petite blessure va beaucoup mieux.
Le 26 juillet 1915

Bien chère Louise

Pas de lettre de toi aujourd’hui, enfin ce sera sans doute pour demain, toujours la même chose ici, et on ne parle pas de nous relever, je pense que nous ferons comme au début six mois encore de tranchées; à certain moment, je te dirai cela nous rend presque sourd ce bruit de gros calibre, de torpille aérienne, enfin toujours heureuse chance, la compagnie n’a pas de perte, chose miraculeuse, ah on aurait dû nous retirer en arrière, car toujours, toujours des nuits à rien dormir et coucher sur le dur, hier notre patrouille s’est mélangée avec celle des Boches, coups de feu, aucun chez nous n’a été touché.
Toujours temps pluvieux, nuits froides.
Pas autres choses à te dire, je le réserve lorsque j’aurai la joie de te causer de vive voix, sur ce vieux Armand, les arbres sont tous fauchés par la mitraille tous les jours les explosions, des obus, on dirait un volcan.
Au revoir, et reçois mes plus doux baisers ainsi que les petites
Ton petit mari.
le 2 Août 365 jours de guerre

Enfin voici revenu de ce fameux poste, tout a été pour le mieux, nous nous sommes pas taquinés avec les Boches; aujourd’hui repos, je vais me disposer à aller me laver mon linge, et aussi faire ma toilette, me raser, et bien me débarbouiller.
Voici nos premiers permissionnaires qui vont rentrer, parait qu’ils sont restés un bout de temps en chemin surtout pour aller, ils sont restés 3 jours à attendre à Belfort; la seconde tournée va partir, Colonvay est du nombre, il a 4 enfants à présent, comme on commence par les plus chargés d’enfants moi, il ne faut pas encore compter que ce sera mon tour. Il a raconté toutes sortes de choses des pensionnaires; il y en a qui ont trouvé un membre de plus à la maison, une autre vient attendre son mari avec un bâtard sur le bras, une autre attend son mari à la gare avec une petite fille, la petite fille dit à son papa: « Tu vas donc pas coucher avec la maman, pourquoi mon petit, et l’artilleur celui qui couche avec maman. » A Oyonnax, deux du 372 on tué leurs femmes, et se sont ensuite cachés car ils les ont trouvées avec des ventres jusqu’au dents, un autre de Bourg bien connu c’est pendu, sa femme avait un ballon; à Saint André il y en a aussi et aussi combien d’autres, s’il fallait te raconter combien d’autres cas il y en aurait pour faire un journal.
Pierre Moiroux me dit et les autres aussi autant rester, nous n’osons plus nous rentourner car si on venait à en trouver autant.
Je te quitte et ne m’envoie pas de bonnet de coton, j’en ai trouvé, à demain.
Deux mille bons baisers et aussi aux petites
Achard J. Marie
Je n’ai pas reçu ta lettre ce matin; hier soir une attaque où Tony a été blessé
le 2 août 1915
Ma bien chère Louise

Aujourd’hui je reçois cette petite lettre de 5 pages, où tu me dis avoir vu les permissionnaires Moiroux et Pichat; ils ont du te renseigner que c’était les vieilles classes qui partaient les premières. Moiroux a dû se faire pistonner et Pichat comme sous officier a du partir avant son tour, moi comme Caporal je partirai peut-être avant mon tour.
A présent, pour ce que tu me dis de ceux de Genay, laisse les donc de côté; quand tu iras à Neuville ne fais donc pas grand cas d’eux puisqu’ils sont si orgueilleux. Car ce n’est pas à nous qu’il faut raconter cela, il ne ferre pas ses chevaux sur la ligne du feu; d’ailleurs nous en avons eu, et je suis certain que c’est un heureux, il ne couche pas comme nous dans les gourbis sur la ligne; chez nous nous avons ceux qui sont dans la marigue qui se plaignent et puis il ne faut pas croire que chez nous quand ça cogne qu’on se sauve.
Adieu chère Louise, et ne te chagrine pas pour cela, s’il a été dans la Marne ce n’est pas lui qui était en ligne.
Je t’embrasse ainsi que les petites Adieu
Le lieu où je suis, ressemble à cette carte; c’est comme cela de vastes prairies, il y a deux fermes démolies par les obus, et à gauche et à droite de grandes forêts seulement il n‘y a pas de bétail.
Je t’envoie une bague, j’en ai fait pour vous toutes, j’en enverrai deux chez Guillot, à la Marie De Quincieux, la Jeanne de Vancia, si elles sont trop courtes vous creuserez un peu dedans.
La Valbonne 3 août 1915

Ma chère belle-sœur

Je pense qu’à présent vous êtes à nouveau installée à Fontaines.
Comme vous me disiez dernièrement que vous attendiez J. Marie, je ne lui ai pas écrit; vous devez l’attendre avec impatience peut-être est-il déjà auprès de vous, chaque jour je m’attends à vous voir arriver, lorsque vous viendrez vous amènerez Claudia, elle passera quelques jours de vacances avec nous; Nénette sera contente, elles feront de bonnes parties.
Combien vous devez être heureuse de savoir Alphonse tranquille, travaillant de son métier, espérons qu’il y restera longtemps.
Mes beaux parents vont bien, Louis a deux mois de convalescence, car il a repris ses douleurs.
Chez nous tout le monde va bien, j’espère que vous êtes en bonne santé.
En attendant vous voir nous vous embrassons tous affectueusement

C Janin
le 3 août 1915
Bien chère mère

Louise me disait dernièrement que vous étiez beaucoup fatiguée, j’aime à croire que vous êtes à présent, revenue comme avant, à l’état normal.
Je vous envoie cette petite bague, je ne sais pas si elle vous ira, ce sera toujours un petit souvenir de l’obus qui a enfoncé mon gourbi, c’est moi même qui ai fait cette petite bague, elle n’est pas bien faite mais jamais je n’ en avais fait.
Au revoir je vous embrasse bien fort

Votre J Marie

le 4 août 1915
Ma chère petite chérie
Aujourd’hui il tombe de l’eau, je suis dans un poste avancé avec deux escouades, toute la nuit je me suis occupé à les placer; je me suis mouillé jusqu’au ventre car l’endroit est marécageux, et il faisait bien noir, demain je te tracerai une grande lettre, je t’enverrai des bagues, donne moi ta mesure de toutes quatre car je sais en faire des plus jolies; ce matin j’en ai vendu pour 5 francs 50, de loin ma chère petite amie je t’envoie de gros mimis.
Ton pauvre petit chéri qui t’aime.
Des mimis aux petites et à la grand-maman, allons adieu, à demain.
le 6 Août 1915 Souvenir d’Alsace

Bien chère mère

Par cette carte je vous envoie mes amitiés, et un gros bonjour et dans l’attente de vous revoir, je vous embrasse bien fort.
Votre J. Marie qui vous aime Achard J. Marie
Pour moi embrassez bien fort les petites
Rien de nouveau aujourd’hui, il tombe de l’eau; le canon gronde, les obus font du bruit.
le 9 août 1915
Ma chère petite femme

Je t’avais hier, promis une grande lettre, enfin je trouve que c’est mieux de t’envoyer cette petite vue, et je pourrai déjà dire, te confier toutes sortes de petites choses.
Ce matin, je reçois deux de tes lettres, celle qui a le reçu, et aussi que tu vas chez Crauze, alors si tu pouvais continuer à ce prix avec encore la quatrième heure, ce n’est pas mauvais.
Hier, je recevais celle où tu me dis avoir été voir Tony, il a du être content de te voir; je suis aussi heureux qu’il t’a bien rassurée, seulement quand il était avec nous, il était bien en arrière, c’était pour eux un petit repos; il ne tenait pas en ce moment comme nous la ligne, nous avons à nouveau avec nous en première ligne des chasseurs du 13.
Des Boches, nous allons en patrouille assez prêt, nous les entendons causer, mais pour le moment la nuit, le jour ça tire, mais nous n’avons pas d’attaque; on demande au rapport des volontaires pour aller dans la réserve comme personne n’a demandé ils ont fait tirer au sort les vieux garçons, voilà que ça vient et on s’attend nous les jeunes que cela ne veut pas attendre longtemps avant qu’ils nous envoient. Gauthier beau frère à Guillot est au 223 de réserve; je n’ai pas encore reçu ton paquet.
Deux mille gros baisers et aux petites et à la mémé.

le 9 Aout 1915
Bien chère petite chatte

C’est ta lettre du 4 que je reçois aujourd’hui, et ce n’est pas sans une grande émotion que je lis et relis les premières lignes de la page.
Mon cher J. M., il y a un an que tu nous as quitté, triste anniversaire oui ma chère Louise c’est bien triste, mais comme je te l’ai dit bien des fois redoublons de courage et ayons confiance et aussi bon espoir en l’avenir, car il faut encore je le crois attendre avec résignation, car cette guerre me semble encore de bien longue durée, et pour l’instant je ne vois encore aucune forme qui semble décider une paix. Oui, il ne faut pas s’attendre encore à nous voir retourner pour toujours au sein de la petite famille.
Car comme vous devez le voir sur les journaux, les Boches ne veulent pas encore se démoraliser, et à présent encore qu’ils viennent de prendre Varsovie, ces sales vaches, ils veulent encore ramasser les récoltes en Pologne, dépouiller cette ville en cas qu’ elle revienne aux mains des Russes; ces pauvres Russes sont de très bons soldats et par manque de nourriture ils sont obligés d’abandonner cette grande ville, plutôt que de faire massacrer des hommes et ne pouvoir résister, peut-être lorsqu’ils auront à nouveau des munitions en conséquence reprendront-ils l’offensive. Oui, c’est bien des vrais assassins que ces sacrés Boches, car aujourd’hui toutes les nations voient trop qu’ils avaient tout préparé, et tout prévu pour un massacre; ils avaient mis tout leur argent pour l’armement, tandis que les nations voisines prêchaient la paix qu’il n’y aurait plus de guerre; et maintenant c’est un carnage épouvantable, une tuerie, un massacre; on assure de bonne source qu’ils ont plus — du monde que nous mais en attendant ils font toujours face de tous côtés; enfin nous avons malgré tout leurs engins de guerre bon espoir de les avoir; l’avenir nous dira cela, malheureusement que beaucoup ne le verrons pas.
Cette petite lettre que je te trace, je veux te dire l’endroit c’est un petit réduit d’obus qui n’a rien de bien engageant, car comme je te l’ai dit bien des fois sans cesse nous avons la pluie.
Voici le deuxième jour que je suis dans ce fourbi, la première nuit n’a rien eu de bien agréable, il pleuvait comme dehors; les hommes se sont rangés comme ils ont pu pour ne pas trop se mouiller, et moi tant bien que mal je me suis collé dans un coin afin de reposer un peu faut ces trois choses, et à chaque heure j’envoie remplacer ceux qui sont en sentinelle, tu vois que l’on ne dort presque jamais; si le jour, des moments; et pour finir avec cette pluie ce matin nous étions tout humide; nous en faisons un nouveau gourbi qui sera bien mieux, cette nuit j’ai couché un moment seul dans ce nouveau gourbi car dans la nuit il m’a fallu prendre des hommes et aller en patrouille parcourir les ravins; j’ai déchiré mon pantalon en traversant des réseaux de fil de fer; la nuit était calme nous n’avons pas vu de Boches.
Ce matin les avions Boches, les nôtres hurlent dans les airs, ils viennent de tirer à la mitrailleuse, mais sans résultat; au loin toujours de côté plus loin que Metzeral le convoi a fait du bruit cette nuit, et chez nous de temps à autre le fusil se faisait entendre.
Par ta lettre, je vois que tu ne perds pas ton temps avec ces haricots, tu me dis 3 francs dans une journée, tu gagnes plus qu’un sous-officier.
A présent, pour le paquet que tu vas m’envoyer, ne mets pas grand chose tu as bien déjà assez avec ces petites, un saucisson, et quelques petits fromages de chèvre; si plus tard je vais en permission, et s’il manque quelque chose j ‘apporterai quand moi; le saucisson met le cru, il vaut mieux, j’ai l’occasion de le cuire; mais quand même tu m’enverras rien, ça fait rien; j’achète tous les deux jours du vin, qui est affreux comme il est mauvais 14 sous; j’ai encore 19 francs le 10 je vais toucher mes 44 sous; adieu et reçois avec les petites mes plus tendres amitiés.

Ton petit J. Marie

16-8-15
Chère Madame Achard

Je viens en quelques mots vous remercier de votre bonté, et de votre générosité, c’est avec une réelle joie que nous avons reçu vos jolies petites assiettes.
A tout deux, elles nous sont d’utilité, c’est plus propre que nos gamelles, et tiennent moins de place. Il faut que vous sachiez que J.M. lui les trouvait trop petites; franchement l’on dirait un gros mangeur, mais il est bien comme moi, il ne lui en faut pas trop, et puis nous les avons transformées, nous avons relevé les bouts, elles vont très bien maintenant, il est très content.
Chère madame, nous sommes des bons camarades les deux, nous nous entendons bien, il y a bien quelques fois que l’on a quelques mots, mais il faut attribuer ça à ce que cette maudite guerre est vraiment trop longue; mais pas de rancune, ce n’est pas dit que c’est passé, l’on n’y pense plus.
Aujourd’hui nous sommes séparés les deux, nous sommes chacun dans un poste et je vous assure que si bien lui que moi, le temps nous dure, les 48 heures sont longues.
Allons madame, je vous quitte, qu’il vous suffise de nous savoir tous en bonne santé, et je souhaite que ma carte vous trouve vous, vos enfants, votre mère en parfaite santé aussi.
Recevez mes meilleures amitiés.

Votre dévoué P Moiroux

Le 18 Août 1915
Ma chère Louise

Pour ce que je te disais dans ma dernière lettre, qu’il n’y avait rien de bien bon, toutes les fois qu’il fallait aller prendre dans cette position les avants postes; enfin il n’y a rien eu d’anormal, et nous avons pas eu à essuyer la mitraille des Boches, au contraire de notre côté, nous leur en avons pas mal envoyé.
Aujourd’hui nous sommes en réserve, les hommes s’occupent à quelques petits travaux; le temps est toujours froid, et cette nuit je n’ai pas eu chaud, je te l’assure; ce matin je me sens l’estomac bien embarrassé et puis je crois que je vais prendre un furoncle au bras droit, il y a comme la forme d’un bouton et puis il me donnait cette nuit presque la fièvre.
Guillot écrit de Narbonne, il est bien soigné et il va bien mieux, il n’a jamais tant vu de vignes, d’oliviers, la mer, il boit des bons coups il a de la chance; à présent les permissions, on parle de faire partir à présent les vieilles classes les premières, alors je ne suis pas prêt de partir à l’heure où je t’écris 2 h l’après midi il grêle gros comme des noisettes.
Rien d’autre à te dire, aucune lettre aujourd’hui, de toi.
Je t’embrasse bien fort ainsi que les petites
Ton mari qui t’aime J. Marie

Cailloux 24 août 1915

Mon cher ami

Mardi matin 5 heures, je sors du lit, et ma première pensée est pour toi, hier j’ai reçu deux de tes chères lettres une du 17, et la carte du 18, où tu me dis que tu prends un furoncle et qu’il fait bien froid, si je savais que tu ne viennes pas bientôt je t’enverrai bien des affaires chaudes, car je comprends que vous devez être mal avec ce froid, ici voici quelques jours qu’il fait une bise qui vous dévore et matin et soir il ne fait guère chaud non plus, et pour passer les nuits dehors, il ne doit pas faire bon.
Tout le monde demande la pluie, on ne peut pas labourer.
Allons au revoir mille baisers
Ta Louise.

le 28-8-1915
Bien chère Louise

Toujours la même chose, ce matin je reçois ta bonne lettre où tu me donnes des détails sur le prix des denrées, et aussi des marchandises, je vois donc par la présente, que tout est cher !
Revel est en permission, le Capitaine aussi, mais nous il y a encore à attendre avant notre tour, et on ne parle pas souvent d’aller en arrière.
Pierre a reçu ta carte, il me dit que tu le charges, de me dresser pour cela il faudrait que je lui donne mes galons, nous sommes toujours très intimes comme de vrais frères.
Adieu des mimis aux petites, il fait chaud voici quelques jours, nous sommes donc un peu mieux.
Ton mari qui t’aime Achard
Je t’enverrai des bagues pour toutes, c’est moi qui les aurais fait, une à la Jeanne et à Claudia et aussi à la mémé.
Aujourd’hui c’est un peu calme, mais la journée n’est pas encore terminée.
C’est bien rare s’il n’y a pas pruneau ce soir.
Je veux faire aussi une bague à la Guillot et à sa fille. C’est avec l’obus qui a manqué à nous tuer tous celui qui a enfoui le devant du gourbi.

1er septembre 1915

Bien cher ami

Que fais tu là haut, toujours le même travail sans doute, sûrement qu’il n’y fait pas aussi chaud qu’ici, moi je vais du côté de la guérison.
Je suis proposé pour une convalescence, mais je ne pense pas trop partir avant demain en huit, tu peux croire que j’attends ces moments avec impatience, si tu as aussi le bonheur d’aller en permission pendant que je serais chez moi, ainsi que ce petit ami Moiroux, venez vous faire payer à dîner avec vos chères moitiés je serais heureux; j’ai reçu une carte de Moiroux et une de Lafond remercie les pour moi, tu peux croire que je trouve les jours longs; ici on est bien mais pour les distractions quelques uns jouent au bouchon, d’autres aux cartes, mais les jeux ne me plaisent pas, et comme camarades il y en a guère qui accordent, c’est presque tous des méridionaux et quelques puritains d’ailleurs, mais je prendrai patience.
Gauthier est actuellement au 223 depuis plus de huit jours, sûrement que la vie va changer pour lui, il faut bien qu’il y en ai pour tout le monde, et ça n’a toujours pas l’air de finir c’est un peu trop long, la patrie nous sera sûrement redevable.
Nous mangeons des raisins, et des melons à discrétion, si tu étais près, je pourrais t’en envoyer un, mais il faut trop longtemps.
Bien des choses à toute la 9ième, et toi je te les tripote
Guillot J C
Le bonjour à ta chère moitié de ma part
le dimanche 5 septembre 1915
Ma chère petite Claudia

C’est aujourd’hui dimanche, bien triste pour ton cher papa, qui aimerait bien mieux être auprès de ses chères filles.
Tu vois pour me distraire ce matin, à toi et à ta Jeanne, je vous ai fait chacune une petite bague ce sera un souvenir de votre papa, je crois que cela vous fera plaisir.
Adieu ma chère Claudia, reçois des gros mimis, et pour moi embrasse ta Jeannette
Ton papa qui t’aime
Achard J. Marie
Elles sont trop grandes, mais je vous en renverrai des bien plus jolies.
dimanche 5 Septembre 1915

Ma grosse Jeannette

Je t’envoie une bague comme souvenir de ton petit papa, qui pense bien souvent à toi et qui t’aime.
Reçois de ton petit papa de bien gros mimis.
Chère Louise, elles doivent être grandes ces bagues, tu leur laissera prendre au doigt qui va, et avec un carton que tu passeras autour du doigt que vous voulez, et sur un papier tu poses ta mesure, et avec un crayon tu traces tout autour ce sera la mesure..
Je vous en ferai chacune encore une, mais donne moi la mesure, et vous me direz ce que vous aimez le mieux comme forme, si c’est le cœur, chacune selon son goût.
Comme il fait froid aujourd’hui, nous nous tenons serrer cette nuit avec Pierre
Cherchez la sentinelle dans ce rocher

le 10 septembre 1915

Ma chère petite femme

Ce matin je reçois ta petite lettre, et en même temps, je trouve dedans un billet de cinq francs.
Depuis hier les Boches nous attaquent, il se passe quelque chose d’effroyable, nous autres nous sommes pour le moment qu’arrosés par la mitraille. Mais nous avons à côté des compagnies qui certainement, il doit y avoir du mal.
Le vieil Armand est tout en feu; au siècle que nous vivons, de voir des choses pareilles.
Enfin j’espère qu’encore cette fois, ils seront repoussés; d’ailleurs hier, ils n’ont pas réussi, et aujourd’hui à nouveau l’attaque recommence.
Ah ! les vaches ils ont du envoyer du liquide inflammable.
A demain, je t’embrasse bien tendrement
Ton J. Marie
Je ne dépense guère je n’avais pas bien besoin d’argent

Cela se bat fort le lieu même de la vue de cette carte.

 

Narbonne 10 09 1915

Bien cher ami
Je pars demain matin pour un mois de convalescence, et proposé pour l’auxiliaire après, tu peux croire que je suis content de mon sort et je suis à peu près guéri, je te recommande si tu viens en permission, fais moi le grand plaisir de venir dîner chez moi, je serais heureux.
Tu donneras bien le bonjour à tous ces anciens amis, et tâche de faire comme moi, de te tirer d’affaire pour le mieux, comme tu me dis, ton escouade ne vaut plus ce qu’elle valait au début par les nombres, dis bien des choses à ton petit ami Pierre car vous devez vous consoler l’un à l’autre à présent, souvent je pense à ces petites rancunes tous les deux, quel passe temps ! Mais plus que jamais nous restons — amis.
J’ai écrit à Revel plusieurs cartes, mais il ne m’a jamais répondu, je ne sais pas s’il m’en veut cependant je ne le crois pas.
Aujourd’hui, nous avons passé plus d’un cent la visite pour les convalescents ou des permissionnaires, mais la moitié a eu un mois et pas plus si tu voyais ce qu’il y a comme infirmes c’est affreux.
Ton ami qui t’embrasse Guillot J
Ecris moi chez moi tu me feras plaisir, est-ce que Guillet est toujours —

(Ecriture sur la carte Postale)
Je suis bien colère j’avais trouvé un joli papillon et je voulais le mettre dans ma lettre il vient de s’envoler
Ton J Marie

Bourgoin le 15 septembre 1915

Chère tante et cousines

J’ai un peu tardé de vous écrire, mais quand on est nouvellement arrivé, on n’a pas toujours le temps. Le métier n’est pas trop dur, la gamelle est assez bonne, et il y a largement ce qu’il faut, la suite donc c’est que le temps dure un peu, mais on s’y habitue.
Bientôt nous allons descendre dans le midi, tout près d’Orange, on verra du pays et cet hiver on sera au chaud.
J’espère que vous avez toujours des bonnes nouvelles de mon cousin Jean Marie.
Je lui écrirai un de ces jours, à Alphonse je lui écris en même temps que vous.
J’espère que vous êtes tous en très bonne santé, pour moi ça va bien.
Bien le bonjour aux deux petites cousines.
En attendant de vos nouvelles, je vous embrasse tous bien fort
Mes bonnes amitiés
Votre cousin et neveu
Jacquet Benoit

Voici mon adresse Jacquet Benoît 22ième Régiment d’infanterie Dépôt des récupérés Bourgoin Isère

(cousin de Vancia, frère de Jeanne Rodin, mort à la guerre 1914-1918)

le 21-9-1915

Bien chère petite aimée

J’ai reçu hier une petite lettre de Claudia, cela m’a bien fait plaisir, je te l’assure, j’étais dans un endroit avec Revel, Lafond un peu avancé pour 48 heures comme j’étais seul de Caporal, j’ai eu encore du boulot, et beaucoup de précautions à prendre pour placer mes hommes, car nous n’étions pas très loin des Boches des endroits c’est marais, je me suis mouillé les pieds enfin tout a bien été, et aujourd’hui je suis de repos avec mes hommes, un peu en arrière, cette nuit nous serons de travail.
J’ai mangé avec Revel, je t’assure que j’ai bien été soigné, il m’a payé des cigares, je t’assure que je ne le crains pas comme adjudant, et que nous sommes amis.
Hier je me suis fait dans la journée remplacé par un homme pour ma relève, car je n’avais pas dormi toute la nuit et j’ai rentré couché la matinée dans son terrier, l’après midi nous avons joué aux cartes, je leur ai payé 7 francs cinquante à lui et Lafond, ils m’en ont dit qu’on ferait mieux d’avoir rester coucher, cette nuit ça a chauffé, nos troupes ont un peu avancé à l’Armand.
Mille baisers et aux petites ton petit qui t’aime

 

le 21-9-1915

Ma bien chère aimée

Ce soir je reçois deux de tes chères lettres, une carte du 16, et la lettre était du 18, aussi en même temps, une de Tony, et une de Benoît de Vancia; Par tes lettres, je vois ma chère petite, que tu crois toujours que je pourrais aller en permission, non il ne faut pas compter malheureusement me voir arriver, car tel que j’ai pu te le dire combien de fois dans mes lettres, que les plus jeunes classes ne partiront qu’en dernier lieu, alors ce n’est pas encore mon tour, et encore pour le moment ici chez nous, elles sont suspendues, bien sûr que si nous avions été retirés en arrière, j’aurais pu partir un peu plus tôt, car assurément nous serions été par des groupes plus importants, enfin ne te fais pas de l’ennui, mon tour viendra bien un jour, certainement que ce serait pour moi une bien douce joie d’aller passer quelques jours parmi ceux que j’aime, toi ma chérie, et aussi ces chères petites, depuis si longtemps que je n’ai eu ce plaisir.
Aujourd’hui nous avons été de repos, car comme je te le disais ce matin que nous avions été passés 48 heures un peu en avant, c’est donc pour cette cause qu’aujourd’hui nous avons été un peu tranquille, et ce soir toute mon escouade est de travail de nuit, je me trouve donc seul dans ce gourbi, bien libre pour t’écrire cette petite lettre, car voici comment je coupe ce soir au travail, la nuit dernière dans ces marécages je m’étais bien mouillé les pieds et cette nuit dernière j’ai eu toute la nuit froid, car c’est tellement humide que je n’ai pu me réchauffer, puisque je te dirais que dans la nuit j’ai fait éclairé la bougie à un de mes hommes et je me suis tapé les bras un bon moment pour me réchauffer et je ne sais si c’est suite de mettre mouillé et d’avoir eu froid, si bien qu’aujourd’hui j’ai eu des douleurs de ventre, cela me tordait et j’avais froid aux pieds et aussi mal à la tête, alors ce soir j’ai donc demandé à rester, le gourbi que je vais reposer cette nuit est bien monotone des branches de sapin, et une légère couche de paille par-dessus.
Alors dans un coin j’ai rangé ma petite couchette bien simple, te dirai-je comme les branches qui ne sont pas très douces je te l’assure, une couverture, et ma capote, voici ce que nous avons comme lit, certainement que je serais bien mieux auprès de toi ma chérie, la nuit serait bien plus douce, quand aurons nous ce bonheur d’être enfin réunis, combien il me semble à côté de tant de maux que nous endurons, la vie dans sa famille ah ! C’est beau lorsque parfois je rejette mes pensées en arrière, malgré que nous n’avons jamais bien été heureux ma chérie, mais comme la vie était belle aussi lorsqu’on regarde l’image de la vie cela fait frémir de voie ce pauvre corps combien on le fait souffrir, enfin je m’arrête car oui, c’est trop triste tout de même.
Par ta lettre, je vois que tu suis un peu le journal, alors tu dois certainement voir notre position, que de temps à autre il y a toujours quelque chose, ainsi encore cette nuit dernière, Lafond vient me dire sur le vieil Armand il y a encore attaque c’est tout en feu, tenez vous prêts en cas d’événements ! Je t’assure que c’est affreux ! Comme si cognait, et ce matin, nous apprenons que nous avons un peu avancé dans la campagne, à Joseph Dégout, il y a eu plusieurs tués et blessés, mais les nôtres ont un peu avancé.
Aujourd’hui nous en avons eu un ___ une fusée a éclaté, il y a eu un œil arraché et d’autres blessures.
Les Boches ont bombardé nos ___ mais ils ne tiraient pas assez juste, il n’y a rien eu.
Dans quelques jours je vous ferai vos bagues, car c’est trop énervant à faire ces bagues, demain je veux en faire deux que je vendrai les deux 50 sous 1f 2 f la pièce.
Adieu ma chère petite, je vais essayer de dormir, et reçois de ton petit mille gros baisers, je viens de te faire un gros mimi et aussi aux petites sur la photographie.
Adieu ton petit J M qui t’aime un baiser aussi à la mémé, le saucisson était bien bon.

Cailloux 21 sept 1915

Mon cher J Marie

Aujourd’hui mardi 7 heures du soir, je viens enfin de recevoir ta carte du 17, tu peux croire qu’elle m’a consolée car je commençais à être vraiment en peine, je me fourrais toutes sortes d’idées dans la tête depuis vendredi 17, je n’avais rien eu, il y a longtemps que je n’avais resté si longtemps sans nouvelles, oh je t’en supplie ne reste pas si longtemps 2 jours, ce matin nous avons enterré cette pauvre Javit, c’est triste de mourir quand son mari est à la guerre.
Tu me demandes l’adresse de la tante je pense que c’est tante Maria; elle est encore chez le docteur mais les premiers jours d’octobre, elle sera chez Mme Bret Num 3.
Tu me dis t’être fait mal à la main avec une lime, est- ce grave et de quelle manière t’es tu foulé, ou piqué explique moi un peu. Enfin j’aime les explications, et j’aime savoir tout ce qui t’arrive, dans les moindres détails.
Allons au revoir, à quand la permission, je t’attends toujours.
Mille baisers et grosses caresses de tes trois chéries Louise
Claudia attend une carte de toi tous les jours, tu as du voir son orthographe je l’avais laissée faire seule pour te montrer.

 

Saint André 22 septembre 1915
Cher ami

J’ai été content de recevoir de tes bonnes nouvelles, je vois que tu penses à moi.
Je ne puis te dire ce que je suis heureux d’être chez moi, je ne puis te dire le bonheur que j’éprouve après une si longue absence, j’ai trouvé mes deux enfants bien grandis, mais mon vieux le pays est triste, tu ne vois presque plus d’hommes, que de femmes ! Ce n’est plus la même vie, et tout le monde en a mare de cette maudite guerre.
Aujourd’hui, je vais dîner à Genay avec ma moitié, je verrais Mme Lafond et au retour par Civrieux Mme ___ ____ aurez vous le bonheur de venir quelques jours auprès de vos familles chérie ; je vous le souhaiterais de grand cœur, je serais aussi heureux que vous de nous voir réuni tous.
D’ici une huitaine de jours, j’irai à Bourg demander une prolongation avec Benoît Lièvre qui est ici aussi pour un mois et Olagnon pour 45 jours.
Tu peux croire que la convalescence passe vite, je suis ici depuis le 12, il me semble qu’il y a 2 jours et voici 10 jours.
Bien le bonjour à ce petit ami Moiroux et à toute l’escouade Lafond, Revel en tête.
Reçois cher ami et les petits lapins mes meilleures amitiés.
Ecris moi tu me feras plaisir, une femme se joint à moi pour vous envoyer le bonjour à tous les deux.
Je suis toujours boiteux, la guerre se tire pour moi.
Ton ami qui t’embrasse Guillot JC

 

le 22-9-1915

Ma bien chère aimée

Nous revenons de passer une bien triste nuit, il a fait hier un temps affreux et aujourd’hui cela me semble encore prendre une pareille tournure, cette nuit les pauvres sentinelles en ont roté car il a tombé de l’eau à grosse trombe avec un vent aussi fort que celui qui avait dévasté notre exposition, et ce matin il en tombe encore et avec ce même vent cela nous cingle la figure, il y a nombre de sapins de couchés ou cassés on dirait que c’est des obus qui ont tombé, ce matin je suis été cherché le jus, je me suis noyé ah c’est un temps affreux si nous restons ici cet hiver, nous allons geler.
Pierre vient de se faire sécher un peu, car il a aussi été trempé cette nuit, moi comme je ne prends plus de garde, j’étais bien mieux, mais je t’assure que je n’avais pas chaud, notre linge est tout mouillé, j’ai ma veste mon pantalon et une couverture que j’avais mis devant l’entrée du gourbi pour nous garantir de l’air, le tout est trempé et pas moyen de faire du feu, car notre gourbi il faut rentrer à quatre pattes il y a 80 cm de hauteur et puis les Boches pourraient voir fumer, enfin on voudrait bien un peu de soleil mais je ne crois pas encore le voir aujourd’hui, toujours il ne fait pas chaud.
J’ai bien trouver dans ta lettre le billet de cinq francs, je te remercie tu es bien gentille pauvre petite aimée. Les nouvelles sont bonnes en Artois nous avons fait 18 000 prisonniers, 30 canons, 90 mitrailleuses.
Quand tu m’enverras, tu mettras un savon du Congo, savonnette et poudre savon. Adieu, mille gros mimis et aussi des gros à ces deux brioches de Jeanne et Claudia et la mémé.
Ton petit qui t’aime J M

 

Cailloux le 24 septembre 1915

Mon cher J Marie

Après avoir reçu deux jours de suite de tes chères lettres, voilà que je ne reçois plus rien. Aujourd’hui je t’ai envoyé un paquet, mais je n’ai pu tout mettre ce que tu m’avais demandé car dans un kilo on n’en met guère, quand tu m’auras dit si ce paquet t’es bien parvenu, je t’enverrai l’autre de suite, avant hier je t’ai aussi glissé un petit billet de 5 francs, tu me diras si tout t’es bien parvenu et si cela te fait plaisir.Revel me dit que si la guerre dure encore longtemps, sûrement il me fera monter en grade.
Aujourd’hui j’ai regardé le journal, mais vraiment il me dégoûte, l’on parle beaucoup du vieil Armand et il paraît qu’il n’y fait pas bon, c’est toujours de pire en pire et je suis vrai découragée.
Allons mon cher petit, au revoir je l’espère et que ce soit bientôt, cela nous redonnera peut-être du courage.
Reçois en attendant les plus douces caresses de ta chère femme qui t’embrasse bien fort.
Louise

le 25-9-1915

Ma bien chère bien amie

Je me mets en devoir de répondre de suite à la petite et chère lettre, car je le vois par la présente, que tu ne reçois pas assez souvent de mes nouvelles; toujours ma chère Louise de même; ou à quelque chose près; toujours au même endroit de sur cette montagne.
Enfin il ne faut pas nous plaindre tout de même d’être dans ce secteur, et d’être placé ou nous sommes; toutes nos compagnies en sont pas de même, mais nous autres nous avons à supporter de temps à autre des bombardements et quelques balles qui passent en sifflant; tandis que la 3ième celle de Joseph Degout, il y en a pas mal d’amoché; nous avons bien souvent sous les yeux des attaques mais nous gardons toujours pour le moment notre position, et tant que l’attaque ne se fera pas au juste de notre côté, et bien il ne faut guère désirer mieux surtout pour être en première ligne bien sur que nous aimerions bien mieux être dans un village; enfin voici nos idées à tous; quoique nous menons une vie solitaire de la vie civile, toujours dans ces terriers; et bien on s’habitue tous et on se résigne; autant rester encore quelque temps ici que si on nous retire et ensuite nous mener ailleurs; puisque nous sommes à moitié content de ce secteur j’ai bien entendu souvent dû dire dans mon jeune âge lorsque l’on est à moitié content d’une chose il faut la garder de crainte en voulant changer de tomber plus mal; alors malgré qu’ici on ne peut se payer rien du tout; mieux vaut rester encore rester et ensuite qu’on nous retire en arrière.
J’ai un peu engraissé, je me fais laver, je viens de me changer complet et je me suis rasé; je me trouve bien mes cheveux ont grandi, je me fais ma raie.
Je vais faire des bagues pour le Capitaine, et aussi pour ses filles et sa femme, pour Revel et sa femme, seulement au Capitaine je me fais un plaisir de lui offrir pour rien.
Aujourd’hui il pleut, et il fait froid; adieu je t’embrasse bien fort.
Ton petit époux qui t’aime et aussi mimis aux filles et à la mère, je vous ferais vos bagues plus tard, je n’ai pas les mesures

 

Le 28-9-1915

Ma bien chère femme

Je réponds de suite à ta petite lettre, il ne faut pas te faire du mauvais sang, et tu peux croire que nous ne sommes pas les plus mal placés, d’ailleurs comme je te l’ai dit, nous n’avons pas encore bien à nous plaindre, et puis le vieux Armand, nous ne prenons aucun service là-bas, nous en sommes bien à côté, mais lorsqu’il y a un engagement, nous ne quittons pas notre position, bien sûr que nous avons souvent des engagements bien prêt, notre Compagnie n’est pas des plus mal placées, tant qu’il n’y aura pas d’attaque de notre côté, enfin cette fois vous avez du savoir qu’ils ont reçu une bonne tatouée?
Les Boches 18 mille prisonniers, un tas de mitrailleuses, 30 petits canons et 90 grosses pièces c’est une vraie victoire cela retiendra peut-être la Bulgarie de nous tourner le dos.
Oui ma chérie, cela me fait plaisir tout ce que tu m’envoies, mais ne te prive pas, j’ai bien trouvé le billet mais le paquet n’est pas encore arrivé.
Allons adieu, courage la victoire va bien venir
Je te quitte et mille gros baisers de ton petit J Marie

 

le 28-9-1915

Bien chère petite amie

Triste temps tout de même ici, voici la 3iéme journée de pluie; cette nuit il en a encore tombé pas mal, et ce matin encore, cela gêne un peu les opérations car depuis qu’il tombe de l’eau on entend guère de fusillade; comme je m’étais pas mal mouillé hier je n’ai guère eu chaud cette nuit par un temps pareil il faut si longtemps au linge pour sécher; à présent je viens tout de même de me raser et me débarbouiller mais je t’assure que je n’ai plus de goût car de se traîner tout le temps dans ces terriers c’est affreux comme on se salit; mais j’ai ma capote dans un état, il faudrait chaque jour faire la lessive pour se tenir propre.
Par ma lettre d’hier, tu dois voir que Guillot cet ami, a bien plus de chance que moi d’être dans sa famille; moi jamais je ne me suis aussi bien porté malgré que nous endurons assez souvent du bien être; je serais bien aussi heureux d’aller passer un mois dans un bon lit certainement que cela ne me ferait pas de mal; ce matin je me sens des bosses de partout c’est tellement dur de coucher sur la terre ou sur des morceaux de bois; je crois que si on a le bonheur de se rentourner, on ne veut jamais se plaindre que le lit n’est pas assez bien fait.
C’est une vraie guerre de sauvage que nous faisons ici, sans cesse dans les bois comme de vrais bêtes fauves.
Au dernier engagement au vieux A.. nos compagnies j’ai au juste su et bien, elles n’ont pas eu de mal, tandis que des autres régiments, qu’il y avait la haut cela n’a pas été de même il y a encore bien eu de tués.
Aujourd’hui je vais m’amuser à faire une bague; je les vends pas cher entre camarades 10 à 25 sous, simple 20 sous, avec un cœur en cuivre de boche 18/24, mais je me pique souvent les mains, je ne veux pas continuer; j’ai reçu de Guillot des mesures pour sa femme, sa fille, et son fils après je ferais les vôtres j’ai bien écrit aussi à ma sœur qu’elle me donne des mesures.

Lafond me demande aussi pour en faire à sa femme. Pierre Moiroux lui fera, moi j’en veux plus j’en ai assez; j’ai encore une belle à faire au Capitaine à ses filles aussi Revel me turlupine chaque jour, mais ils ne sont pas prêts d’être tous servis et puis je commence à me dégoûter un peu car il faut trop de patience.
Et toi ma chère Louise, que fais tu ? Certainement il n’y a que toi pour gagner moi je tâche bien de ne pas dépenser, car je te sais avec de si petites ressources, et ne m’envoie plus d’argent; de temps à autre, j’achète un litre et des cartes avec, voici où mon argent passe mais tu peux croire que je me retiens et que j’ai encore d’argent pour longtemps.
Ah ! Combien il me semble que si je me rentourne nous ferons de l’économie, car le luxe et les plaisirs ce serait.
Adieu, car aujourd’hui cela me peine trop de te voir dans une situation pareille, enfin l’allocation t’aide encore bien pour tes frais de nourriture, pourvu qu’il ne la diminue pas avec tous ces frais de guerre il faut de l’argent; dans certaines communes on l’a déjà supprimée à des femmes qui se conduisent mal.
Adieu je t’embrasse bien tendrement ainsi que les petites
Ton petit J. Marie

 

le 18-10-1915

Ma bien chère Louise

Depuis quelques jours la situation par ici semble un peu médiocre, et prend plutôt une tournure un peu tragique, aussi ce matin tout semble en peu monotone, car cette nuit nous n’avons guère fermé l’œil, de bon matin je fais un va et vient dans les tranchées, pas plus à la tranchée qu’au gourbi, il y a du mutisme et le silence se fait au complet malgré qu’il a pourtant assez bon nombre d’êtres humains.
Oui, depuis quelques jours, à deux pas de nous, sans cesse et répété, il y a attaque de la part des Boches qui semblent vouloir à tous prix enfoncer cette barrière de fer que nous tenons tous, par des prisonniers que nous avons fait, ils leur avaient déclaré que dimanche, ce dimanche passé, ils iraient déjeuner à Thann, malgré toutes leurs ruses et des moyens barbares qu’ils se servent, les lignes n’ont pu se briser, et nous n’avons malgré leur violent bombardement perdu un mètre de terrain, ainsi hier soir balles, obus, torpilles, c’était tout en feu, nos pertes n’ont pas été très grandes, bien sûr que les Boches en ont plus perdu, aussi une de nos compagnies a souffert un peu celle de Clément Moiroux, et celle de Doyons, des morts, le lieutenant de Moiroux Syptille de Neuville est prisonnier et d’autres aussi, il y a un vrai massacre garde toujours pour toi à moins qu’on t’en parle.
Adieu et mille baisers ton petit mari
Cette guerre c’est un vrai massacre sur place

Vancia le 18 octobre 1915

Bien cher cousin

Nous avons reçu votre carte qui nous a fait un grand plaisir de vous savoir en bonne santé, il ne faudrait pas vous gêner pour me faire une autre bague parce que j’en ai une, je vous remercie beaucoup de votre bon cœur que vous avez pour moi, je vous envoie la grosseur de mon doigt, mais ce n’est peut être pas bien facile avec une ficelle.
Si vous venez en permission, vous viendrez nous voir, écrivez un peu plus souvent ça me fera plaisir.
Votre cousine qui vous aime et qui vous remercie.

Jacquet Jeanne

le 24-10-1915

Bien chère Louise

Une petite réponse à ta lettre du 19, où tu me dis avoir été arracher des choux-raves chez la mère Cruziat!
Toujours de même ici, rien de nouveau à te dire, ce matin je surveille mes hommes au travail, et assis sur une pierre je trace cette carte, il ne fait pas chaud je te l’assure, je viens un instant avant de bien changer, raser et bien débarbouiller, j’ai fait ma raie si tu voyais comme je suis joli tu me ferai sans doute un gros mimi.
La permission à nouveau marche, mais moi je n’ai encore au moins jusqu’ à Pâques, Clément Moiroux avait été prisonnier mais il a réussi à s’évader. Guillot, je n’ai pas de nouvelles mais il doit être parti; j’ai des nouvelles de Birieux, de Vancia, de ma sœur.
Adieu et reçois mes meilleurs baisers ainsi les petites Ton J.M.
Nous couchons ensemble avec Pierre, nous avons de bonnes couvertures, on n’a pas froid, mais mal couché, car nous n’avons pas de paille, sur du bois aux planches

Le 30-10-1915

Ce matin je t’adressais une simple carte, et ce soir encore, je trouve encore une distraction à te dire et te rassurer sur mon sort; je suis dans un petit poste mais en somme assez tranquille puisque aujourd’hui j’ai pu faire une bague à Lafond et à sa fille alors si tu vois madame Lafond tu verras un peu mon travail, c’est un petit passe temps que veux tu, j’en fais encore bien de ces bagues et je refuse à au moins vingt par jour, car ça me devient pénible cela c’est à dire m’énerve.
Le temps est bien au beau ces jours, et chez vous il doit bien en être de même; si tu le peux tu m’enverras quelques fromages et une demi livre de beurre, il me ferait bien envie quelques œufs durs, des – je t’assure que cela me ferait envie.
Adieu et reçois mes amitiés et aussi mes meilleurs baisers.

Ton petit J. Marie

Enfin pourvu que ça dure, nous sommes assez tranquille des Boches, je n’ai pas reçu de paquet de ma sœur.
Dans quelques jours je vous ferais vos bagues, car pour le moment je n’en ai pas de très petites.
Toujours le 3-11-1915

Bien chère Louise

Je vois que j’ai un peu de temps devant moi cet après midi, alors je trouve rien de mieux que de te tracer encore cette petite missive.
Oui, comme je te l’ai dit par ma carte, nous avons passé une mauvaise nuit et la journée, il est impossible de faire du feu car les Boches ne seraient pas longs à nous voir.
Ce soir, je prendrai un poste bien avancé, celui que je t’ai déjà souvent parlé mais quoique bien plus en avant, je pourrai mieux m’arranger, car l’eau ne doit pas traverser et il est bien plus grand; les hommes se fatiguent de toujours être debout à ne rien dormir, aussi aujourd’hui plusieurs de mon escouade se font porter malades.
Pierre Moiroux, je crois essaie de bien guérir sa coupure, ce n’est pas le plus mal en ce moment car il reste au chaud et ne prend point de service; nous ne comprenons pas pourquoi on nous retire pas en arrière, ce serait bien notre tour à passer des bonnes nuits, à dormir sans être inquiétés de rien.
Ce matin, nous avions un peu de neige, mais je crois que vers la fin de la journée il n’en restera plus guère.
Je viens en compagnie de Lafond, visiter quelques hommes que nous avons mis au travail et comme il connaît bien la Seylile et l’autre, je lui en parle que tu m’as dit qu’elle avait l’air si simple il me dit que sans doute tu l’as trop vite toiser, que c’est un vrai cheval de remonte, qu’ils ont tenu un café à Chalamont Villars et que s’ils sont partis de Villars c’était son mari qui avait voulu pour la sortir du café; déjà d’autres m’ont dit que la même chose, lui je le vois toutes les semaines il a l ‘air d’un bon homme; il m’a bien dit que sa femme était là bas à Neuville, lui il est adjudant il n’est pas mal surtout comme mitrailleur.
Les permissions se continuent, et je viens de faire mon calcul que si rien ne dérange, et bien mon tour ne sera pas avant les 1 ers jours de Février car il y a encore 12 caporaux à partir avant moi; c’est moi le plus jeune je partirai donc le dernier, comme étant caporal je partirai avant ceux de ma classe, car chez nous ceux de ma classe ne compte partir que vers le mois d’avril.
J’ai reçu la lettre aussi de __ aussi lui, et comme j’ai vu au fond de sa lettre que tu t’ai juste trouvé alors il a pu te causer de la maison Pupa, il y a 9 vaches et ça marche, paraît le maître valet conduit le lait, elle sort le fumier, le vieux doit être content car il n’y a pas de commis et c’est tout en pré., le jardin est si joli c’est des vieux de ST Foy qui le font, bien sûr qu’ils sont mieux que nous, c’est tout en prairie, pas de terre en dehors, il m’a donné le bonjour de tous là bas je ne veux pas leur écrire, car Peyraud ne m’ont la dernière fois pas répondu et puis le vieux Pupa je ne lui écris plus, j’ai bien autre chose à penser, sans m’amuser à leur écrire.
Je n’ai toujours pas ce paquet que tu me dis de ma sœur.
Adieu et bien des choses à Alphonse et ta mère
Je t’embrasse ainsi que les petites
Ton J. Marie

Le 5-11-1915
Ma bien chère Louise et chères petites

Bien triste nuit que je viens de passer, comme je te le disais hier par une carte, que nous avons beaucoup de services; cette nuit il m’a fallu passer une nuit bien triste comme je te le dis ci-dessus, avec tous mes hommes nous avons passé cette nuit dans un bien mauvais poste et bien trop petit pour nous loger, et il a tombé toute la nuit de l’eau, il a fallu imaginer toutes sortes de moyens pour ne pas se laisser traverser jusqu’aux os, par bonheur que dans la journée j’avais installé un poêle, qui a pu pendant la nuit nous sécher à mesure; mais croyez que ce n’est pas drôle et de rester accroupi tant de nuits entières ce pauvre corps en souffre, et s’il faut encore passer un hiver entier dans un sort pareil je ne sais trop ce que l’on va devenir, mon poste était bien plus grand et on pouvait encore quelques uns à coucher mais ce nouveau commandant a obligé notre capitaine à se rapprocher de nous, et c’est le capitaine qui m’a pris mon meilleur gourbi; il ne rigole pas de se voir pousser un peu plus près de nous! Car il était un peu en arrière !
Quand tu retourneras à Neuville donne bien le bonjour à tous de ma part!
Je ne la connais pas cette Duvernay, mais parait et tous disent et aussi la subtile, elle en pince pour les amoureux.
Merci à Claudia de sa gentille carte et donne pour moi des bien gros mimis à ces petites.
J’ai été très content de la carte de Claudia surtout qu’elle écrit bien, recevez mes meilleurs baisers
J. Marie

le 10-11-1915

Bien chère Louise

Je viens de recevoir aujourd’hui, ton petit paquet en très bon état, comme nous nous sommes régalés avec Pierre avec ce beurre qui était si bon !
En même temps je reçois aujourd’hui cette lettre, que tu m’as tracée le 5 au soir, et terminée le 6 dans la matinée, par laquelle je vois ma chère Louise que la vie en ce moment pour toi n’a rien de bien souriant, car je vois par ta lettre que tu me fais comprendre que la vie avec ta mère se trouve dure, et que tu ne jouis pas avec elle de toutes tes aises!
C’est une chose qui me peine vraiment de voir tous les maux que nous souffrons ici, et encore que vous autres pourtant dans votre famille, êtes maltraitée par sa propre mère à un moment de la vie où tu es déjà si éprouvé par mon absence.
Pour ce que je t’ai demandé en outils ne m’envoie rien, je ferai bien avec ce que j’ai car tous ces outils je pourrais encore les perdre, à présent, tu m’enverras qu’un simple petit paquet par mois car les autres te coûtent trop cher.
Il fait bien mauvais temps ici, il fait froid et il neige, enfin tâche moyen de faire comme tu le pourras pour passer tout de même l’hiver là bas.
Adieu à demain et reçois ainsi que les petites mes plus doux baisers
Ton J Marie qui vous aime

le 19-11-1915

Ma bien chère Louise

Ce n’est pas sans plaisir que je reçois ta lettre tracée du 14, où je trouve un peu de joie c’est à certains passages où tu me retraces comme mes petites sont tapageuses, il se peut très bien, car elles ressemblent sûrement de parents pas très patients; car moi, je me souviens souvent que ma mère me disait quand je suis venu un peu grand, comme j’étais tapageur et comme je lui en faisais, je lui causais beaucoup de peine, car elle ne pouvait pas faire un pas au dehors qu’elle était sûr de me trouver en rentrant à grabotter dans le feu, juge si c’était une peine pour ma pauvre mère, à chaque fois c’était pan sur les fesses, mais il n’y a que l’âge qui m’ a dressé, et fait laisser cela de côté.
Parlons un peu de la situation, la neige tombe toujours, nos tranchées ont été déblayées mais à nouveau elles sont pleines, il fait mauvais dans ces abris, et beaucoup ne peuvent dans certains postes se ravitailler, il faut passer au dessus et les Boches nous envoient des marmites; je ne vois pas trop si nous pourrons tenir cette position cet hiver, s’il faut rester sûrement il y en a qui veulent geler des pieds.
Moi, ce que je trouve le plus dur, c’est d’avoir sans cesse les pieds mouillés, car on ne peut pas faire un pas sans avoir de neige plus haut que les genoux. Dans la plaine de Mulhouse, on voit à certains endroits qu’il n’y en a guère presque pas.
Enfin, comme je t’ai dit, si tu vas à Lyon tu regarderas le prix de ces jambières, car je les voudrais jusqu’au genoux, mais le cuir doit être mauvais et ils doivent vendre que de la camelote, tu les prendras en jaune ou noir, ça ne peut rien faire, c’est un peu cher, mais si c’est trop cher, laisse les, il y en a qui dise qu’on en vend 15 même 20 jusqu’à 30 tu me diras et la forme car ici la mode et la forme elles ont des courroies autour enfin tu verras bien, et n’achète pas si c’est trop comme je te dis, dis moi avant le prix.

Allons adieu et reçois mes plus doux baisers.
Ton petit J. Marie qui t’aime, avec Pierre nous achetons à Brevet une livre de beurre par semaine 2 f20 qui vient de Bourg. Je touche 4 f20 tous les dix jours et les hommes 50 sous; j’écris toujours mal sur mes genoux; j’ai toujours 30 francs.

le 24-11-1915

Ma bien chère Louise

En écrivant cette lettre aujourd’hui, je réponds à tes deux dernières lettres, dont la dernière est datée du 10, ce qui prouve que le service de poste marche un peu plus normalement que ces jours derniers.
Je vois par tes correspondances, que l’hiver aussi chez vous commence à se montrer quoique assez éloigné, la température dedans les bas fonds est égale à la terre d’Alsace, mais ce qui fait que nous autres nous sommes encore bien à la merci du mauvais temps, il faut se baser à cette grande altitude de 1203 mètres de hauteur ce qui fait que nous sommes plus sujets au mauvais brouillard et à certains moments les nuages roulent parmi nous.
C’est déjà une bien grande hauteur, et si chez vous en vous rendant compte par certains jours de hauteur vous pourriez juger que ce chiffre représente une grande hauteur.
Ces jours derniers nous avons eu beaucoup de neige, mais comme elle n’a pas continué à tomber, on a donc pu reprendre le service comme avant, mais pas sans peine, il a fallu en déblayer de cette neige, et si elle avait continué à tomber on se serait vu dans l’obligation d’abandonner avec un léger recul en position, mais à présent quoiqu’il y a encore passablement de la neige, le service marche comme avant.
Aujourd’hui, je suis avec mes hommes de corvée aux cuisines, car nous sortons hier soir de garde en avant, je serai assez tranquille aujourd’hui, il est 8 h les hommes coupent du bois, Pierre qui est toujours mon petit ami, et aime tant à être avec moi, viens me trouver, nous mangeons un petit casse croûte et comme les autres retournent au bois de crainte que ses camarades croient que je fais des préférences il va leur aider pour rester ami avec mes camarades, ne raconte pas trop à Lafond si tu vas le voir car il me dit qu’ il raconte guère à sa femme.
Adieu ma grosse chérie et reçois me plus doux mimis
Ton petit J Marie

J’ai dit à Lafond que tu vas le voir, il te donnera de mes nouvelles.
Il faut que je te dise comme hier j’ai pris un bon repas, nous étions comme je te le dis à la première page de ma lettre de garde un peu en avant, Revel était avec nous car nous étions assez nombreux, comme tu sais que nous sommes assez intimes lorsque je me trouve dans ce poste, je prends toujours mes repas avec lui, d’ailleurs ça me fait plaisir, car le menu est assez bon et puis le vin, la goutte, enfin ces jours que je me trouve de service à côté de lui, je ne souffre pas, mais hier de bon matin, un type du midi m’offre à déjeuner et avait reçu une anguille, jamais je n’en avait mangé, j’en ai fait un régal c’est très bon, après voilà mon Barbet qui vient me trouver tout après, Martin avait été en permission et il avait été voir sa femme à Montluel, et il avait apporté de chez la Barbet trois poulets rôtis et Barbet a toutefois voulu m’en donner un je ne voulais pas mais il a fallu que j’accepte un morceau de saucisson, il m’a offert du fromage fort et une bonne goutte de marc, alors hier Pierre Moiroux a pris part au poulet et à tout le reste, je l’ai porté au gourbi de Revel, alors tous les trois on a bien vécu, le soir Serve le sous-officier d’Ecully est venu aussi se refaire la bouche avec ce bon poulet, alors tu vois qu’il y a des moments qu’on oublie presque la guerre.
Les Boches doivent avoir froid, car hier à travers les sapins, on voyait sortir une fumée épaisse, Lafond est en permission, Revel voulait que je fasse le sergent à sa place, mais dans la section il y en a qui m’en aurait voulu, car ils sont plus anciens que moi, je lui ai refusé.
Avant le premier janvier, il faut que tous soient été en permission dernière circulaire.

Le 24-11-1915
Bien chère Louise

Par cette carte, reçois toujours les meilleures caresses de ton cher J. M. rien de nouveau à t’apprendre, j’espère aller peut être avant le 1er de l’an en permission car il faut que toutes les troupes soient parties avant 1916.
Adieu et reçois mes plus doux baisers, ne raconte pas trop à Lafond, laisse le dire.

Civrieux 11-12-1915

Cher Jean Marie
Merci de votre bonne carte, je suis bien contente de vous savoir en bonne santé. J’ai reçu aujourd’hui des nouvelles de Jean Marie, il va bien.
Ils sont dans la boue jusqu’aux oreilles, il est en Lorraine à Leintig Keillon leur secteur est très mauvais, ils ont eu des fortes attaques au mois d’Octobre, pour le moment, ils se battent à coup de grenades et de bombes.
Ici à la maison, nous allons tous bien, lorsque la cousine voudra venir, qu’elle ne se gêne pas, elle pourra coucher car la place ne manque pas.
Toute le famille t’envoie un affectueux bonjour et toutes nos amitiés

Bonjour Marie
Recto: Je voulais bien que tu m’achètes des jambières plus larges mais c’est encore des frais, et puis la forme n’était pas bien bonne, celles qui passent sous le pied, c’est trop lourd.
C’était donc suffisant deux savonnettes, du chocolat à 10 centimes, cacao, mais fais comme tu voudras je ne te trouverai rien à redire, deux petites limes plates une fine de grosseur, 10cm de long, épaisseur d’un couteau, à présent va le voir ou bien n’y va pas comme tu voudras, les jambières si elles venaient encore à ne pas aller.
C’est Pierre et son père et leur chien.

le 15-12-1915

Bien chère Louise

Encore quelques mots aujourd’hui, pour comme d’habitude, tu ne sois pas dans l’inquiétude sur ma situation, aujourd’hui l’air est un peu vif, mais il ne fait pas très froid, et on peut bien résister.
Je crois que mon affaire ne marche pas, car la demande de l’autre reste bien longtemps en route et je crois qu’il est bien probable qu’elle a été refusée ce serait donc pour plus tard, car si cette place devient vacante il est très probable qu’on me proposera.
Mais j’aimerai encore bien mieux rester comme je suis, et rentré dans mes foyers avec mon petit et même grade, que de coucher sans cesse dans une humidité pareille, car vraiment il n’y a plus de fin que de coucher toujours dans ces gourbis, et si cela dure on veut bien attraper des souvenirs pour le restant de nos jours !
Embrasse bien nos deux mignonnes et à toi aussi de gros baisers
Ton petit mari qui t’aime J. Marie

La Valbonne 15 12 1915

Chère belle sœur,
et chère tante,

M’attendez-vous encore moi qui vous avait promis ma visite sous peu ! Tout était près, j’avais convoqué les personnes que je voulais voir à Genay pour le 1er décembre, je devais partir le dernier novembre, je serai donc allée vous voir la première semaine de décembre mais . . . l’homme propose et Dieu dispose au lieu de partir, il a fallu me mettre au lit voici seulement deux jours que je me lève je vais mieux, mais ce n’est pas encore ça, j’avais pris une mauvaise bronchite, j’ai resté 10 jours sans fermer l’œil ni le jour, ni la nuit, j’espère que cela ira mieux maintenant, l’appétit est revenu.
Quant à mon voyage, il est repoussé et pour longtemps maintenant, car je ne sors pas facilement.
Pendant ces quinze jours, j’ai eu ma cousine Ranchon de Dagneux, que j’avais prévenue pour me remplacer pendant mon voyage, ainsi j’aurai été tranquille car elle est bien au courant de mon magasin, mais comme elle rentre en place lundi prochain, demoiselle de magasin à Lyon je ne puis donc plus compter sur elle. Enfin comptons sur la bonne Providence pour tout cela.
J’aime croire que chez vous tout le monde va bien, avez vous des nouvelles de J. Marie ? Compte-t-il bientôt venir en permission ? Il en aurait bien besoin de ces quelques jours de bon repos.
Donnez moi de ses nouvelles, vous me ferez plaisir maintenant si le temps vous dure qu’il vous plaise de venir passer quelques jours auprès de nous c’est à votre entière disposition.
En attendant vous lire recevez chère belle sœur et chère tante nos meilleurs amitiés et de bien grosses caresses à nos petites nièces
Votre belle sœur
C. Janin
le 18-12-1915

Ma chère Louise

Voici deux jours que je n’ai pas de tes nouvelles, mais enfin je ne suis pas en peine, car je sais très bien que tu ne m’oublies pas, et ce soir il est bien rare si je n’ai pas mes petits mots de toi.
Pas grand chose à te dire encore, aujourd’hui c’est toujours de même, mais il y a un peu moins de calme, ça cogne un peu plus que ces jours derniers, et de part et d’autre ils envoient de petits morceaux comme obus, car ça fait un bruit terrible comme éclatement, et à chaque coup cela nous fait une petite émotion. Cela n’a pas été à bout pour ce que je t’avais dit, du moment que l’autre n’est pas parti, mais à la compagnie guère savent que je devais le remplacer, car je tenais cette chose en réserve, à part les officiers et les sous officiers; ce sera donc pour une autre fois.
Comme je ne vois pas grand chose à te dire, je te quitte donc et reçois mes plus doux baisers en attendant de faire mieux pour cette permission, qui n’arrive jamais.
Des mimis aux petites Ton J. Marie

1er-1-1916 (lettre très abimée, d’où des manques)

Ma chère Louise

Quelques lignes ce matin, pour te tenir au courant de ma situation; toujours à peu près, ici la vie, vie de tranchée sans cesse; mais voici deux jours c’est un peu plus calme, et nous sommes un peu moins bombardés.
Cette nuit nous avons un peu fêté ce 1er jour de l’an, à minuit nous nous sommes donner une petite poignée de mains, ensuite Lafond avait reçu des saucissons et un poulet conserve c’était (…) pour chacun, car nous sommes 6 (…) un menu qui était un peu mieux, une orange un litre vin chacun enfin (…) au moins le dernier jour de l’année à la tranchée, et c’est bien tous ce que nous sommes souhaités.
Je suis toujours endommagé dans les organes de l’estomac. C’était un mauvais froid.
A présent si tu vas voir le type de belle femme, ne m’achète pas ces guêtres, et n’en parlons plus car il n’y a plus de neige, je n’ai pas reçu ton petit colis mais ne fais pas de grand frais, ce qui me ferait envie, ce serait, mais c’est cher, une poule bouillie, un petit saucisson, pastilles à la menthe, savonnette et mes petites limes.
Adieu (…) peut aller le trouver, cela me (…) cela le chargera assez. C’est pour (…) un peu à mes amis, car ils reçoivent beaucoup de choses, que je profite pour ces fêtes
Adieu, Pierre attend pour porter ma lettre.
Attends encore ma lettre de demain avant 9 h.
Allez si je vois autre chose, reçois mille baisers, à aussi les petites

J M

Vendredi 5-1-1916

Bien chère petite femme

Deux mots, je suis revenu avec deux sergents, un lieutenant, reconnaître les emplacements pour la Cie, nous revenons à cette ferme que je t’ai tant parlé; je vais voir Pierre Belton dans un instant il est en train de dîner.
Adieu, j’arrive, nous sommes sortis ce matin avant jour; à l’heure que j’écris midi, il y a bien de la neige.
Lafond est en permission.

Ton petit J. Marie

Samedi 29-1-1916 10 heures matin

Chère Louise

J’arrive de mener mes hommes en corvée de bois, à la cime d’une montagne de sapin, aussi cela nous a fait souffler pour gravir jusqu’au sommet, mais pour dégringoler cela allait bien mieux chaque homme a pu descendre un arbre, alors c’est donc de suite, en arrivant, que je me mets en écriture; cette fois, je puis donc t’assurer car j’ai vu l’état des hommes partant en permission mardi.
Comme caporal c’est donc bien moi, alors je me suis un peu renseigné; j’arriverai dans la soirée de mercredi et pas bien tard, nous partons de la gare de Vagnes à 7 h du soir, direction Epinal ensuite un express qui arrive à Villefranche à 4 h; à 4 h et demi je passerai de ce côté car cela m’avance; alors très probable je descendrai à Saint Germain au Mont d’or pour venir prendre à Neuville le tramway, alors entre 6 h et demi j’arriverai.
Adieu et dans l’attente de nous embrasser bien je te quitte, adieu ton J. M.

Hier soir, Claude Ray et Nicolas Belin, et un Prothy sont venus me voir, la femme de Tremblay est venue jusqu’à Epinal, mais elle n’a pu continué plus loin, obligée de faire demi tour, toujours pas de nouvelles des deux Josserand de Civrieux depuis le dernier combat à l’Armand.

Le 16-2-1916

Bien chère Louise

Je ne puis te dire le nom de l’endroit où nous sommes, mais toujours c’est le pire des pires, de la neige en abondance, cela nous donne du travail du matin au soir, et nous ne sommes pas à rien faire, il y en a pour tous.
Pierre Moiroux est toujours bien colère que ses permissions ne marchent plus, et si cela ne va pas plus vite, son tour est long à venir.
Le camp où nous sommes n’a pas été bombardé depuis le 18 janvier, ils avaient envoyé dans les 800 obus, mais il n’y a eu personne de toucher, ils ont réussi juste à casser une brouette, nous sommes donc toujours sous le feu, mais loin. Bien des choses à Alphonse ainsi que les petites, reçois mes meilleurs baisers.

Ton petit J. M.

Le 20-02-1915 (20-02-1916)

Bien chère petite femme

Je continue à t’envoyer quelques vues du pays que j’ai stationné en revenant de permission.
Aujourd’hui dimanche, nous sommes toujours dans le même patelin, mais demain il est plus que probable que nous prendrons une direction, mais pour savoir au juste nous ne savons pas encore où nous irons, toujours cela nous tromperait beaucoup si nous allons pas rejoindre les autres bataillons au Vieux _____A. les uns assurent de bonne source, que nous prendrons encore un repos de quinze jours, dans un patelin d’Alsace.
Le ciel est un peu plus pur aujourd’hui, que ces jours derniers, et quoique qu’il ne fait pas très froid et bien il y a un grand changement, que là haut sur cette montagne et nous avons un peu de soleil.
Il me semble que ce n’est pas la guerre d’entendre le … didon des cloches; ce matin je me suis levé un peu tard, j’étais comme un petit cochon enfoui dans un nid de paille, quel changement à côté des jours heureux passer auprès de toi dans un bon lit, et il me semble que je n’en ai pas assez profité.
Reçois ainsi que les petites les meilleurs baisers de ton J. Marie.

le 10-3-1916
Bien chère mère

Quelque mots pour vous tenir au courant de ma situation; toujours chère maman au même endroit, nous sommes à une bien petite distance des Boches, on s’entend parfaitement bien causer; mais pour l’instant nous n’avons pas trop à nous plaindre à côté de ces pauvres malheureux qui combattent aux portes de Verdun.
Mon Dieu quel carnage ! Que de pauvres familles seront encore plongées dans la douleur, que de veuves, que de pauvres orphelins !
Chez nous, il faut encore beaucoup de prudence, et encore, on n’arrive pas toujours; ainsi depuis que nous sommes ici, nous avons déjà des morts à déplorer; hier c’était le tour d’ un pauvre père de famille (père de trois enfants) il n’y a pas un remède pour le sauver, la balle ayant traversée le bras et était venue se loger dans la poitrine, d’autre la mort ne suis pas, mais les blessures en sont cruelles, enfin je ne continue pas sur ce sujet.
Et je veux vous causer aussi de l’absence de Louise; je reçois ses lettres assez régulièrement, ainsi hier je n’ai pu m’empêcher de rigoler, car elle me raconte comme sa petite vieille se maquille, comme je lui dis, elle a peut-être encore envie de plaire, de trouver des amoureux.
Allons, je vous quitte chère petite maman, et recevez les plus doux baisers de votre J. Marie qui vous aime.
Ps Des gros mimis à cette grosse Jeanne, ainsi qu’à ma petite Claudia, j’ai un petit colis que je vais envoyer à Louise il n’y a pas grand chose, un petit souvenir d’Alsace pour vous, et une bague pour Jeanne et Claudia; elles ne sont pas bien jolies, mais quand j’aurais ce qu’il me faut je leur en ferai chacune une dernière, mais quelque chose de gentil comme celle de la maman.
Vous aurez dû dimanche avoir la visite de Louise Adieu

 

le 3-avril 1916

Bien chère mère et mes chères petites

Quelques mots encore ce matin pour vous tenir au courant de ma situation, toujours au même endroit et pas trop mal, mais ce qui nous peine tous c’est de voir arriver ces beaux jours et toujours au même endroit.

Dans ce petit secteur c’est assez calme, mais il se joue tout de même de petites histoires depuis que nous sommes ici, je ne sais si je vous l’ai déjà racontée, nous avons eu un poste composé de neuf hommes enlevés par les Boches par une nuit très noire; les sentinelles n’ont pas tiré un seul coup de fusil pour avertir le poste c’est donc de ce fait, que tous ont été pris un lieutenant à côté est resté, il l’a passé à deux doigts; les Boches ne le savaient pas.

La semaine dernière, j’ai fait un prisonnier du 19ième bavarois; il nous a donné de bons renseignements, je reviens un peu en arrière, les types qui se sont laissés prendre aux Boches, sont des environs de Trévoux; les deux sentinelles, des environs de Bourg, sont déjà jugées à mort par le conseil de guerre de France, mais ils ne craignent rien puisqu’ils sont chez les Boches; voici, ils auraient du tirer pour avertir le poste et les postes voisins.

Hier la compagnie voisine à la nôtre, a eu cinq blessés parmi le nombre, un sous officier les deux pieds coupés par un obus, mais notre compagnie ils ne bombardent jamais; jamais nous n’avions été aussi bien, adieu chère petite maman et recevez ainsi que les petites mes plus douces amitiés.

Votre J. Marie qui vous aime, pouvez vous me lire je suis pressé car les lettres vont partir !

 

le 10-4-1916

Bien chère mère

Je viens de recevoir votre gentil colis et en bien bon état; aussi je vous en remercie beaucoup, j’ai également reçu des nouvelles de Louise où elle me raconte votre voyage à Lyon avec les petites.

Pas grand chose à vous apprendre toujours au même endroit, et pas trop mal; j’aime à croire que cette carte vous trouvera en bien bonne santé, dans l’attente de vous revoir, recevez chère mère ainsi que les petites, mes plus douces amitiés.

Votre J. M. qui vous aime Achard J. Marie

le 26-4-16

Bien chère mère et chères petites

Toujours au même endroit et assez en bonne santé, j’aime à croire que cette carte vous trouve aussi toutes de même en bonne santé, j’ai des nouvelles de Louise assez régulièrement, elle ne se plait je crois qu’à moitié, chez petite vieille, car comme je le comprends par ses lettres, elle est encore un peu maniaque cette bonne femme, comme il y a tant de bourgeois.
Nous sommes toujours assez bien dans cette position, et les Boches nous bombardent très peu, aussi nous aimerions autant passer notre guerre ici, que de toujours changer car il est probable que sous peu, nous irons pour très peu de jours, au repos, pour nous vacciner.
Dites moi si Jeanne apprend un peu et si Claudia aussi.
Adieu chère mère, et recevez ainsi que les petites mes amitiés, je vous embrasse.

J Marie

Bien des mimis à cette Jeannette et à ma petite Claudia

le 5 – midi 5-16

Bien chère Louise

J’ai hier soir, reçu tes nouvelles de Cailloux, où tu as été passer un moment à la foire à Neuville pendant que ta mère a été à la foire acheter son cochon.
Madame Serve dit qu’elle te voit de temps en temps, que tu es en bonne santé, on vient lever les lettres.
Je dois aller très probable d’ici deux jours, pour suivre des cours de sous officier; adieu ça presse on vient lever les lettres.
Je t’embrasse J. M
Je resterai un jour ou deux sans t’écrire.

le 7. 5 .1916

Ma bien chère petite femme
Depuis ma dernière lettre beaucoup de choses se sont passées, et ce matin je t’écris bien loin des lignes, d’une petite commune où demain, je te dirai le nom, toujours d’alsace mais je crois te l’avoir dit déjà c’est bien où il était dit que nous irions au repos.
Sorti dans la nuit, et très noire je te l’assure, 3 h sous bois à monter, oui 3 heures, Serve était à un pas devant moi, je ne le voyais pas et des mauvaises grosses pierres souvent il a fallu tomber, à l’aube arrivé, pas loin du ballon de Guebwiller, et à quelque cent mètres, des voitures nous attendaient pour prendre nos sacs, c’est ce qui nous a soulagé sans cela nombreux auraient été ceux qui n’auraient pu faire le voyage, enfin arrivé à 8h et demi ou 9 h du matin; depuis le soir à dix heures que nous étions sortis dans la nuit du 5 au 6, on parle de plus de 25 Km autant en montée qu’en descente; aussi de descendre cela m’a fatigué car j’avais un peu des grands ongles, j’en ai roté, aussi je n’avais pas mis de caleçon, mes pauvres cuisses était toutes rouges; nous sommes bien logés, le patelin est très gentil, et il y a de bien belles alsaciennes aussi tous ces vieux Poilus les regardent, et je te l’assure cela doit venir du pays car elles ont de ces croupes, de jolies petites __ je t’envoie un échantillon qu’ une vieille mère alsacienne a cueilli pour moi. Le train passe dans le village, les arbres sont tous en fleur et dans c’est tel que chez nous bien garni; il y a de jolis bétails, des troupeaux de chèvre, le vin pas mauvais mais 20 centimes le litre ça va vite, dans ce patelin on ne voit que des soldats et des jeunes avec des chevaux, qui seraient bien mieux que nous aux tranchées, enfin resté coucher le 6 jusqu’à 3 h aucun courage pas même de manger le corps trop brisé, à 3h Lafond me réveille, de prendre dans la Cie 4 hommes et les accompagner en corvée de bois, au retour ton petit colis qui nous a fait plaisir et le tout en bien bon état le saucisson très bon, le quart bien joli. Ce matin avec Pierre, nous allons déjeuner encore avec, nous achèterons un litre vin blanc, l’argent file, le fromage nous le goûterons aussi, nous sommes bien amis quand même avec Pierre nous avons couché ensemble, nous faisons vin aussi.

le 10 mercredi 16 (posté le 12-5-16)

Bien chère petite aimée

Pour une première journée de passée, et je t’assure que dans une journée ils nous en ont fait voir, ainsi le matin exercice à 5 h 30 jusqu’à 10 et encore théorie avant de manger la soupe, la théorie est des plus intéressantes. Pourquoi nous faisons la guerre, et quand on pense que la guerre va finir, ce que nous attendons, je te raconterai comment nous allons être victorieux et pour le sûr nous le serons, soir exercice de 1 h à 5 h on nous fait faire de l’alphabet morse, je m’en suis bien tiré hier soir mais ma fois ça barde je te l’assure, si on passe sous officier, ils veulent bien avant nous faire gagner les galons.
J’ai trouvé ici Pierre Mermet de Mionnay, nous avons été tous deux hier soir voir Tony Achard, c’est ce qui fait que ce matin je te gribouille encore, car je veux te faire partir de mes nouvelles aujourd’hui.
Alors ce soir, je vais rester car il y a beaucoup de choses à noter, je pourrai te faire aussi une grande lettre alors tu auras sans doute à rire, car aujourd’hui ils nous en ferons certainement voir.
Mais que je regrette donc de n’être pas plus instruit, car il y a en travers nous des têtes calées, enfin je fais de mon mieux ah ! Il ne faut pas que je me reproche la moindre des choses car je tiens et je veux parvenir.
Adieu un doux baiser mais l’argent file les uns pour les autres

Ton petit chéri

le 14-5.16

Ma bien chère Louise

Aujourd’hui dimanche, d’abord je te dirai que de suite ce matin je me suis mis en devoir de te tracer une petite carte lettre, et ce soir comme j’arrive, je trouve encore à te causer aussi j’arrive de faire une petite tournée jusque chez ma Cie car j’avais laissé du linge à laver, je suis donc parti de suite après la soupe de 10h 30, et il ne faut pas très longtemps, car je suis arrivé à midi, si je ne t’ai pas donné le nom du patelin où la Cie est en repos c’est que je crains qu’il y eusse des suites, les ordres sont tellement sévères qu’on craint toujours de faire mal en disant l’endroit où sont nos soldats; mais ces jours tu le sauras l’endroit où nos soldats prennent le repos ainsi que l’endroit où je suis les cours alors ce sera bien mieux que de le mettre sur une lettre.
Là j’ai aujourd’hui vu Ravaillé, il part en permission mercredi, alors tu le verras sans doute à Neuville, Lafond aussi par en permission, il m’a bien machinalement demandé si j’avais quelque chose à te faire passer, mais je voyais qu’il craignait que je le charge, je lui ai dit qu’il fallait bien te donner le bonjour, mais qu’il n’avait pas à se déranger, que j’avais très régulièrement de tes nouvelles; car vois tu la dernière fois il ne s’était pas dérangé pour aller chez toi, alors moi je ne veux pas faire un pas non plus, lorsque je retournerai, et puis après, ils ont toujours quelque chose à vous reprocher, enfin vas à Neuville, alors Ravaillé m’as dit qu’il te renseignerait bien, Lafond aussi; Lafond est bien gentil mais pour se déranger pour un autre jamais, d’ailleurs je le vois bien ici et il ne faut rien lui dire il repati tous.
J’ai vu aussi Camille, et pour bien le dire cause qu’ils sont sous officier ils ne prennent pas grand cas, ils veulent toujours avoir la meilleure raison, et puis au repos ils sont toujours tous ensemble, ils font leurs gros, suffit qu’ils ont un galon jaune.
C’est toujours Revel le plus chic, depuis que je suis les cours, j’ai bien un peu plus de bonne grâce.

Pierre Moiroux a été très content de me voir, ainsi que ceux de mon escouade, j’ai resté pas très longtemps, car je ne voulais pas rentrer de nuit.
Je suis revenu ici pour manger la soupe à 5 heures, et c’est dans ma grande chambre à coucher que je t’écris cette petite lettre, j’ai bien fait mon lit alors je vais me coucher à 7h30 pour reposer une bonne nuit, pour être dégourdi à l’examen.
J’ai ce soir reçu trois de tes lettres du 6, 9 et 11 le jour où tu as rentourné la tante au train; adieu ma chérie, et reçois les plus doux baisers de ton petit qui t’aime J.Marie
Ne charge en rien Lafond je n’ai besoin de rien, et Tony je n’ai plus de nouvelles ?

le 19-5-16

Bien chère Louise

Je n’ai pas eu aujourd’hui de tes nouvelles, seulement une petite carte de Jeanne de Vancia, ce sera donc pour demain; pas grand chose de nouveau à t’apprendre, nous faisons toujours beaucoup de services mais je me plais assez, et c’est si gai ce petit pays, je ne sais si chez vous il en est de même, mais nous avons un temps splendide du soleil, alors il fait une chaleur ! Nous faisons la plupart du temps l’exercice en chemise.
Demain, dimanche, si nous avons un temps aussi beau je veux me lever matin, je me mettrais en devoir de laver, ensuite je ferais une tournée dans le parc, car c’est gentil les arbres sont en fleur, ce sont tous de grands beaux arbres d’ornement, les massifs sont splendides, ce parc a au moins 10 hectares de pelouses, alors je passerai ma journée à faire des écritures et apprendre des leçons sous les arbres; je tâcherai bien de te tracer une grande lettre, adieu.
Reçois chère Louise, ainsi que les petites et la mémé, mes meilleurs baisers. Ton petit J. Marie
Je t’envoie une petite fleur d’aubergine; c’est après midi; demain je te dirai les engins que nous avons essayés.

Dimanche 21-5-1916 (l’entrée du château)( Tu me dis que je ne veux pas rempiler, je n’en sais encore rien)

Ma bien chère Louise

Aujourd’hui dimanche journée splendide, il fait un bien beau soleil, le ciel est sans nuage aussi je me suis levé de bien bonne heure et j’ai fait un gros lavage, à l’heure où je te trace cette petite carte 1h moins dix, est bien c’est déjà tout sec.
Comme j’ai passablement à écrire, je me suis placé dans un petit pavillon, et à mon aise et je t’assure que je n’ai pas froid; j’apprends que ma Cie doit remonter ces jours aux tranchées, jusqu’aux mêmes emplacements que nous sortons, je crois que moi je ne monterai pas avant d’avoir fini de suivre les cours.
Malgré que l’on se fatigue un peu dans la journée, je voudrai bien y rester tout le temps; d’abord nous ne sommes pas marmitons comme aux tranchées, et puis la nuit on dort tranquille.
Enfin, je ne sais encore combien nous resterons ici, on nous avait dit en arrivant que nous resterions 3 semaines, je crois que je pourrai arriver à passer sous-officier, mais probable qu’il n’y aura pas de la place de suite pour mon compte, je voudrais bien passer car cela voudrait m’avancer un gros coup pour aller en permission, car c’est Lafond le plus jeune et il vient de partir; quand je rentrerai à la Cie je saurai bien vite s’il y a une place à moins qu’on nous envoie encore du dépôt des vieux sous-off.
Je te quitte adieu et reçois mes plus douces caresses ainsi que les petites.

le 28 dimanche 5-16

Bien chère petite

Tes lettres m’arrivent assez bien, aujourd’hui je reçois celle que tu me traces le 24, et je trouve ce petit billet de cinq francs, par cette présente je vois que tu n’ai pas à rien faire, avec ces foins certainement, je comprends que tu ne dois guère être faite surtout lorsque l’on devient de la ville.
J’ai aujourd’hui reçu des nouvelles de Guillot, il conduit une voiture auto dans un endroit que ça chauffe, mais il se trouve assez bien, il fait de bien bonnes parties de cartes.
Pour moi, mon séjour se tire, je dois en sortir vendredi, ce n’est pas ce qui me fait le plus plaisir, car je me trouve bien mieux qu’aux tranchées, malgré qu’il ne faut pas rester endormi, alors tu m’adresseras mes lettres à la Cie à la même adresse qu’avant, secteur 190, autrement elles auraient du retard car elles viendraient toutes à la Division.
Aujourd’hui, je n’ai même guère du temps devant moi, j’ai demandé une permission pour aller à Urbès pour chercher mon linge, que j’avais fait laver quand j’ai quitté la Cie, je vais y aller par le train ensuite je reviendrai de suite, car je veux écrire, relever certaines choses, adieu mille doux baisers
Ton petit qui t’aime.
Bien des mimis aux petites et à la mémé en attendant de faire mieux (adieu) à demain

le 11-6-16
Bien chère petite femme,

Ce matin, je me mets en devoir de te tracer cette petite lettre, quoique hier je n’ai rien reçu de chez toi; mais je devine que tu n’as guère eu de temps car comme je le vois par ta présente, tu voulais aller à Oullins ensuite au camp de la Valbonne; j’aime à croire que tu auras déjà fait tout ces petits trajets lorsque cette petite missive te parviendra, et satisfaite de ce voyage à la Valbonne.
Aujourd’hui, lundi de Pentecôte, triste journée et combien déjà avons passé de semblables jours; hier la journée a été pluvieuse et aujourd’hui il en est de même; c’est bien ce qui est le plus dur pour nous ces temps de pluie si nous avions seulement un beau soleil au lieu de grelotter en plein mois de juin, et puis toujours les pieds humides; hier j’ai eu un mal de tête épouvantable, mais ce matin tout va bien.
Cette nuit juste 11h15, j’étais à veiller lorsque soudain, à 50 mètres de mon poste j’entends éclater 4 grenades, je sors vite dehors pour me rendre compte de ce qui se passait, la sentinelle me dit c’est vers le poste à côté, comme une trombe je rentre à la souricière, Lafond dormait et beaucoup d’autres; alors je crie debout, debout les amis, vite, vite aux créneaux voici les Boches !
Le capitaine nous faisait déjà des appels au téléphone pour savoir, et de suite, nous avons été averti que c’était Mrs les Boches qui étaient venus pour enlever le poste; alors ils avaient déjà envoyé les 4 grenades sur les sentinelles, qui heureusement n’ont eu aucun mal et ils ont été repoussés de suite, par des coups de fusils.
Mais tu vois cette vie tout de même ! Moi j’ai resté avec ma petite poignée d’hommes presque jusqu’au jour, deux grenades dans ma poche et autant dans les mains, dans un petit poste des plus avancés à aller, venir, surveiller et encourager les plus froussards qu’il n’y avait rien à craindre.
Enfin, cette vie finira peut être bien des fois plus vite que l’on ne croit, car les Russes marchent assez bien, nous avons bien perdu le fort de Vaux, mais que veux tu, ce n’est encore pour les Boches une bien grande importance; quand j’étais au cours, le Capitaine nous a assez dit que nous serons victorieux car à présent nous sommes bien supérieur aux Boches comme hommes et armement.
Moi ce qui me tourmente le plus à présent, c’est d’aller en permission, et je ne voudrais pas que les Boches me capturent et, puis ces pauvres prisonniers qui ne sont guère bien, ainsi celui de Trévoux demande 6 a 8 livres de pain par semaine, c’est des pauvres martyrs par là-bas, ils sont en Wesphalie. Et toi, ma chère petite poule, penses tu as être heureuse de me revoir, de m’embrasser, ce matin tu me ferai bien de gros mimis car je me suis bien nettoyé, bien rasé, cette mauvaise graine les P… (poux) ne peuvent pas s’accrocher à moi, mais combien ici en sont pas de même, et ils en ont, dis moi si chez vous il pleut tous les jours, s’il en est de même ce ne doit être guère commode pour faire les foins. Ce matin, j’ai mon Bonhomme, ce camarade de la rue des belles femmes, qui part en permission il est venu me trouver si j’avais à te faire emporter quelque chose ou bien, si tu avais de ne pas te gêner.
Mais je l’ai bien remercié, car c’est tellement loin, alors je trouve que c’est un peu gênant. Oh ! Il est bien gentil ce type ! Serve ne me parle plus, si vous vous voyez avec sa femme quand j’irai en permission, je tâcherais bien de la voir au marché; si tu te souviens combien de temps Bonhomme au dernier tour était parti avant moi, car ça marche toujours de même, alors tu pourrais voir quand, mon tour va arriver; je n’ai pas de nouvelles à Tony, et tu ne m’en parles jamais il n’est pas mort.
Allons adieu; et comme chaque jour je te dis et redis toujours la même chose, que mes plus doux baisers sont pour toi et les petites, alors si je m’oublie un jour, il n’y a pas a y prendre attention, adieu que le temps me dure de te revoir chère Louise, j’espère que nous ferons bon ménage, et que nous nous disputerons pas.

Le 27-6-1916 Campagnes 14.15.16

Ma chère petite rose

J’ai bien reçu avec plaisir le jour de ma fête, ton aimable petite carte aussi ma chère petite Claudia, je t’envoie toutes mes amitiés en attendant le jour de ma permission, où je pourrais t’embrasser bien fort, ainsi que ta Jeannette.
Si toutefois il n’y a aucun changement dans le rang d’ordre des permissions, je partirais le 22-7 du mois prochain.
Reçois mes plus douces amitiés
Je t’embrasse bien fort, des mimis pour moi à la maman et à la mémé.

Ton papa qui t’aime Achard J Marie

le 27-6-16 Campagnes 14-15-16

Bien chère mère

Je vous envoie par cette simple carte toutes mes meilleures amitiés, j’espère que vous êtes toujours en très bonne santé ainsi que ma petite famille.
J’irai en permission courant juillet, mais pas encore pour de bon, car cette terrible guerre se continue toujours plus que jamais avec rage; donc si vous avez quelques travaux de pénibles, vous pourrez me les réserver, je me ferai toujours un plaisir de vous être utile pendant ces quelques jours.
Recevez bien chère mémé toutes mes sincères amitiés.
Je vous embrasse. Votre J M qui vous aime

Achard J Marie

Mardi 11-7-16

Ma chère Louise

Toujours en bien bonne santé, je compte les jours où bientôt nous aurons la joie de nous revoir; toujours rien de changer, et je compte pour lundi prochain, je n’ai pas eu aujourd’hui de tes nouvelles.
Aujourd’hui j’ai passé une petite journée avec six hommes à faire des travaux d’agrément chez le commandant, et demain je retourne, et demain soir ce sera certainement joli, il ne me grogne plus comme la semaine dernière.
Au revoir, et reçois de bien doux et gros baisers, ton petit J Marie qui t’aime

J Marie

Attention de ne pas faire le lit trop doux, car je serai forcé d’en faire autant.
Je me fais toujours soigner deux fois par jour mon doigt, mais ce ne sera pas grave seulement l’ongle va tomber.

Le 13-7-16 Campagnes 14-15-16 …..

Bien chère petite

Ne sois pas en peine ma chère petite du retard apporté dans mes correspondances, je suis toujours au même endroit et assez en bonne santé, et pas exposé du tout, car le canon tire très peu, c’est bien calme je te l’assure, tout de même, je suis un peu surpris que tu sois restée 4 jours sans avoir reçu de mes nouvelles. C’est une chose qui m’étonne fort, car il n’est pas possible que je sois resté si longtemps sans écrire.
Mon doigt que je t’avais parlé va bien mieux, et je ne ressentirai pas mes douleurs bien longtemps, hier le docteur m’a fait une petite opération avec le bistouri, il y a sorti du sang décomposé et noir cela m’a fait frémir depuis la tête jusqu’aux talons, j’ai presque pris mal au cœur, mais de suite ça a mieux été et aujourd’hui, je vais bien mieux.
Comme je compte toujours pour lundi, il sera certainement bien mieux ce doigt, mais mon pauvre ongle, je peux lui dire adieu.
Aujourd’hui, je continue mon petit travail délicat, je fais à mon idée de la mosaïculture.
Devant le gourbi du commandant, j’occupe quatre hommes, je dirige ce petit travail qui est très bien je te l’assure et qui fera honneur à la 6 è C ie .
En très peu de mots, je veux te faire une petite idée de ce travail d’art, d’ailleurs je vais te faire le croquis.
Je n’ai pas le temps, les lettres partent, adieu, adieu et mille gros baisers
Ton petit chéri J M
Cette nuit j’ai fait la bamboula avec Revel et d’autres, Lombard.
J’aurai peut -être juste pour me rentourner, il me reste dix francs, et je vais bien doucement ___ ___ j’ai rien ce jour avec mon prêt, ça fera 15 j’en aurai assez, ne m’envoie rien, tu n’en as pas le temps, ça n’arriverait pas avant que je parte.

Le dimanche 16 juillet 1916

Bien chère Louise

Je t’envoie une petite vue d’un petit pays de montagne, où tant de fois j’ai gambadé lorsque j’étais au cours !
Je pars demain, toujours à la même heure que je t’avais dit, j’arriverai le 19 par le train de Bourg qui doit arriver aux Echets je crois entre 7 et 8 heures du soir.
Je passe par Bourg, cause que j’ai quelques petits colis à emporter, si toute fois je venais à manquer le train je rentrerai le matin par le premier.
J’ai reçu bien le colis de ma sœur qui m’a fait plaisir.
Je t’embrasse, ton mari Achard J Marie
Nous mangeons avec Revel le saucisson de la Valbonne, je garde quelques petites choses pour faire le parcours jusqu’au train qui est de 26 Km, là-bas, je m’achèterai des œufs durs et du vin, si j’étais sûr de mon affaire, je te dirais de venir m’attendre aux Echets, pourtant je le crois.

le 16 dimanche (16-07-1916)

Bien chère mère

Comme je vous le disais que ma permission était finie pour le lundi 17, et bien il n’y a toujours rien de changer, et demain je me mettrai en route, j’arriverai le 19 au soir.
Ces jours, je m’étais beaucoup fait mal à un doigt, seulement comme je tenais à guérir avant de partir, je me suis donc fait soigner sérieusement, et je puis vous dire que je suis presque complètement guéri et que je pourrai vous aider si vous m’avez réservé du travail.
Aujourd’hui les avions de tous côtés, il fait bien beau temps.

Je vous quitte et recevez mes amitiés votre J Marie

le 31 Lundi -16

Bien chère Louise

Me voici à la tranchée
Comme tu as dû le voir par mes précédentes lettres, que j’ai fait très bon voyage; oui, sorti de Bourg à 9h33 express jusqu’à Besançon, à 2h 44 sorti de Besançon pour Bussang, j’ai pu casser une croûte et acheter un litre de vin blanc, ensuite pas de dérangement jusqu’à Bussang nous sommes arrivés à 4h moins 10, mais j’ai eu chaud dans ce train, nous avons cassé une croûte à Bussang, et après je suis été trouver Bernin, nous avons cassé encore une croûte au vin blanc, causé beaucoup, je te l’assure, et je suis rentré à Ranspach en voiture; les autos étaient parties pendant que j’étais chez Bernin, mais tout de même à 9h30 j’étais à Ranspach, j’ai fait monté les colis au Capitaine, à Serve et Lafond avec un pli pour le capitaine que j’étais fatigué, que je monterai le soir ou le lendemain au petit jour.
J’ai donc couché à Ranspach, le lit était guère doux à 5 h du matin départ, ça a été pénible pour monter, sommes arrivés à 11h, bonne poignée de main du capitaine, je lui ai dit que j’avais goûté son bon vin blanc, enfin tout a été pour le mieux.
J’ai donné un poulet à mon escouade, et l‘autre avec Revel Serve et Pierre Moiroux, il n’était pas gâté du tout est très bon, Lafond est à cette ferme, je dîne encore avec Revel, ce soir j’irai les trouver à cette ferme, mais c’est durement mauvais ici, je te l‘assure.
Deux mille gros baisers ma petite chérie ton J. M.
Un gros bonjour de Serve, Revel, Pierre.
Des baisers aux petites et à la mémé à demain.
Il fait du soleil et très chaud, j’ai envoyé une carte à mon Capitaine. C’était de la bonne blanche dans cette petite bouteille.

Le 3-8-16

Toujours très calme ici dans notre position, il semble vraiment que ce n’est pas la guerre, seulement on trouve les journées très grandes, et il fait une chaleur à ne savoir où se mettre, moi je suis comme les mauvaises bêtes je crains la chaleur, tu peux le croire !
Hier je te disais que j’avais des coliques mais cela n’a rien été, et aujourd’hui je vais bien mieux je suis comme avant, c’est à dire dans mon état normal; je ne dépense guère d’argent environ 4 sous par jour, aujourd’hui après avoir touché mon prêt, il me reste 50 francs, et puis le menu est assez bon, haricot et rôti il ne faut pas demander mieux.
Je ne vois pas grand chose à t’apprendre, cela se dit que le bataillon a été dans la Somme, on ne sait rien d’autre.
Je n’ai pas eu aujourd’hui, de tes nouvelles, mais je sais que tu ne peux m’écrire tous les jours, je sais que tu as du travail, et que tu ne perds pas ton temps.
Au revoir, à demain, et reçois encore un bien doux baiser ainsi que les petites.

Ton petit J Marie qui t’aime Achard J Marie

Le 4 vendredi- 8-16

Je continue ma petite lettre la nuit a été très calme, c’est toujours de même les Boches ne nous tirent pas; si ça continue il n’y a pas mieux, ce matin je suis été relevé de ma ferme par Serve, et nous venons à 150 mètres en arrière, nous ferons ici pour cinq jours le ravitaillement chez ceux qui nous ont remplacés.
Le ciel est ce matin encore très beau, et ce sera encore une journée chaude car ma fois ça chauffe dans la journée; cela se parle que les autres vont partir pour la direction de St Dié, nous ne savons pas au juste.
Adieu encore des gros mimis sur tes si douces petites lèvres.
Ton petit qui t’aime J Marie

Cailloux 5 août 1916

Bien cher petit ami

Chaque jour j’ai la douce joie d’avoir de tes chères nouvelles. J’aime à croire que tu reçois aussi des miennes; ce matin j’ai ta carte du 1er mais ce changement que tu m’annonces ne me dit rien qui vaille, espérons pourtant que l’on ne vous place pas plus mal.
Ce matin, j’ai reçu une petite lettre de Jeanne de Vancia, me demandant ton adresse, écris leur si tu changes. Benoît est dans la Somme.
Tu me fais rire avec ton ongle, que tu ne trouves pas bel.
Hier, nous avons rentré le blé avec Tienne, il n’a fait que grogner, le chemin était vilain, la terre sale, je ne savais pas faire les voyages, enfin rien n’était bien; il aurait besoin de 6 mois de front.
Nous n’abondons pas de faire manger le pré, on a fauché le reste pour sécher.
Au revoir tout le monde va bien, et on t’embrasse tendrement.
Ta petite famille qui t’aime Louise

Le 7-8-16

Bien chère Louise

Toujours en très bonne santé ma chère Louise, et rien de nouveau à t’apprendre, même vie, et mêmes services que par mes précédentes lettres; nous avons toujours un temps splendide, un beau soleil chaque jour, donc tu n’as pas à être en peine sur ma situation.
Hier je n’ai pas eu de vos nouvelles, mais je prends encore bien patience un jour, car je sais que tu as tellement de travail en ce moment; très calme dans ce petit coin.
Adieu et reçois mes meilleures amitiés ainsi que nos petites mignonnes et la mémé, le bonjour à tes ___.

Je t’embrasse J Marie

le 10-8-16

Ma chère petite femme

Ce soir 8 heures, je réponds à ta chère petite missive d’aujourd’hui, qui est en date du 7, où tu me racontes toujours si bien toutes tes occupations de chaque jour, ce qui me fait tant plaisir; ce jour tu arrives de faire paître la vache noire, la mère serait à Mionnay avec les Desplanches, que Claudia envie toujours d’aller à la Valbonne, aussi que la petite Jeanne est toujours aussi intime avec la petite Marie, il me semble que je suis auprès de toi, et ma pensée plus d’une fois s’envole vers vous mes chers petits êtres biens aimés.
Ce soir, vois tu ma chérie, je suis encore tout chagrin du départ de mon petit Pierre, il vient de sortir d’ici avec ce bon camarade Lachard, ils nous ont fait leurs adieux les pauvres, et tous nous sommes très émus te dirai-je de les voir partir; d’être ainsi séparé pour toujours, ah ! C’est trop, tout après deux années de guerre de se voir ainsi séparés, enfin nous sommes bien résignés à tout et toujours c’est de pire en pire.
Longtemps, je les aurais dans mes yeux, ces chers amis. Pierre, ici à la Cie était comme tambour, il n’avait pas de fusil, son arme était le revolver, et aujourd’hui on lui a fait rendre tambour et revolver, pour prendre un équipement de combattant, c’est à dire fusil, baïonnette et cartouchières.
La journée d’aujourd’hui n’a en rien de bien agréable, nous avons été bombardé, et je t’assure que les éclats, les pierres, voltigeaient autour de nous, ma fois, je suis encore pour quelques jours dans ce poste, après nous serons peut-être un peu moins à la merci des balles et des obus, enfin il ne faut pas se plaindre car ici ce n’est rien, ce n’est qu’un échantillon, à côté, à comparer de tant de nos frères, qui luttent à l’arme blanche en face des boches.
Ce matin 11, je continue ma lettre, Pierre doit être parti ce matin, vers les 4h et demi, avec son ami Lachard, d’un côté nous sommes encore contents que le sort a voulu qu’ils soient ensemble, car c’est deux gamins tu peux croire qui étaient amis, hier ils semblaient des conscrits avec leurs bérets ici dans la tranchée, sans équipement, comme des débinés ils ne parlaient que de boire; mais je crois qu’il n’y aurait pas fait bon que des officiers fassent des observations, mais personne ici ne regarde d’un bon œil de nous faire partir ainsi, car depuis si longtemps que nous tenons les tranchées.
Pierre me disait bien, mais dis moi donc comment il faut que je le dise à ma femme, il a du la prévenir à moitié hier, lui donner un éveil, et ce matin donc cette triste nouvelle qui a du partir; ils doivent reformer un régiment qui vient de V… il doit être en repos dans la vallée, je les ai bien encouragés avec espoir de nous revoir, et que demain ce sera peut-être à mon tour (qui c’est ?)
Cette lettre, ma chérie n’a rien de bien agréable pour toi qui a déjà tant de misère, et au contraire je devrais te cacher, t’encourager, je fais mal peut-être, mais pardonne moi car j’aime à tout te dire comme si j’étais auprès de toi. Allons, au revoir et je t’envoie toujours un bien doux baiser sur ta gentille petite bouche de ceux qu’on savourait si … délicieusement dans ton petit bon lit adieu je t’aime Ton …

La Valbonne 11 août 1916

Mon cher frère

Ce matin, nous recevons ton petit mot, nous rassurant sur ta situation, cela fait plaisir de voir que cela ne va pas trop mal; c’est avec plaisir que l’on songe à l’agréable moment passé ensemble.
Hier, j’étais à Jonage, avec Nénette, nous avons fait une vingtaine de Km en bécane, quelle agréable journée ! Nous avons vu la cousine Chauvet.
Je pense avoir ta petite Claudia un de ces jours, elle restera quelques temps, Nénette se réjouit et moi aussi, car elle songera moins à courir ayant sa petite cousine; elle me dit qu’il faudra lui mettre un tablier comme le sien, et les peigner de même, cela semblera deux sœurs, elle m’amuse.
Je pense que tu termineras le petit travail commencé sans l’aide de Pierre; tu lui donneras tout de même un amical bonjour de ma part.

Ta sœur C. Janin

Dimanche 12-8-16

Bien chère petite femme

Cependant voici trois jours d’écouler, sans recevoir de tes bonnes nouvelles, Serve en est presque de même, il doit y avoir quelque chose d’anormal dans le service des lettres. Encore une nuit à passer, ici dans ce gourbi, et ensuite je crois que nous serons un peu mieux, car demain nous reprenons un peu en arrière, les mêmes emplacements que quand je suis été en permission, je retournerai peut-être faire des travaux vers mon lac, nous devons y aller pour 30 jours.
A l’heure où je te trace cette petite lettre … 7 heures soir. La journée a été très … les Boches doivent sans doute avoir fait leur devoir religieux, car ils ont laissé les hommes tranquilles, à partir de midi nous avons eu une pluie très fine qui se continue encore à l’heure où je trace cette petite lettre.
Quoi de nouveau à t’apprendre, je ne sais pas grand-chose, comme vous, nous avons le journal qui nous donne des nouvelles assez intéressantes sur la situation présente: les Italiens marchent assez bien les Russes enfoncent les Autrichiens, ici tous croient que la guerre se terminera avant octobre, si au moins c’était possible d’en finir quelle joie, enfin je n’ai guère confiance moi je dis pour décembre et que ..
J’aime à croire que tu es toujours en bonne santé, ainsi que les petites, et que tu fais toujours ton possible pour t’entendre avec la mère jusqu’à mon retour, dis moi si je suis été gentil pendant cette permission je le crois, car les petites affaires doivent être revenues. Ma fois, pour mon argent, je ferai bien mon possible pour en avoir pour 3 mois, mais tous les jours il faut prendre, ainsi ce soir je donne 14 sous, un jour déjà autant pour mon lavage, un peu de vin, du papier à lettre, enfin j’ai encore 40 francs et dans 3 jours je touche le prêt. Enfin, je ne vois pas autre à te dire que de continuer à m’aimer comme pendant cette permission.
Je t’embrasse J. Marie

le 14 veille du 15-8-16 1 heure après midi

Ma chère petite femme bien aimée

Ce matin, nous avons été relevé tel que je te le disais par ma dernière lettre d’hier, et la relève s’est faite dans de très bonnes conditions, les Boches nous ont pas aperçus, sans cela il y aurait bien eu un petit canardement, alors de suite sac au dos nous sommes partis sans aucune encombre, à l’endroit indiqué pour être pendant 30 jours de réserve, j’occupe les mêmes emplacements, que lorsque je suis été en permission, c’est à dire auprès du poste de commandement, de suite arrivé je me suis occupé de prendre les consignes; l’adjudant me fait prendre des couvertures, une pour chaque homme, alors comme nous en avons déjà une, et une toile de tente, nous n’aurons au moins pas froid la nuit; à 11 h et demi, je reçois un petit bout de note que le travail est toujours comme auparavant, et qu’à midi et demi, je partirai avec une petite carrée de six hommes faire des piquets vers le lac, enfin que chaque fois, il faut que mes hommes soient au travail à 1 heure, je t’assure que cela m’a fait plaisir.
C’est donc à mon chantier de piquets que je trace cette petite lettre qui assurément te fera plaisir, mes hommes sifflent, fredonnent quelques petites chansons composées depuis la guerre, au moins c’est la vie au grand air et on se sent le cœur un peu plus à l’aise qu’au créneau de la tranchée, et ici je pourrais fumer quelques bonnes pipes en attendant ce que l’avenir me réserve, peut-être des jours meilleurs, la fin de la guerre, enfin si nous pouvons rester ces 30 jours ce sera toujours autant de passer comme nous disions vulgairement ici.
Ce matin, Revel reçoit une première lettre de Pierre Moiroux et de Lachard, ils sont au 348ème de réserve 23ème Cie secteur 99, là bas où il y avait les chiens, en ce moment ils sont comme nous un petit peu en arrière, et d’ici quelques jours ils prendront les tranchées, par une heureuse chance ils sont tous les deux à la même escouade, mais aussi ils ne sont guère contents car ils devaient chez nous sous peu aller en permission, et là bas ils disent qu’ils ne partiront pas avant au moins 55 jours.

Mes deux en remplacement de Pierre et de Lachard sont très gentils pour le moment, mais ma fois ils en ont vu de terribles à Verdun, ah ! C’est affreux de les entendre raconter ces tristes choses qui se passent là bas. C’est un vrai carnage.
Tout de même, dis moi si tu m’oublies, ou bien si des fois tu ne serais pas en route pour venir me voir. C’est donc le quatrième jour aujourd’hui que je ne reçois rien; si demain je n’ai rien attention aux gros mots.
Allons, je te quitte en t’envoyant une bien douce caresse ma chère petite amie, et de gros baisers sur tes jolies petites lèvres roses, bien des baisers aux mignonnes
Je te quitte, adieu, à demain, je te dirai comme j’ai bien dormi.

J. Marie
Je décachette ma lettre ce matin, car je reçois deux de tes lettres celles du 8 et du 10, alors Jeanne ne veut pas venir garder les rats.
J’ai bien dormi cette nuit.

Le 18-8-16

Bien chère petite amie

Ce matin, comme chaque jour, je me mets en devoir de tracer ma petite lettre; hier je n’ai rien reçu; je croyais recevoir une bonne lettre qui me rassure sur le sort d’Alphonse enfin peut-être aujourd’hui tu m’apporteras de bonnes nouvelles.
Ce matin il tombe de l’eau, nous avions été au travail mais j’ai fait rentrer mes hommes il faisait très mauvais, pour faire quelque chose dehors.
J’ai des nouvelles de Jacques, il est à Dôle en bonne voie de guérison, sa femme a du aller le voir, ce n’était pas si grave que tous croyaient, il avait plus de dix blessures, il a écrit ici à laquelle qu’on lui extrait toujours des éclats mais que c’est plus dur de les sortir que quand ils rentrent, il vient d’être décoré de la Croix de guerre, le capitaine va mieux il a été lui décoré de la Légion d’honneur.
A la ferme où j’étais, un obus a englouti de la terre de 1 mètre 50, un type de Trévoux je sais qu’il a été bien serré voilà, et qu’il a été de suite été évacué d’ici, et un autre, une toute petite blessure.
Ah ! C’est toujours la misère. Je vois Neyraux tous les jours
Adieu à demain, je t’embrasse bien fort ainsi que ma Jeanne et la mémé. J’ai les doigts glacés.

le 19-8-16

Bien chère petite femme

Il est 2 heures de l’après midi, je suis déjà en chantier avec ma petite carrée pour l’entretien de ce chemin, et je t’assure que je ne sais comment le ranger, il y a de la boue mon Dieu, et à chaque fois que les mulets passent ils font de ces trous, alors je fais casser des cailloux, et je les fais immédiatement mettre dans les endroits les plus défectueux; après avoir laissé cette lettre 5 heures en panne je continue donc, car je viens de voire Forest et un camarade m’apporte de tes nouvelles. Forest est toujours à la bonne place, planton du colonel, il ne sait pas ce que je sais que la guerre, nous avons bavardé un bon moment, je suis même été l’accompagner quelques pas, même encore assez loin il m’aurait je crois mener jusque chez le colon si j’avais voulu le croire, mais comme ça grimpe à travers ces sapins, je lui ai serré la main en lui souhaitant bonne chance, il part en permission ces jours, il ira bien à Neuville, à Civrieux, mais je n’avais rien à lui faire dire, pas plus à Civrieux, qu’à Neuville.
Allons, je viens de lire ta bonne lettre, ce qui me donne un peu plus de joie, car je vois que vous avez tout de même eu des nouvelles d’Alphonse, il est heureux comme un prince là-bas, et vous laisser dans une inquiétude pareille, il mérite vraiment d’être sérieusement grondé. J’écrirai bien une lettre à ma sœur, ou à Claudia ces jours. Catherine doit bien être contente d’avoir aussi sa tante, c’était la plus malheureuse, et à présent la voilà qui recueille toute sa famille, allons je vais te quitter car je ne vois pas bien autre à te dire aujourd’hui.
Je n’ai pas encore pu arriver à faire ces bagues, que je suis donc fâché d’avoir laisser ces pinces, si tu m’envoies un jour quelques fromages, tu les mettras dedans je les ferais toujours rentourner. Ainsi que la petite mémé mes amitiés. Je vous embrasse J. Marie
Je me souviens, tu me faisais des reproches, mais je m’aperçois que tu fais pas mal des pattes de mouche ça vient de la plume, je sais que tu vas me dire.

Cailloux 23 août 1916

Mon bien cher petit homme

Toujours en bonne santé et toujours de tes bonnes nouvelles;
je désire que ma carte te trouve de même, je ne te causerai pas longtemps aujourd’hui car je veux te préparer un colis, il fait bien beau alors je travaille.
Reçois mes plus doux baisers
Louise

le 26-8-16

Ma chère petite amie

En traçant cette petite lettre, je réponds à ta correspondance d’hier, je répondrai aussi à Pierre Moiroux qui me donne de ses nouvelles qui sont assez bonnes, Dérognay aussi, je ne sais quelle idée il a de m’écrire cause qu’il vient de s’embusquer car il me dit qu’il est à Lyon, il apprend à conduire les autos, enfin moi pour le moment tout va bien, ici en réserve on ne travaille guère, et puis on peut dormir la nuit jusqu’au jour à son aise, qu’on deviendrait presque cossard, encore une 15 de jours à passer après nous retournerons à la tranchée, c’est toujours bien calme à part par instant quelques coups de canon, mais il ne faut pas chercher mieux, hier, il y a bien eu un peu de grabuge à la Cie mais il ne faut pas te baser la dessus et croire que nous sommes bien mal placés et te faire de l’ennui autrement je ne te dirais plus rien, qu’est ce que tu veux c’est forcé que de temps à autre, il y ait aussi quelque chose.
Il y a eu 4 blessés encore assez gravement, trois dont bras traversés, un autre Martin de Margnolas que tu connais, mais lui il peut remercier son casque qui a été enfoncé, et l’éclat lui a fait une blessure à la tête, je suis allé le voir et une petite blessure à une main, mais d’après les infirmiers c’est lui qui a le moins mal, Martin a été courageux tout en étant blessé, c’est lui qui a donné les premiers soins à ses camarades avec son couteau il a tout fendu les manches des vêtements, trois autres ont eu des petites égratignures, les blessés ont été évacués hier à dos de mulet.
En ce moment, je suis au travail alors c’est en surveillant que je trace cette petite lettre, il tombe une pluie fine, adieu et mille doux baisers, ton petit qui t’envoie un bien doux baiser J. Marie bien des mimis à la petite Jeanne et à la mémé
Ne raconte toujours rien à la Lafond

Mardi-5 9 16

Bien chère petite

Me voici à nouveau dans la vallée, pour ces grenades, comme je te l’avais dit; je suis sorti de la haut de la ferme à 10h dimanche, sous un bombardement tu peux le croire, et plus d’une fois il a fallu me coller à plat ventre par terre pour ne pas être touché. Enfin tout de même, j’ai pu quitté le camp sans avoir de mal; j’ai fait voyage avec Mitane des Echets le cafetier, nous sommes arrivés vers les 5 heures dans la vallée, on a soupé en ville; ce qui nous a fait pas de mal je te l’assure; nous avons trouvé en bas Nugue de Tramoyes qui était garde, alors comme le lendemain, l’ordinaire ne valait rien nous avons tous les trois, toute la journée manger dehors, ça m’ a fait du bien je te l’assure, mais moi je trouve que ma bourse marche trop vite, demain, je les quitte pour vivre à la gamelle car l’argent va trop vite, j’avais 37 francs et comme il ne m’en reste plus que 25, je ne marche plus, Metaine a loué un lit, et il voulait que je couche avec lui, et pendant ces soirs pour manger dans cette maison, ce soir, je lui ai dit carrément que je ne pouvais continuer à faire tant de frais, et puis il faut que je m’achète quelques bricoles; c’est à Saint Amarin que je suis, il y a des puces ou des poux, mais ça me pique de tous côtés. C’est toujours la même purée, et j’aimerai autant être à tranchée, car on en rote toute la journée, et puis j’en ai trop roté pour venir à travers toutes ces montagnes.
Je te dis que je suis dégoûté à un point, que je n’ai aucun goût pour ces grenades, et ils pourront bien me donner les points qu’ils voudront, mais je ne veux pas trop en faire, et puis ce métier de grenadier n’a jamais été de mon goût.
Je te quitte adieu et reçois mes meilleurs amitiés.
Ton J. Marie qui t’aime
J. Marie

Cailloux 8 sept. 1916

Mon bien cher petit ami

Tu me délaisses un peu ces jours, mais cela doit venir que tu as bien à faire, j’espère du moins que rien ne t’es arrivé; enfin je ne désespère pas d’avoir de tes nouvelles bientôt.
Ce matin, je croyais aller à Lyon, mais voilà que celle qui devait venir avec moi n’a pas pu venir, alors moi je me trouve juste indisposée c’est à dire dans mes petites affaires, alors je suis allée à Neuville c’est moins loin, et j’y ai fait mes emplettes, j’ai vu Maria Pagnon, elle amènera notre brebis et je m’en vais par l’occasion aller passer deux jours chez elle, jusqu’à vendredi avec Jeanne, elle nous ramènera à Neuville et dimanche prochain, je vais aller chercher Claudia.
Allons, je termine en t’embrassant toujours bien tendrement

Ta femme qui t’aime
Louise

A Civrieux il y a encore bien de tués ou disparus, entre autre le fils Nallet maquignon, le deuxième le frère de Nicolas Belin est prisonnier, ils ont disparu tous deux ensemble mais celui de Nallet n’a pas redonné signe de vie, aussi un Lardet marié à Civrieux, un Stival marié à Farins, j’ai vu Nicolas Belin il était en permission.

9 septembre 16

Mon cher Jean Marie

Comme je te l’avais dit, je suis allé faire un tour à la Valbonne, j’ai vu Catherine ainsi que ton beau frère, ils sont tous bien, leur commerce marche à merveille, ils ont chez eux ta fillette que j’ai bien embrassée pour toi, qui m’a prié de dire à son papa qu’elle était toujours bien sage, ma permission fut assez agréable.
J’espère que tu sois en parfaite santé, ton copain

Forest

Lundi 11-9-16

Bien chère Louise

Aujourd’hui, je reçois ta bonne lettre, où tu m’apprends ton voyage pour Ste Foy les Lyon, j’espère que tu as fait bon voyage, et que demain dans une lettre, tu me raconteras cela; j’ai aussi une petite lettre de notre Claudia, où elle me dit que son séjour à la Valbonne se tire, que la maman va aller la chercher, à la fin de la semaine.
Comme avant me voici à nouveau à la Cie, et je n’ai pas grand chose à t’apprendre c’est toujours de même, et la même chose, alors inutile de te raconter de détails.
Je suis toujours en très bonne santé, et j’attends toujours avec confiance la fin de cette guerre qui n’arrive pas assez vite, allons au revoir ma chère Louise, et reçois toujours mes plus douces amitiés

Ton J. Marie

Mes amitiés et des baisers à Jeanne et à la mémé

le Mardi 13-9-16

Ma chère Louise

Il est 5 heures de l’après midi, assis dans la tranchée, je me mets en devoir de répondre à ta chère lettre que je viens de recevoir, depuis ce matin nous sommes en ligne; nous avons relevé Serve qui était à l’endroit où les __ tombaient si bien; mais voici quelque temps ici dans ce poste c’est assez calme, le canon ne tire guère, que des balles qui passent de temps en temps, mais nous n’y faisons pas attention, nous resterons cinq jours dans ce poste, pour retourner autant en réserve.
Donc, certainement, la nuit il ne faut guère penser à fermer l’œil, il faut veiller, et sérieusement pour ne pas se laisser surprendre, car je trouve que nous avons trop fait des jours de guerre pour se laisser chiper aux Boches, et se laisser emmener à Berlin, c’est une chose que je ne tiens pas; à présent il doit y avoir de la lune, alors les sentinelles sont bien mieux.
Serve doit aller en permission le 25, peut être tu auras l’occasion de le voir, mais il ne pourra t’apprendre grand chose.
Comme je te l’avais dit, le capitaine m’avait bien promis les galons de sergent, mais moi je vois bien que ça lui est impossible du moment que nous avons un sous officier en supplément, je crois que c’est pour m’encourager qu’il me disait cela; ne parle de rien de cela à Serve.
Enfin, pourvu que ça se passe toujours pas plus mal, et que je ne quitte pas le 55, c’est l’essentiel, car on est bien mieux que dans la réserve.
Adieu ma chérie, et en attendant de nous revoir, je t’envoie mes plus doux baisers. Ton J. Marie

Mercredi 13-9-1916

Je continue ma lettre, minuit, je viens de faire une ronde au poste voisin afin de voir si les sentinelles font bien leur devoir, il fait un clair de lune, je suis arrêté par une sentinelle c’est Jean Barbet, comme un copain vient le relever il a pu me causer, il arrive de permission, les oncles Janin m’envoient bien le bonjour, elle lui a dit que son Louis était toujours à Lyon, qu’il avait tant de travail qu’il en fallait bien, il faudrait être dur pour ne pas murmurer comme dit Barbet et ici avec nous nous avons des types de 47 ans, en revenant j’ai entendu le bruit d’un moteur, c’était un aéro, mais ce doit être un des nôtres car il venait de nos lignes je n’ai pas pu le voir, les Boches faisaient rouler des voitures, mais en somme la nuit était calme, par instant quelques explosions de grenades.
Quand j’étais dans la vallée j’ai pu causer avec une femme de Ranspack, elle me demande combien j’avais d’enfants, deux je lui réponds, alors elle me raconte des petits détails sur la population en Allemagne.
Cette petite commune compte dans les 300 habitants, chaque année avant la guerre il venait au monde au moins 30 enfants, cette année il y en a une trentaine femmes et filles beaucoup par des Français, car il y a très peu de civils, cette femme n’a qu’un enfant, ils ont dû avec son mari quitter un village d’Allemagne car les gens ne les regardaient pas à cause qu’ils n’avaient qu’un enfant.
En Allemagne, il y avait beaucoup de l’encouragement, Guillaume en savait long, et il savait les faire baiser, au cinquième enfant ils touchaient 0,50 par jour et par enfant, pour le six toujours 0,50 et diminution d’impôt, le septième ils l’appelaient Guillaume et celui-ci ils avaient droit de le faire instruire gratuitement dans une grande école, lui faire apprendre ce qu’il voulait, si on avait en France employé ce moyen, les familles voulaient bien être plus nombreuses.
Tous les jours chez nous il part des pères de 4 enfants qui vont dans des endroits pas en danger, un peu en arrière.
Moi je voudrais bien avoir quatre enfants, et pouvoir aller comme eux en arrière, mais je me souviens tu me disais toujours fais attention, aujourd’hui il y a bien plus à faire attention, enfin on ne savait pas la guerre, sans cela on ne se serait pas gêner et on y aurait bien mis dedans.

Le temps me dure de te revoir, et tu peux croire que je serai heureux ____ ____ c’est si bon quand on est resté si longtemps séparé, allons je crois que tu auras assez de blagues à lire comme ça, et je termine en t’envoyant mes plus doux baisers et meilleurs caresses et quelques gros bécots dans ta bouche.

Ton petit J Marie

Le 15- 9-16

Ma chère petite femme

Je n’ai pas grand chose aujourd’hui à te dire, hier pas de tes nouvelles, seulement une carte de Forest qui a été à la Valbonne, il a vu ma sœur et il me dit avoir bien embrassé ma petite Claudia pour moi; nous avons un temps de pluie, cette nuit le temps a été pluvieux; et ce matin un temps de St Martin, il fait froid.
Rien d’autre à t’apprendre aujourd’hui sans doute tu me raconteras ton voyage de Civrieux.
Bien des choses à la mémé pour moi, enfin, recevez toutes mes meilleurs amitiés et de gros baisers. J Marie
C’est les chiens que je t’avais parlé.

Cailloux 15 septembre

Mon bien cher ami

Me voici de retour à Cailloux, et ce soir j’ai eu le plaisir de recevoir deux de tes chères lettres datées du 11, me racontant ton retour à la tranchée, et ton séjour en bas.
La lettre avait été ouverte par l’autorité militaire, c’est la première fois que ça arrive, et il l’avait bien cachetée, j’en ai ri car tu me parlais rien que ton argent et de ce que tu as bouffé, cela ne pouvait pas beaucoup les intéresser, mais il faut toujours se méfier …
Demain, je te raconterai mon séjour à Bussiges, car je voudrais bien faire partir ces lignes ce soir.
Alors à demain et mille baisers
Ta Louise

Dimanche 16-9-16
Bien chère mère

Comme il y très longtemps que je ne vous ai envoyé quelques mots sur ma situation; que devez vous penser de cette négligence; sans doute que je vous oublie, oh non vous pouvez me croire et plus d’une fois je suis dans une journée à penser à vous autres tous, chère petite famille si éloignée.
La situation ici, en ce moment, est toujours sans changement, à se traîner sans cesse dans les tranchées et d’un gourbi à un autre; quelle triste vie mon Dieu et il me semble que pour nous ce serait bien dur s’il faut encore passer une campagne d’hiver.
Il y a quelques jours, j’ai donné de mes nouvelles à Alphonse, par une petite lettre, il a été assez gentil pour me répondre de suite, et par sa lettre je vois combien il est toujours très heureux dans ce service de l’arrière.
Malgré que je ne vous donne guère souvent de mes nouvelles, et bien je n’ai pas grand chose à vous apprendre, et puis Louise doit vous tenir sans doute au courant de ma situation.
Par une lettre de Louise, je vois combien elle a du être heureuse d’aller passer quelques jours à Bussiges, comme elle me dit.
Allons au revoir, et recevez toujours mes meilleurs amitiés, je vous embrasse votre J. Marie qui vous aime.
Bien des gros mimis à mes petites gosses, qui doivent toujours assurément être bien tapageuses.
Bien le bonjour à Deny et à Mélanie

Le 16-9-16

Chère tante et cousines

Excusez moi si je n’ai pu vous donner de mes nouvelles plus tôt, comme nous avons encore changé de région, c’est de là qu’il faut en attribuer la cause, nous avons quitté la M et M (Meurthe Moselle) pour venir dans l’Oise dans un petit pays près de Beauvais, nous pensons y rester encore quelques jours et de là ce sera probablement la grande direction de la ___.
En ce moment, ça doit taper dur, de quarante kilomètres que nous en sommes éloignés, l’on entend la canonnade sans interruption et quelque chose de bien soigné.
Je me demande comment nous allons nous en tirer, si c’est toujours de même.
Par l’intermédiaire de ma sœur, dernièrement, j’ai eu des nouvelles de Jean Marie, je souhaite qu’il est toujours en parfaite santé, un de ces jours je vais lui faire une lettre de même qu’à Alphonse, vous me donnerez son adresse si quelque fois il avait changé, je suis toujours en bonne santé et désire que la présente vous trouve de même.
Dans l’attente de vous lire et de voir arriver ce jour béni pour nous réunir tous,
recevez mes plus tendres amitiés
Votre neveu et cousin qui vous embrasse tous

Benoît Jacquet

(Benoît Jacquet de Vancia, frère de Jeanne Rodier, porté disparu et décédé)

La Valbonne 19 sept

Chère mère

Je n’ai pas pu partir hier comme il était convenu, car dimanche j’ai trouvé Claudia fatiguée d’une indigestion et ce matin il pleut, je partirai donc demain, et j’arriverai là-bas à midi; si tu parlais à Mme Martin, si son fils pouvait venir nous chercher à la gare de Fontaine car j’appréhende pour lui faire faire la route à pied, elle ne mange rien.
Je compte dessus, ta fille qui vous embrasse Louise
Je partirai quel temps qui fasse, je ferai le tour par la Croix Rousse en tram.

Le 19-9-1916

Bien chère petite femme

Sans perdre un instant, je me mets en devoir de répondre à ce petit message d’aujourd’hui, et j’ai un peu rigolé avec cette lettre qu’ils ont eu le culot de me décacheter, je sais que cela arrive de temps à autre, il y a à peine un mois, ils m’en ont retourné une carte, c’était une vue d’un patelin de la vallée, mais il n’y avait rien de sérieux, je ne savais pas qu’ils ne veulent pas qu’on envoie des vues de la vallée, elle était aussi bien recachetée et il y avait autorité militaire, et dedans ils avaient apposé un coup de tampon, vue interdite oui il y a toujours à se méfier, mais il y a toujours moyen de se comprendre sans nommer le nom des choses, j’attends à demain cette grande lettre car aujourd’hui c’est bien peu.
Je t’assure que nous avons un temps froid aujourd’hui, il faut tout prendre pour ne pas avoir froid, il est 4h de l’après midi, je vais te dire comme je passe mes occupations d’aujourd’hui, avec deux hommes je fais des petites couchettes avec des planches, les autres sont à des travaux différents, mais nous nous retrouvons tous à la soupe, à midi, j’avais fait ce petit colis pour envoyer à ma sœur, et une idée me dit qu’il faut le faire emporter à Serve je crains qu’il se perde, j’ai ajouté aux trois bagues un superbe briquet qui semble vrai un obus, alors il me rendra le vieux que je lui ai donné et j’essaierai de le modifier pour moi, enfin je verrai bien demain, et depuis si longtemps qu’ils attendent ces bagues ça me fait envie de leur envoyer, si je le fais emporter à Serve je tâcherai d’en faire une pour toi, je peux pas écrire j’ai froid aux doigts
Ah ! Je voudrai bien t’avoir cette nuit à côté de moi pour me tenir chaud !
Adieu, je t’embrasse bien tendrement J. Marie

le 29 je crois ce doit être lundi puisque hier c’était dimanche

Ma chère Louison

10 h vient de sonner, seul auprès de mon petit poêle, je trace une petite réponse à ton petit message d’aujourd’hui qui est en date du 18, où tu me dis que vous donnez tous mes bonjours, aussi que Jeanne veut m’écrire, et qu’elle est toujours très polissonne.
Oui, seul à veiller pour la relève, Lafond dort d’un profond sommeil, un instant auparavant je voulais presque le réveiller car des camarades avec des pétards Boches viennent s’éclater pas très loin du poste, je sors dehors pour aller faire une petite ronde, je me rencontre avec le lieutenant qui vient nous voir, il me dit vous voyez ces salauds de Boches quel culot ils ont, les sentinelles aux postes les plus avancés avec quelques grenades et le calme revient, ce n’était pas du sérieux, seulement il y a bien ouvrir l’œil.
Dans la journée c’est très tranquille, et pour nous distraire nous faisons de bien bonnes parties de cartes, et puis voici deux ou trois jours que nous avons un temps splendide, du soleil chaque jour.
Serve ne part pas encore en permission, je te dirai bien quand il partira, mais il ne pourra pas te raconter grand chose de plus.
Il n’est plus question que nous devons être relevés, et pour mon compte j’aime autant, car ils pourraient bien nous placer après dans un secteur plus mal, donc autant rester ici, alors tel que je te le dis nous sommes assez bien et tu n’as pas à être bien en peine.
Allons adieu ma chère petite, je t’embrasse bien tendrement

J. Marie
J’ai toujours comme envie de vomir, je ne sais pas ce qui me fait cela, bien des gros mimis aux petites.

Le 4 mercredi octobre 1916

Ma chère petite maman

Ce matin, je réponds à ta lettre d’hier, qui est en date du 30, où tu m’annonces ton retour de Lyon, et de ta visite chez la tante Maria; il y a bien longtemps que je n’avais pas eu de ses nouvelles, je ne lui écris jamais et à présent je ne me souviens plus de son adresse; il me semble que c’est au 3 ou 63 et puis il me semble que cela ne doit guère la toucher car c’est tout pour son Soullier; il n’est pas bien malheureux s’il est muletier, il fait le ravitaillement, ce que je trouve, c’est qu’ils ne peuvent comme nous aller en permission.
A présent, tu as eu bien bonne idée de garder sa boîte, car réellement je ne tiens pas à ces boîtes.
Je n’ai pas encore ton petit colis, mais il m’arrivera vite s’il ne pèse qu’un kilo seulement; ils prennent trop cher pour ces envois, mais tu aurai du le garder le saucisson, si c’était le dernier, alors si tu me fais rien apporter par Serve, dans quelques jours tu m’en renverras un autre, et ne mets rien autre que ce que je te dis une livre de beurre fondu, deux œufs durs pour pas trop charger et quelques pastilles avec miel, ne fait pas de frais pour des cigares, ça va bien, une petite boîte fromage fort mais si ça coûte trop cher laisse le tour si des fois, c’est par Serve tu mettrais encore au moins une demi livre de sucre, mais je le crois guère complaisant ce Serve.
Ici, dans le service Lafond vaut bien mieux, ces jours j’avais été avant qu’il parte en permission comme — mais il vous dégoûte dans le service; mais moi, je me gêne rien car je ne le crains pas; et puis il me gobe encore un peu et nous avons bien encore chiné.
Tu peux croire que cette grippe ne va guère mieux, et je tousse toute la nuit, des moments j’en reste la bouche ouverte et cela m’étouffe un instant; hier soir Lafond a voulu veiller à ma place alors je me suis couché mais je n’arrêtais pas de tousser, je transpirais et mal à la tête, le corps raide.

A 11h, je me suis levé j’ai veillé jusqu’à 2 h, je me suis fait chauffer deux quarts de vin mais c’est mauvais sans sucre, je veux essayer si je peux m’en faire de la vallée monter un demi litre et quelques pastilles, mais il y a rien de sûr de trouver du sucre; j’ai du prendre froid ces jours derniers car c’est tellement
humide, et nous ne faisions pas du feu, toute la nuit j’avais les pieds comme dans une glaciaire.
Si tu as vu madame Perrier, vous avez du bien causer, elle me gobait bien cette femme et sa Bénédicte de Sainte Foy disait avant de se mettre sœur, que si elle se mettait pas sœur, elle voudrait bien se marier avec moi; c’est elle qui m’avait demandé avec Jeanne Diot pour être parrain chez sa sœur.
Barbet a eu des nouvelles hier, que son frère vient de mourir à l’ hôpital d’Amiens, son père avec sa femme sont allés le voir, il leur disait je crains de trop vite guérir, et qu’on me renvoie sur le front; il a été touché en sortant de la tranchée pour aller à l’attaque, celui de Neuville est bien mort au tir, il avait détourné gros d’argent et il avait eu 5 ans de prison; pour racheter la faute il a demandé à aller en première ligne, il a du se faire tuer.
Allons, je te quitte en t’envoyant mes plus doux baisers ma chérie; je viens de me raser et si j’étais auprès de toi comme tu me ferais de gros mimis car comme je suis grippé sous ma barbe se cachait mon petit – que je trouve si joli depuis que je suis rasé mais toujours d’une peau très blanche. Adieu, encore un baiser veux tu bien un baiser cela n’engage en rien.
Adieu au revoir. De ma part bien des choses à la mémé ainsi que des mimis aux petites Ton petit J Marie

A Saint Jean sur Reyssouse des grands blessés arrivent d’Allemagne ces jours, et le pauvre trouve sa femme remarié avec un vieux garçon de la commune, la femme n’avait jamais eu de nouvelles, elle le croyait mort, il revient avec un bras; ce sont plusieurs femmes bien de cette commune qui assurent que c’est réel.

Vendredi 6 octobre 1916

Bien chère petite femme
Je viens par l’intermédiaire de ce pli, répondre à ta lettre d’aujourd’hui, qui est en date du 2 octobre, où je vois que tu as eu des nouvelles de ma sœur. Et qu’elle te parle des bagues oh ! Elles n’ont rien de bien joli, je voulais bien en faire une pour toi, mais nous sommes tellement pris avec ce service de garde que je ne puis aller en arrière pour les faire fondre, mais je me déciderai bien un jour à t’en faire une.
Je viens de faire goûter les fromages à Lafond qui sont très bons, moi pour mon compte je les trouve exquis, je ferai cuire le saucisson cette nuit, il y en a pour une fois mais que veux tu aujourd’hui c’est chez moi, demain chez un autre, car bien souvent ce mois dernier, j’en ai mangé du saucisson, reçu dans des paquets aux camarades de l’escouade.
Je continue ma lettre 7 h du matin le 7; la nuit n’a pas été trop mauvaise, quoique, hier soir à une heure avancée dans la nuit, nous sommes avertis d’ouvrir l’œil que sur nos flancs, il y avait eu de la casse, mais nuit très bonne, j’ai donc fait cuire le saucisson dans une petite marmite en fer blanc, dis moi s’il est assez cuit, je l’ai laissé une bonne heure bougre, mais j’ai fait fumer dans le terrier que j’en rigolais comme un fou, ça étouffait Lafond me disait mais c’est une vraie renardière. Allons, adieu ma chère petite Louise adorée et dis moi que tu viendras me voir pour te rendre compte de la situation.
Ma grippe va bien mieux, je bois toutes les nuits du vin chaud bien sucré, allons, allons au revoir ma Louise Drevet, ou plutôt Louise ou madame Achard, et ne t’en fais pas nous passerons bien encore tous deux quelques jours heureux Ton J. Marie qui t’aime
Je viens de manger le saucisson, c’était un peu dommage qu’il était rance, mais le mal n’est pas trop grand, il pouvait se manger et nous avons déjeuné 15 dessus, ils l’ont trouvé bon. As tu été voir Serve Rhône, comme tu as oublié il n’y a pas de mal.

Le 16-10-1916

Bien chère petite maman

Aujourd’hui encore, nous avons continué à aller aux travaux; et comme hier, c’est en sortant de dîner, que je te trace ces quelques lignes; le temps n’est guère agréable, car il tombe un peu de l’eau, et malgré cela nous devons continuer à travailler, car au rapport nous avons entendu par lecture que la pluie ne doit pas arrêter les travailleurs; ah ! C’est une drôle de vie, et je t’assure que nous n’avons guère de courage à travailler, et puis nous nous faisons propres, car les fils de fer sont très rouillés, et cela range bien le pantalon et le reste; enfin c’est une sale graine que le paysan, et il y a bientôt plus que cela en ligne, car ici dans notre 55 celui qui a le moindre métier est retiré en arrière; je crois que c’est une graine à détruire, à force ils y arriveront tout de même, il y a bien de quoi en devenir fou, et de dire que c’est toujours du même; après la guerre ils viendront nous en raconter ah ! Oui le cultivateur est bien soutenu; et je suis sûr qu’il y en aura tout de même qui seront assez simples pour écouter encore des discours de tous ces beaux parleurs, qui ont les pieds au sec en ce moment; moi si j’ai le bonheur de rentrer et bien je t’assure que je ne veux pas me déranger car j’en ai et … puis j’en sais assez comme cela. Oui, aujourd’hui je suis colère de voir que nous sommes encore résigné à passer un hiver dans ces tranchées, cette humidité, et que ce jeu de massacre se continue toujours ! Le soir 6 heures et demi, en arrivant je trouve ta lettre du moins ce petit bout de billet où tu me dis que Gagneur continue son métier; il a de la chance tout de même, des gaillards comme lui seraient aussi bien que moi en face des Boches, que de faire un commerce avec l’argent en arrière. Au revoir, ma chérie et reçois mes meilleurs caresses et des bien doux baisers, Ton petit papa J. Marie
P.s. Je te trace ces lignes, couché j’ai tout le corps ce soir les jambes complètement brisées de fatigue adieu bonsoir; tu dois déjà dormir bien étendue à la renverse, malgré bien ces jours, car dans quelques jours tu auras sans doute une petite distraction avant de t’endormir; je compte à la fin du mois et dis moi si les Angliches seront dans la somme ou chez toi. Je fais usage le moins possible de mon argent et je saurais je crois en garder pour ce grand trajet.

le 22 dimanche 1916

Bien chère bonne mémé

Pour vous tenir au courant de ma situation, je me fais un plaisir ce matin de vous adresser cette petite lettre; il est 6 h du matin, nuit du 21 au 22, je suis encore couché mais pas pour longtemps, car à 7 h il y a travail; pour vous donner quelques détails de ma couchette, ah ! c’est bien simple vous pouvez me croire, d’ailleurs je vous faire une petite description de notre logement.
C’est une petite caverne en forme de terrier creusé sous terre, des rondins de sapins sont rangés tout autour, de façon à tenir la terre afin qu’il n’y arrive pas des éboulements et c’est donc là dans ses gourbis qu’il y a nos couchettes qui sont faites, quelquefois avec du grillage, même des planches, au début de la guerre ce n’était que du branchage dans certains de ces gourbis, c’est noir comme une nuit sans étoiles; et lorsque après avoir resté seulement un instant dehors, lorsque l’on rentre, de tous côté il y a des rats qui se sauvent; le jour et la nuit, il y a toujours une petite veilleuse; dans les postes avancés en plus de la veilleuse, il y a toujours quelques bougies.
Ce que je crains dans ces gourbis, c’est l’humidité et chaque matin, il est bien rare si je ne suis pas rance; je vous assure que c’est bien pénible de voir encore approcher cette campagne d’hiver, et plus que certain de passer encore tous ces mauvais jours de froid à la tranchée, dans ces montagnes qui sont froides.
Ces jours, je suis de réserve pour cinq jours, c’est à dire que nous faisons cinq jours de tranchées et cinq jours de réserve; le service est assez dur, le matin nous faisons un peu de travail de 7 à 9 h après il faut rentrer les hommes pour ravitailler les premières lignes; l’après midi même travail.

Ah ! Je vous assure que les hommes en prennent leur compte, et souvent la nuit il faut les envoyer en renfort aux endroits les plus faibles, moi j’ai bien une heureuse chance d’avoir ces simples galons, car étant ici de réserve j’ai mes nuits à moi, et au travail il n’y a qu’à surveiller, et en première ligne il y a encore une bien grande différence.
Allons je vous quitte et recevez mes meilleurs amitiés, je vous embrasse bien fort Votre J. Marie
P.s. Comme Louise me dit que vous allez saigner votre Mr (Monsieur) pour la St André, je vous demanderais de me garder un peu de boudin que j’aime avec délice car je pense retourner faire une tournée je crois vers le 10 décembre. Allons au revoir et des mimis aux petites et portez vous bien.
Ne vous dérangez pas pour me faire une réponse, j’ai par Louise des nouvelles de vous presque à chaque lettre.

La Valbonne 24 octobre 1916

Mon cher frère,

Voilà déjà plusieurs fois que tu nous écris sans avoir de réponse, je t’avais aussi promis t’envoyer un petit colis et j’ai tardé jusqu’à ce jour.
Vois tu ces temps ci je n’avais pas la tête à écrire, le temps me durait trop de ma petite Nénette, en plus de ça dimanche je la trouve malade, cela me fait un ennui terrible, je crois qu’elle ne pourra pas s’habituer au régime de la pension, tout lui va bien, elle se trouve très bien, mais la nourriture n’est pas bonne à ce qu’elle me dit, elle avait mangé des haricots qui lui ont fait mal, elle était restée couchée deux jours et dimanche on l’avait purgé cela m’a bien surpris de la trouver fatiguée enfin, j’attends une lettre de la Directrice demain.
Je pense que les nouvelles seront bonnes, cela m’est dure cette séparation, j’ai peur qu’elle ne mange pas et tombe malade, elle qui se portait si bien.
J’ai eu des nouvelles de Civrieux, ce matin, Mlles Mérieux vont bien, elles ne m’apprennent rien de nouveau, Lardet va ranger nos tombes, je leur ai envoyé ce qu’il faut pour le faire; elles me disent que Joseph Ray de Bernou qui était à Salonique se bat sur le front.
Mon beau frère Pierre qui est à Belfort, s’est fait écraser une main par sa machine mais je crois que ce ne sera pas trop grave. Louis le plus jeune, qui travaille à Lyon est parti aussi mais il est en arrière, car il travaille toujours à la sellerie; hier nous avons eu des nouvelles de Tony Borix, il a un pied mécanique il paraît qu’il marche très bien.
Nous avons aussi des nouvelles de Derogniat, qui est dans les autos en ce moment il a passé cantonnier, il ramasse les feuilles mortes et les bouts de papier dans un clos; je crois que ça pourra aller. Je crois t’avoir dit que Jean Claude Borix de Saint Jean a été tué aussi.

Je pense que tu es toujours en bonne santé, et que vous ne souffrez pas trop du froid. De chez vous je n’ai pas de nouvelles il faudra bien que j’écrive afin de savoir si tout le monde va bien.
Je ne vois plus rien à te dire; tu recevras un petit colis sous peu, je vais le faire à l’instant si je savais ce qu’il te manque, je pourrai te l’envoyer.
La cousine Chauvet nous quitte demain pour aller ranger ses tombes, elle reviendra nous voir dans quelques temps, elle t’envoie ses amitiés.
Jean s’unit à moi pour t’embrasser bien fort. Ta sœur Catherine.
Voici l’adresse de Nénette si tu veux bien lui envoyer une lettre, mais ne lui parle pas de la nourriture.
Nénette Janin Pensionnat Saint Joseph Miribel Ain

Vancia 24-10-16

Bien chère tante et cousines

Deux mots pour vous dire que nous sommes dans un grand chagrin à présent, nous n’avons plus eu de nouvelles de mon frère depuis le 10, et un de ses camarades a écrit à ses parents qui sont venus nous avertir que son intime ami avait tombé, ils m’ont dit qu’il ne mettait pas le nom, mais je n’ai pas vu la lettre c’est bien lui malheureusement le pauvre petit, il est bien parti et sans pouvoir nous dire le dernier adieu, nous a-t-il appelé on n’en sait rien.
Oh ! Quelle maudite guerre, quel chagrin éternel nous garderons.
Chère Louise, je compte sur toi pour prévenir Jean-Marie et Alphonse, car je n’ai pas le courage.
Venez donc nous voir, ça nous fera plaisir, au revoir, nous vous embrassons tous trois bien fort.

Votre nièce et cousine Jeanne

Cailloux 25 octobre 1916 6 h du matin

Mon bien cher ami

Tu vois si je suis matinale 6 heures, et je sors du lit et comme tous les jours, ma première pensée est pour toi, hier au soir nous avons reçu chacune une lettre avec ma mère, je vois que tu n’oublies personne, pas plus la belle mère que la femme, tu es un bon gendre.
Hier, je t’ai expédié un colis pas bien important, quelques fromages, et une espèce de boîte de conserve, tu me diras si c’est bon, car je n’en ai jamais manger, il est un peu maigre mon paquet, mais je n’avais rien d’autre sous la main, le mois prochain je tâcherai de t’en faire un meilleur.
Si c’est vrai que tu viens autour du 18 décembre, nous t’attendrons pour saigner le cochon, tu pourras toujours bien en profiter, je me dépêche à terminer car je vais à Lyon chercher mes sous.
Et je t’embrasse bien fort
Ta Louise

Dimanche 29-10-1916 (réponse à la lettre du 25/10/1916)

Bien chère petite femme

Ce matin 7h et demi, je me mets en devoir de répondre à ta bonne petite lettre, je suis assez libre pour tracer cette petite lettre car nous avons repos ce matin, l’après midi en est pas de même car il y a travail, enfin ce matin nous profitons pour se nettoyer, se faire raser, moi je fais toujours mon petit travail, car mon rasoir marche très bien. Comme je t’écris assez régulièrement, je n’ai pas grand chose à te raconter; la situation ici en ce moment est toujours assez bonne, c’est calme à part toujours de temps à autre quelques petites escarmouches, mais nous n’avons plus de bombardement comme il y a quelques temps, je me rappelle ma fois quand nous tenions la ferme il y a des jours ma fois on ne savait quoi penser, enfin tout c’est bien passé et puis comme je dis il ne faut pas se plaindre nous les jeunes, comme nous disons bien souvent avec Lafond, ce qu’il faudrait désirer c’est de rester à notre 55, et puis c’est un bon régiment, nous sommes plus guère des jeunes 5 ou 6, moi je peux remercier pour les simples galons de laine, sans quoi je ne serais, je n’existerai plus, ceux de ma classe qui sont partis des premiers combien ont été touchés sérieusement et des tués. Quand même que je n’aurais pas la haute paie et bien il ne faut pas tout vouloir, se contenter comme cela; et puis si je ne passe pas sergent, ça ne peut rien faire car il n’y a pas de nominations; il vaut mieux rester tous comme nous sommes, d’ailleurs nous n’avons pas de perte; et tous les sergents que nous avons ici, je ne vois pas qu’ils puissent s’embarquer pour nous faire place.
Allons, sous peu nous causerons mieux à notre aise, car j’arriverai pour vous aider à saigner le Monsieur (le cochon) les boudins me font envie, la cervelle que j’aimais tant avec des fines herbes, oui je te dirai mieux quand au juste quand nous serons au repos, mais toujours ce sera en novembre, je crois du 25 au 30 enfin je te dirai mieux dans quelques jours, au revoir et reçois mes plus tendres baisers Ton petit homme qui t’embrasse J. Marie


Cailloux 5 novembre 1916

Bien cher J Marie

Pas de tes nouvelles aujourd’hui, mais demain, j’attends avec confiance un petit mot. Aujourd’hui dimanche, je vais te dire l’emploi de mon temps, ce matin il pleuvait, et cela ne m’a pas encouragé pour la messe, Claudia y est donc allée seule, car depuis qu’elle va au catéchisme il ne faut pas qu’elle manque la messe.
Alors j’ai fait un peu de nettoyage, toute la semaine je néglige un peu et ma mère est trop occupée dehors pour faire le dedans, et cet après midi, je suis allée en champ, pour faire un peu reposer ma mère, et ce soir mon frère n’est pas encore rentré, je m’occupe à t’écrire ces lignes, ma mère lit le journal, et Jeanne s’amuse, Claudia apprend ses leçons et son catéchisme et tu peux croire que je m’envoie pour lui faire apprendre, qu’il faut en dire des paroles, quand elle veut, tout va bien, elle apprend même facilement, car elle est assez intelligente, mais elle aime trop s’amuser, et souvent il faut même me fâcher sérieusement pour arriver à la faire étudier et m’obéir, et souvent je me dis que j’aurais bien besoin de ton autorité pour la faire céder.
J’ai eu un bonjour de sa part par Ravailler, qu’a vu l’ami Tienne un jour par là à Sathonay.
Je termine donc en t’envoyant toujours mes meilleures caresses.
Ta femme qui t’aime
Louise
Nous ne savons toujours rien de Benoît Jacquet.

Mercredi 8 novembre 1916

Ma bien chère petite maman

Je recevais hier de tes nouvelles, qui sont en date du 3 novembre, je trouve qu’elles restent bien longtemps pour venir, certes cela me fait beaucoup plaisir de voir que tu as pu si bien ranger mes chères petites, il vaut bien mieux faire comme tu as fait et ne pas recommencer si souvent, devant mes yeux je vois comme elles doivent être girolles avec leur manteau vert et ces chapeaux en velours noir ce qui est si joli, mais la pauvre bourse, encore avec moi qui te suis à charge, ah ! Non si cette … vite qu’on puisse … mes vies de chaque jour.
Nous avons hier quitté les tranchées, pour venir au repos dans un bien triste petit patelin, le même que nous avions resté deux ou trois jours en quittant l’Armand, l’année dernière il n’y a pas de paysans, de les maisons il n’y a presque que les femmes, encore une bien grolle de vie nous ne logeons pas dans les maisons, nous sommes la moitié d’une Cie dans un grand baraquement pour la première nuit, je t’assure que je n’ai pas si bien dormi que la haut à la tranchée de réserve, il n’y a guère de paille et pas de paillasse, c’était dur et puis nous n’avions moins de couvertures, enfin cette nuit ça ira mieux car trente viennent de partir en permission, Lafond est du nombre, il est heureux tu peux croire, je lui ai dit de ne pas se déranger cette fois mais il m’a dit qu’il ira à Neuville si toutefois tu as l’occasion d’aller vendredi il m’a dit qu’il t’embrassera pour moi, je ne puis pas encore te dire au juste quand je partirai toujours vers la fin du mois, je ne sais pas au juste mais toujours je te dirais ma Louise s’il en envoie que deux tous les deux jours cela me porte au 4 ou 5 décembre, mais aujourd’hui … d’envoyer encore un convoi de 20 alors cela voudrai bien m’avancer, allons au revoir ma petite maman en attendant l’heureux plaisir de t’embrasser bien fort ainsi que mes petites chattes

Ton petit mari qui t’aime J. Marie

Bien des choses à Alphonse embrasse le bien fort pour moi ainsi que la mémé
J. Marie Tu vois je gribouille, à 9 h les lettres partent plus de 8 h et demi
Serve écrit à côté de moi, il me dit que ne vous voyez plus avec sa femme, je t’ai bien dit que j’ai reçu tes deux lettres et cette surprise de ma sœur, je ne reçois rien du tout en voilà une belle blague.
Il tombe de l’eau à torrent, Lafond doit s’arroser.

Le 11 Novembre 1916

Bien chère femme

C’est aujourd’hui samedi, jour de la sainte tourmente, comme nous disons dans la vie civile; c’est couché que je trace cette petite missive, il est 5 h et demi, et je t’assure que je n’ai pas eu chaud cette nuit, c’est bien ce qui me décide à écrire, nous sommes dans un bien grand baraquement et nous logeons au moins 80, il est fait avec des planches légères et il y a des jours de tous côtés!
Aujourd’hui, je suis de jour et il me faut laisser un instant cette lettre en panne car le sergent de jour qui est Serve, me dit qu’il faut aller ramasser les malades et les envoyer à la visite; 9 heures je continue ma lettre j’ai dans la Cie 11 malades, il me faut 11 hommes de corvée, 6 pour aller chercher des sapins pour les cuisines, une corvée de 5 pour nettoyer les abords du baraquement ainsi que les sapes* en cas de bombardement, la Cie n’a pas d’outils, Serve me fait un bon pour aller en chercher chez le génie, le génie me refuse il m’envoie à une Cie du 67, le 67 me dit dernièrement nous en avons donné à une Cie de votre régiment ils nous ont tous égaré nos outils; de suite je vais trouver le capitaine il me dit : « C’est très bien envoyer de suite les hommes qui devaient nettoyer les sapes à l’exercice, et je ferai un rapport comme quoi ils ne veulent pas nous fournir des outils !» Les hommes étaient contents de rester, cela ne leur va pas de se mettre en tenue et aller à l’exercice, la visite vient d’être passée, il m’a fallu prévenir deux hommes d’aller de suite de la part du Capitaine, aller trouver les autres en tenue à l’exercice car ils ne sont pas malades d’ailleurs le médecin les a pas reconnus, en voilà encore deux qui tordent le nez; il y en a un qui s’était fait porter malade au lit; c’est une journée que j’aime quand je suis de jour.
Ma sœur m’a envoyé un colis, ma fois, nous avons bien à manger pour 3 jours et nous sommes 8, hier soir à 9 heures nous avons bien tous avant de nous coucher pris un bon petit repas.

Comme c’est après midi nous serons bien ici au cuisine par là à 3 heures, nous allons bien profiter du paquet, je vais encore payer deux litres car du pinard nous en avons à discrétion, un de mon escouade va encore en payer 2 ou 3, on ne veut pas s’en faire, moi je suis forcé de payer car ces jours j’ai gagné un peu gros aux cartes, et il faut bien, car malgré que nous ne sommes pas dans un patelin qu’il y a d’habitants on mange bien 40 sous par jour; le pinard ne manque pas, enfin avant-hier, le même jour, j’ai gagné 10 ou 11 francs en tout j’ai donc à présent 32 francs, je perds rarement, hier soir j’ai perdu 23 sous, à ce soir _______ mieux c’est l’heure de la soupe
Ton petit bébé qui se ___ fait pas et qui t’aime J. Marie des mimis aux petites
Benoît de Vancia a été tué, Jeanne vient de me le dire par lettre.
Bons baisers aussi à la mémé

Sape : tranchée creusée sous un ouvrage sans doute le début d’un boyau

Dimanche 12-11-1916

Chère petite maman

Comme tu le vois je viens de recevoir ta petite lettre, et en même temps ton petit colis qui m’arrive quand ta lettre; nous avons de suite goûté les fromages qui étaient très bons, le beurre était un peu abîmé il avait un peu rentré dans les fromages, mais ça ne fait rien; je continuerai toujours à dévorer celui de ma sœur, voici 5 gros 3 casse croûte que nous prenons à 9 dessus, mais je les rationne car il me reste encore beaucoup; je vais en garder un peu pour moi car nous allons aller chaque jour aux travaux, on doit manger sur place; ils vont nous apporter la soupe avec les mulets.
Départ le matin à 6 heures, à 6 h30 aux cuisines pour toucher pain et vin, et sur le chantier à 7 heures, ce n’est pas loin comme ils ne pourraient pas nous laisser venir dîner, à 11 heures la soupe et à midi nous reprenons le travail jusqu’à 4 heures.
Le chef m’a dit que je partirai en perm dans 10 ou 12 jours, je te le redirai, j’ai reçu ton billet de 10 francs comme il est joli, ils y en avaient beaucoup qui n’en avaient pas encore vu.
Adieu au plaisir de nous caresser

Ton petit mari qui t’aime J. Marie

Le 20-11-1916

Bien chère Louise
Lundi matin 7 heures, je réponds immédiatement à ta grande lettre reçue hier soir qui est en date du 16, où par laquelle je vois que tout de même tu as après plusieurs jours d’attente reçu de mes nouvelles.
Voici deux jours que nous avons repos à cause du mauvais temps, je m’amuse à faire quelques bagues mais je suis mal monté en limes, je tâcherai tout de même de faire ta petite commande, tu ne me demandes pas le prix, il faudra me payer.
Allons au revoir et à bientôt, et reçois ainsi que les petites et la mémé, mes plus douces amitiés
Ton petit papa qui t’aime Jean Marie
C’est un type qui vient de Paris qui m’a donné cette carte

Vancia 24-11-16

Bien chère tante et cousines

A l’instant, nous venons de recevoir le décès Officiel de mon bien aimé frère, tombé en héros le 11 octobre, pauvre petit, il a bien trouvé la mort à la deuxième bataille.
Bonjour et bons baisers de tous trois, à vous toutes.
Votre cousine et nièce
Jeanne

Le 26-11-1916 dimanche 9 h du soir

Je rends réponse ma chère Louise à ta petite lettre reçue aujourd’hui, qui est en date du 22, où je vois que tu m’attends chaque jour, et bien aujourd’hui je puis te dire à peu près le jour que je partirai, ce sera s’il n’y arrive pas un imprévu pour le samedi 2 alors je serai chez toi dimanche soir, je pense arriver aux Echets par le même train que les autres fois, mais ne viens pas m’attendre, les nuits sont noires et puis si je n’y étais pas enfin je te redirai vraiment dans un jour ou deux; je veille au poste de réserve après c’est Serve.
Allons au revoir, on ne voit pas plus que dans un four, je viens de faire une ronde dans un ___ qui faisait du bruit avec les grenades, il n’y a rien c’est les Boches, et je vois l’heure de vite te revoir pour savoir enfin tous les bons projets que tu formes.
Il va prévenir sa femme de se trouver à la gare de Bourg dimanche soir, j’ai remis un cœur à la petite bague de sa fille ces jours derniers, et encore une caresse.
Serve n’a fait que de me dire des blagues à cause que je vais en permission.

Mardi 3h 30 29-11-16

Ma chère petite maman

C’est de mon petit poste d’écoute que je trace ces quelques lignes, et je te dirai que c’est pénible de passer et passer des nuits mal assis et puis on se couche les uns contre les autres, il y en a un qui vient de s’éveiller sur moi, ah comme il m’a fatigué; la nuit est noire les Boches ne disent rien, ce qui m’étonne un peu de ce calme, bien souvent nous avons remarqué que quand c’est si calme, et bien c’est là où il faut se méfier.
Alors, je viens d’envoyer une grenade qui a du les réveiller car en éclatant elle a fait un bruit, et j’ai aussi envoyé une fusée éclairante.
Le moment approche où nous aurons le doux plaisir je crois, de nous revoir car c’est bien au juste que je pars samedi.
Dimanche, s’il ne m’arrive rien, je serai chez toi, si les nuits n’étaient pas aussi noires je te dirai viens aux Echets, mais je ferai bien le trajet seul, je serai vite arrivé.
Adieu à bientôt et mille doux baisers.

Le 15 au soir 6 h 22 hiver 1916

Bien chère amie

Ce matin, je te traçais une petite lettre, te faisant savoir que j’avais retrouvé ma compagnie. Quel endroit mon Dieu ! Les yeux me font encore mal d’avoir été cinglés par des giboulées de neige, aussi sur cette hauteur, le service ne fonctionne qu’avec des traîneaux, et un peu à dos de mulet; ce matin pour déblayer la neige 2 aires de bœuf à un traîneau, des mulets, des chevaux, le ravitaillement 9 chiens à un traîneau, ils charrient aussi les blessés et ça file, ils sont jolis ces chiens d’un long poil soyeux, et les conducteurs ne parlent mal le français; nous sommes loin des lignes au moins 6 km.
J’ai deux hommes et je m’occupe du nettoyage d’un camp, ce n’est pas trop pénible, je ne fais que les suivre, je te quitte adieu ton J. M.
Bien de gros mimis à tous, cette gare est très bien tirée, je vois encore l’endroit, le trottoir, où j’ai pris mon train.

Samedi 16 -12- 1916

Bien chère Louise

Si tu as reçu mes deux mots d’hier, tu as du être heureuse que j’ai fait très bon voyage! Je suis arrivé à B… à 4 h moins 10 minutes, donc j’aurai bien pu resté encore une bonne nuit chez toi, c’est à dire en sortant le mercredi matin à 6 h de chez toi, prendre à Collonges le train de 7 h 14, ensuite à St Germain, l’express de 8 h35, je me trouve à Dijon à 12 h50 pour reprendre celui qui me dirige du côté –_ Alsace à 1 h50 ensuite Serveux à 6 h du soir et Epinal 11 heures, ici il y a changement de train, ensuite on peut dormir à son aise jusqu’à B… 4 h moins 10 minutes.
Comme j’ai du te le dire, je suis été en compagnie d’un de ma Compagnie qui s’était joint à moi prendre le café, ensuite j’ai eu la chance de prendre une petite auto, qui fait le service des postes, qui marchait rapidement comme l’orage, ces autos ne doivent prendre personne, mais j’ai réussi à séduire le conducteur avec une petite étrenne, en quelques minutes les 12 Km ont été brûlés, il m’a laissé dans la cour où j’avais suivi les cours de sous officiers, en descendant j’entends crier une voix qu’il me semblait déjà avoir entendue, Jean marie ! Jean Marie ! Jean Marie ! Je regardais de tous côtés si bien que j’aperçois une Cie de Régiment N °° qui marchait au pas, l’arme sur l’épaule, les officiers ne bronchaient pas sur leurs montures et sur le devant l’homme n’osait pas sortir du rang, et je reconnais mon ami Pierre Moiroux, j’ai trotté quelques pas avec lui, nous avons échangé deux mots avec promesse de nous écrire; ils partaient tous embarquer au train à B… pour une direction inconnue.
Je suis été après de suite, prendre mon équipement où est notre ravitaillement, j’ai vu Javit il se porte bien, Tony Achard est en permission. Ensuite à 11 heures, toujours en compagnie de l’homme de ma Cie, nous avons pris le train pour Vil… petit pays qui se trouve à côté où j’ai acheté ta broche, tu as le nom dessus, à 12 heures à peine nous étions dans ce patelin, il y avait beaucoup de soldats de tous les Régiments, dans un café, bu1 litre, une soupe et portion, le prix c’est affreux dans une guerre ! J’ai acheté une assiette et deux cuillères 2f20, deux montures à briquet 2 francs.

La femme nous indique un lit, c’était une petite villa occupée par trois femmes, la mère et deux filles, avant la guerre elle était bouchère _ _ _ _ la mère venue et une fille, l’autre était folle par une frayeur, elle a 22 ans tout le temps elle a peur elle se ferme à clef, le soir comme le type n’avait et moi non plus, guère mangé, on a mangé, je n’ose te dire le prix, nous avons causé et veillé un moment, le soir couché tous deux dans un bon lit très doux, mais je n’ai guère pu dormi, le matin à 5 h et demi, elle nous a fait le jus et donné une petite goutte je te dirai le prix, je pourrai bien faire d’économie car il ne doit guère me rester plus de 20 francs, cette femme me dit avoir logé pendant plusieurs mois Mr Brissay le comptable à Mr Pupa, à 6 h un quart, direction des tranchées, mon type m’en a fait, il en a roté à 10 h et demi nous sommes arrivés plus rien à te dire, tout va bien c’est calme, je t’envoie mes plus doux baisers J Marie
Ils ont demandé des conducteurs d’autos, Lafond a demandé, moi ça me fait marronner tu peux le croire de ne pouvoir sortir de ces tranchées !

Dimanche 24-12-1916

Ma bien chère petite amie

Aujourd’hui dimanche, j’ai passé une journée assez douce; d’abord je te dirai en premier que je me suis levé assez tard, il n’était guère moins de 9 heures, mais depuis au moins 6 heures je ne dormais pas; oh ! Ma bonne petite Louise, tu peux croire que ma pensée était toute pour toi et pour mes chères petites, je n’ai cessé de faire des projets pour l’avenir, je cherche tout, je songe aux idées pour vous préparer un avenir meilleur mes chères petits êtres adorés que j’aime. Enfin sans cesse, je me pose cette question, que cette guerre prendra bientôt une fin, et je me vois à nouveau tous les quatre, oh ! Nous serons heureux je le crois, d’ailleurs je voudrais tant pouvoir ma chère bien aimée petite femme te rendre heureuse ainsi que nos chères petites.
Je continue pour cette journée; de suite levé, j’ai bu le jus qui était je te dirai un peu froid, après j’ai fait un peu ma toilette; et nous avons eu un petit rapport par le capitaine; après c’était la soupe, une fois la soupe mangée, je me suis mis à me fabriquer un briquet que j’ai pas trop mal réussi pour le premier que je fais moi-même, la journée sera splendide car nous avons eu un bien beau soleil; ici il y a un peu plus de vie que dans les tranchées de première ligne, ce matin, les paysans passaient en nombre, allant aux offices, les gamins nous lançaient des boules de neige; cela a un peu de la vie de chez nous, rien car cet après midi plusieurs femmes sont venues dans la maison où nous logeons pour bavarder, et j’ai pu voir qu’elles devaient prendre ensemble le café.
A 3 heures, nous avons eu la visite du colonel qui était en tournée pour visiter nos logements, enfin je te dirai en somme que nous nous trouvons assez bien, et notre désir serait de finir cette guerre ici, à l’heure où je trace cette lettre, 5h30 c’est nuit il y a déjà bien longtemps, nous avons mangé la soupe à 4 heures, et à présent mes camarades jouent aux cartes pendant que je trace cette petite missive, ce soir nous ferons un petit réveillon car plusieurs ont reçu des paquets, et ils me demandent si je suis d’avis de les laisser aller acheter beaucoup de vin pour passer ce réveillon, alors ils prendront un litre pour chaque homme.

Pour moi, je suis d’avis de faire ce réveillon bien avant minuit, par exemple de 9 à 10 heures et ensuite aller se coucher car c’est encore l’endroit où je me trouve le mieux; à présent que nous avons le corps un peu reposé, et bien nous dormons très bien mais en certains moments dans la nuit nous sommes réveillés par le chant du coucou, car nos propriétaires deux bons vieux de 60 à 70 ans ont une pendule avec coucou et à chaque heure et les demies le coucou fait entendre sa belle voix; et je t’assure qu’il chante fort bien; cette nuit nous avons rigolé car nous étions tous deux réveillés et je dis à Robin écoute le coucou qui dit que nous sommes cocus.
Allons je termine ma chère Louise, en te souhaitant bien le bonsoir ainsi que mes meilleures amitiés

Ton petit Jean Marie qui t’aime

Adieu, reçois encore une douce caresse.
Je crois que nous ne resterons guère longtemps ici, nous irons probablement relever la 5ème Cie à Ravailles qui se trouve à l’endroit où nous avions rester 7 mois et 7 jours, d’ici nous en sommes pas très loin, parait qu’ils se plaignent et qu’ils en rotent, à cause qu’il y a de la neige et des éboulements de tranchées; lorsque nous y avons resté 7 mois nous avons bien eu des mauvais temps, des neiges et personne n’est venu nous relever !
Voici plusieurs jours que les lettres ne marchent pas, je ne reçois rien, rien !! Nos deux bons vieux, nous font rire le matin, on les entend causer dans le lit, ils causent le Boche, à pleine bouche nous ne comprenons pas un mot, on dirait deux pigeons qui roucoulent; ce soir triste messe de Noël.

Samedi 24-12-1916

Bien chère Louise

Seulement deux mots, pour te tenir au courant de ma situation, nous sommes toujours ma chère femme, en train de prendre ce petit repos que je te disais dernièrement, nous ne sommes pas trop mal, bien mieux qu’à la tranchée, il y a toujours un peu de neige, mais la température est douce, et il ne fait pas froid, j’aime à croire que cette petite carte te trouvera en bien bonne santé ainsi que les petites.
Reçois bien chère Louise ainsi que les petites mes plus douces caresses

Ton Jean Marie

Lundi 25 8h et demi

Je continue ma petite lettre, je suis descendu me coucher un peu à cause que j’avais froid, et aussi un peu par question d’économie, car nous avions déjà acheté 1 litre avant la nuit; donc à 8 h et demi j’étais au lit et je t’assure que j’étais bien, j’ai dormi bien à mon aise.
Vers les 11 heures je suis été réveillé par un bruit qui se faisait au dessous de moi, c’était des types qui avaient bien bu à se gonfler, et ils faisaient du pétard; ils m’ont amusé un instant et puis je me suis endormi jusqu’au matin.
Ce matin dimanche, je suis de jour, il tombe de l’eau à torrent; je me suis tout mouillé.

26 Décembre 1916

Ma bien gentille petite épouse

Aujourd’hui, jour de Noël, j’ai eu le plaisir de recevoir ton petit mot tracé du 20 décembre, où je vois ma bonne Louise que tu fais toujours ton possible pour me faire plaisir, car j’ai trouvé dedans ton petit billet de cinq francs, ah ! Vois-tu, tu es une gentille épouse et ne crois pas que je mangerai bêtement l’argent que tu te vois tant d’embarras pour gagner, car je sais qu’il faut que tu en fasses des nœuds pour gagner un billet, et avec cela rester 5 jours le corps penché sur une chaise, oh ! Oui je te suis des yeux ma chérie, car je sais que tu as à compter pour faire face encore cette pauvre Claudia avec son pied ses souliers qui coûtent si cher, et ce qui me peine le plus c’est pauvre mignonne d’avoir sans cesse des journées entières, la mauvaise grâce de ta mère; oh vois tu je me suis trop aperçu qu’elle était toujours la même à bouder sans savoir pourquoi. Allons, je vais te causer un peu de ma journée d’hier, de suite le matin je suis de service de jour avec Lafond commander des corvées de toutes sortes; l’après midi je voulais me promener un peu dans le village, mais voilà que les cloches, le clairon sonnent au feu, il a fallu trotter dans la direction, moi avec quelques hommes j’étais en arme et il m’a fallu assurer le service autour de l’incendie. C’est chez une veuve, son mari est mort avant la guerre, elle avait 4 petits garçons et deux filles; ils n’ont guère peu sauver grand chose il a brûlé une chèvre et des équipements, des fusils à des soldats; les pompiers du village étaient en tenue, en casque c’était pas mal; ils nous ont offert à boire, après j’ai laissé deux hommes, une sentinelle devant pour ne laisser approcher personne car cette bonne femme avait 30 francs dans une boite qu’elle n’a pas retrouvée. Je me suis rentourné quand Revel et Serve, nous avons vadrouillé tous les cafés, j’ai bu au moins 10 bocks de bière et ils n’ont rien voulu me laisser payer, et puis Revel m’a invité à aller souper chez eux; ah ! J’en ai fait un bon repas soupe au beurre rôti épatant choux fleur au fromage, le café, la goûte on a chanté; le patron de la maison a chanté en Boche, enfin à minuit nous nous sommes couchés; adieu plus rien à te dire reçois mes plus doux baisers. Ton petit J. Marie

Le 27-12- 1916

Ma chère petite amie

Demain, je te causerai bien plus longuement, car je suis un peu en retard pour tracer une grande lettre; nous sommes toujours au repos, et nous sommes très bien; mais je ne sais pour combien nous resterons encore ici, enfin, je suis toujours en très bonne santé, et j’ai espoir que cette petite lettre te trouvera toujours en bien bonne santé, ainsi que nos chères petites filles, allons adieu, à demain, ton petit J. Marie qui ne t’oublie pas et qui t’aime toujours bien.
Achard Jean Marie

Bien chère mère

D’Alsace, je vous envoie mes meilleurs souhaits et vœux de bonne année.

Votre J Marie

La Valbonne 28 12 1916

Mon cher frère

Lors même que tu nous as bien grondé vois-tu, nous ne te gardons pas rancune, car si nous ne nous sommes pas vu à ta permission, vous avez aussi tort que nous, si ce n’est plus car vous pouviez prendre une demie journée mieux que nous, qui sommes dans le commerce, et ne pouvons compter sur nos employés, avec le train de maison que nous avons, mais réellement si nous avions été sûr que tu sois arrivé et que vous n’ayez pas l’intention de venir, nous y serions tout de même allés, mais pour cela il fallait savoir que tu y étais.
J’ai tardé un peu à t’écrire, nous t’avons envoyé un colis il y a deux jours, tu le recevras sans doute avant ma lettre. Je pense qu’il te fera plaisir, nous y avons mis tout plein de petites choses pensant te faire plaisir, j’ai ajouté un petit gilet, tu peux le mettre dessus, cela te garantira toujours du mauvais temps.
Nénette est en vacances depuis samedi, elle ne rentrera que le 4 janvier, elle est heureuse de passer quelques jours auprès de nous, elle nous dit le tonton m’avait bien promis sa visite, mais il a oublié venir me voir.
Mon beau frère Pierre, qui est à Belfort pense venir à la fin de la semaine, j’espère que nous aurons le plaisir de le voir, en deux ans et demi nous ne l’avons vu qu’une fois.
Louis, qui était parti sur le front, à repris ses douleurs, il a de nouveau été évacué, le voilà revenu à Lyon à son dépôt, je ne pense pas qu’il retourne de sitôt, il est tout de même heureux, voilà la troisième fois que cela lui arrive ainsi.
Je ne vois rien de nouveau à t’annoncer, nous allons tous bien, je souhaite que tu sois de même. Je viens de voir Forest, il est venu se faire raser, il est en perm et repart demain, il est venu voir son cousin qui habite à côté de la gare.
Je termine en t’envoyant nos meilleurs vœux et souhaits de bonne année, une bonne santé et un heureux retour avec la fin de cette funeste guerre.
Reçois de gros baisers de la part de Nénette, Jean s’unit à moi pour te souhaiter une bonne année, et t’embrasser bien fort, en attendant que tu viennes nous voir au lieu de nous gronder comme tu as fait.
Ta sœur qui t’aime et pense à toi.
C Janin
A ma lettre je joins un petit mandat de 10 francs pour tes étrennes.


Vendredi 29-1916

Cher petit papa

A mon retour de Lyon je te trace deux mots, j’ai encore fait plaisir aux petites, à Claudia j’ai apporté une petite boîte de broderie, et à Jeanne une petite poupée qui dort, alors elles sont heureuses, j’ai aussi été voir pour le soulier, mais il ne sera prêt que pour samedi 6 janvier, sur le quai de la pêcherie j’ai rencontré Mme Serve qui revenait du marché, elle m’a dit qu’elle attendait son Camille de près.
Au revoir et encore un doux baiser en l’honneur du jour de l’an.
Louise

Le 3 janvier 1917

Bien chère mère

C’est simplement deux mots, que je me mets en devoir de tracer ce matin, pour vous tenir au courant de ma situation, qui n’est heureusement pas des plus mauvaises pour l’instant; nous sommes toujours en 1ère ligne et sans cesse la visite des Boches; mais quoique le service étant assez dur à cause qu’il y a une surveillance très minutieuse et sans cesse répétée chaque jour.
Mais nous ne sommes pas à plaindre, quoique bien souvent nous avons à éprouver quelques journée assez périlleuses.
Bien souvent ici, je dis à mes hommes, ne nous plaignons pas; nous n’avons pas d’attaque, guère de bombardement, le secteur est assez tranquille, ne demandons pas mieux; à côté de tant de nos camarades qui luttent et bien souvent faute de soins se voient mourir par un froid pareil.
Donc, je ne suis pas à plaindre et aussi bien vous que Louise vous n’avez pas à être en peine de moi, et puis nous n’avons ici guère de perte ils en tombent très peu.
Allons au revoir, et bonne chance, bon courage, et recevez ainsi que Louise et les petites mes meilleures amitiés. Je vous embrasse.
J Marie

Dites à Louise que j’ai reçu hier ses deux grandes lettres, et que je suis heureux de voir que ce que je croyais une maladie, n’est qu’une petite fatigue et aussi qu’elle m’envoie de suite quelques fromages de chèvres ou chèvres à grandes queues il n’y a pas d’importance, car l’ordinaire ces jours marche mal, et on la pille, mais il faut espérer que ce n’est qu’un petit passage, j’ai ici acheté deux camemberts en trois jours de différence, le 1er c’est les rats qui me l’ont bouffé, le second c’est les rats à deux jambes qui m’en ont bouffé cette nuit la moitié, car il était dans une boîte en fer et à 1f25 _ l’argent marche (au revoir).

Villars 16 janvier 1917

Bien cher Neveu

C’est avec plaisir que j’ai reçu votre lettre me donnant de bonnes nouvelles de votre santé, pour tout ce qui est de la souffrance, je ne doute pas combien vous souffrez du froid et toutes sortes de choses, et aussi quelles souffrances morales, vraiment c’est à perdre la raison de voir des choses pareilles.
Souvent je pense à vous, comme d’ailleurs à tous ces pauvres malheureux du front, enfin que voulez vous l’on est encore obligé de supporter son sort le mieux possible, car que l’on se lamente ou pas c’est toujours pareil.
Je suis en bonne santé, et j’ai également de bonnes nouvelles de l’oncle qui comme vous en a plein le dos de ce fichu métier, quoique pourtant il ne souffre pas trop étant toujours cuistot.
Pour ce qui est de mon beau frère Tremblay, il est bien vrai que son bataillon a été dissous, pour le moment il est affecté au 64ème bataillon de chasseurs alpins et il paraîtrait qu’il se murmure que ce bataillon irait à Salonique, alors vous voyez la bonne récompense des 28 mois de front de tous ces malheureux, ah vraiment c’est révoltant de voir de pareilles choses alors que tant d’autres se la coule douce, enfin toujours aux mêmes à souffrir, hélas dans l’espoir que ma lettre vous trouvera en bonne santé, et avec le courage nécessaire pour lutter jusqu’au bout, car il faut bien espérer que votre bonne étoile qui jusqu’ici ne vous a pas fait défaut, continue de vous suivre jusqu’au bout pour que vous sortiez sain et sauf de la tourmente.
Dans l’attente de recevoir quelques fois de vos nouvelles, recevez de votre tante qui ne vous oublie pas un affectueux baiser.

Claudine Drevet

Le 24-01-1917

Bien chère Louise

Je sais que deux mots sont vite tracés, et tout grand plaisir, c’est pourquoi ce soir au lieu d’attendre à demain pour tracer une grande lettre, je me fais un devoir pour te tenir au courant de ma situation, de gribouiller seulement cette simple carte, pour te dire ma bien chère femme que tu as nullement à être en peine de moi, je suis toujours pas trop malheureux, et en assez bonne santé et puis si tu reçois régulièrement mes petits messages que je trace chaque jour, il ne peut pas y arriver grand chose d’un jour à l’autre, il est vrai que le malheur est bien vite arrivé, enfin il faut espérer que le malheur ne viendra pas me frapper, pour pouvoir goûter dans l’avenir des jours meilleurs.
Allons au revoir, adieu à demain et présente mes meilleures amitiés à la mémé, et à toi et à nos chères petites mes meilleurs baisers.

Ton J. Marie

Le 24-1-1917

Je viens 8 heures, de recevoir de tes nouvelles qui ne sont pas très bonnes, et cela m’ennuie beaucoup de te voir malade, si toutefois tu étais fatiguée davantage et que ça devienne grave, il faut faire venir le médecin, et te faire faire un certificat comme tu es gravement malade, de me passer une dépêche de suite il faut un certificat quand j’arrive du médecin, je le fais viser à la gendarmerie même, les gendarmes font une enquête et me délivrent un certificat, voici comme Lafond me renseigne.
Adieu et bon espoir que tu vas mieux.

Le 28-2-1917

Bien chère petite Louise

Pas grand chose aujourd’hui à te dire ma bonne Louise, nous sommes toujours au même endroit, et assez bien, même très bien, mais comme je te le disais hier, avant peu je t’écrirai de la tranchée, hier, je te disais que j’irai en permission vers le 20 du mois prochain, et bien je te dirai que cette date sera encore retardée, et que je n’irai guère avant comme tu comptais, nous devions tous être cette fois être beaucoup avancé et voilà que les perms ne marchent pas comme nous croyons au premier abord, il n’en part que trois à la fois, alors je ne puis plus rien te dire, je ne sais pas au juste, mon camarade qui devait partir le 2 est retardé, alors cela me pousse plus loin.
Ce sera donc, je le crois pas avant les 1ers jours d’avril, on n’y perdra pas car les journées seront bien plus grandes.
Allons au revoir ma chère petite, et reçois de ton petit jean Marie les plus doux baisers

Je te serre la louche adieu bonne poignée de main allons au revoir Mme Achard, parle moi si tu as revu les autres, oui les petites affaires, c’est bien ces jours que ça doit arriver.

Le 28-2-1917

Ma chère Louise

J’ai hier reçu que de tristes nouvelles surtout celle de ma sœur, qui me surprend assez par la mort de Jean car il y eu que quelques jours, qu’il m’envoya encore une lettre et un petit colis, enfin dans 1 jour ou 2, je saurai si c’est un accident, j’aurai une permission d’ici 8 jours, mais comme avancement de permission, car pour un beau frère on n’a pas droit; le capitaine va demander je crois que ça me sera accordé, tu aurais juste le temps de m’envoyer un billet de cinq francs, je crois que ça me fera assez en même temps, tu m’apprends ton voyage de Lyon, la mort de Mr Croze.
Au revoir et à bientôt mille doux baisers Ton J. Marie
Si je ne reçois pas ton argent, j’en aurai peut-être encore assez mais ça doit arriver.

AHWK

L'association des Amis du Hartmannswillerkopf œuvre pour la conservation et la mise en valeur du site du Vieil-Armand.

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